10.02.2007

Bienvenue en Russie !

Au risque de me répéter, je trouve que le traitement de la campagne présidentielle par la plupart des média atteint un niveau qui doit se rapprocher des campagnes électorales russes actuelles.

Ainsi, Europe 1, une station que j’ai longtemps écoutée pour la qualité de ses journalistes devient difficilement audible pour un non-sarkozyste. Après l’interview de Jean-Pierre Elkabbach qui citait le discours du candidat en y ajoutant le commentaire personnel « c’est très beau », ce matin encore, Catherine Nay faisait un éditorial sur la volonté d’ouverture de Nicolas Sarkozy. Ce qui est amusant avec lui, c’est que beaucoup de journalistes relaient tous les messages qu’il veut faire passer sans le moindre esprit critique tout en omettant systématiquement ses contradictions ou bourdes. Ainsi, Nicolas a dit qu’il a changé, qu’il veut l’ouverture, et ils le répètent sans le moindre recul. Heureusement, de temps en temps, on constate des soubresauts d’esprit critique comme lorsque Jean-Michel Apathie hier soir sur Canal + montrait les bourdes de Nicolas Sarkozy lors de son émission de lundi, quand il a déclaré que 50% des Français gagnaient le SMIC alors qu’ils ne sont que 17%. On imagine les réactions de certains média si Ségolène Royal avait tenu un tel propos…

Et puis, on apprend dans le Canard Enchaîné que des proches de Nicolas Sarkozy ont participé à l’organisation de l’émission de TF1 de lundi, que les questions étaient en partie éventées. Et si hier soir Jean-Michel Apathie a fait preuve d’une bienvenue neutralité en soulignant les bourdes du candidat Sarkozy, le ton de l’interview de Christiane Taubira n’était pas vraiment neutre. Les interviewers balançaient entre condescendance et ironie.

Tellement de journalistes jugent sa campagne calamiteuse sans le moindre recul en se basant uniquement sur les sondages de février. Se rendent-ils compte que ce qui leur sert pour juger l’efficacité de la campagne de Ségolène Royal leur aurait indiqué qu’Edouard Balladur faisait une bonne campagne en 1995 et que Lionel Jospin aussi en 2002 ? Se rendent-ils compte que 26% est un score finalement élevé pour un candidat du parti socialiste. Ségolène Royal a voulu un timing différent de celui de Nicolas Sarkozy pour sa campagne. Il est donc trop tôt pour juger aussi définitivement. Le plus amusant est que tous ces critiques seront sans doute les premiers à crier au génie quand elle repassera Nicolas Sarkozy…

Je ne considère pas Ségolène Royal pas comme une bonne candidate pour la Présidence de la République sur les éléments qu’elle a déjà dévoilés. Je préfèrerais un candidat qui cherche à partage une vision qui est ancrée au fond de lui plutôt que de présenter les débats participatifs comme la source de son programme. Je trouve qu’elle a été un peu légère dans ses déplacements internationaux. Mais le tir de barrage nourri de la plupart des média contre elle et la façon trop souvent flatteuse dont ils présentent le candidat de l’UMP pourrait finir par me la rendre moins désagréable… Il n’est pas anormal de souligner les carences d’un candidat, mais le faire avec tant de partialité et camoufler celles de leur favori de manière aussi systématique devient proprement écœurant.

Commentaires

Je ne suis pas proche de la sensiblité du journal "Libération", mais j'approuve cette chronique, qui va dans le sens de vos observations sur cette campagne:

http://www.liberation.fr/rebonds/234027.FR.php

Ecrit par : Villèle | 11.02.2007

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