15.03.2007

15 jours et 15 raisons pour faire barrage à Nicolas Sarkozy

Comme je l’ai dit il y a deux jours, en l’absence de Dominique de Villepin, je vais soutenir François Bayrou dans cette élection. C’est un candidat responsable qui respecte la France et les Français. Mais dans cette élection, un des principaux candidats représente à mes yeux un véritable danger pour notre pays : Nicolas Sarkozy.

Certes, le candidat que j’appelai de mes vœux le soutient. Et alors ? Aussi difficile soit-il, je parviens quand même à entendre, à défaut de comprendre complètement, que le Premier Ministre fait ce choix pour ne pas insulter l’avenir et ne pas risquer pouvoir être présenté comme le responsable de la défaite du « candidat de sa famille ». Je me suis engagé dans cette campagne pour défendre des idéaux que représente toujours Dominique de Villepin et je soutiendrai l’action du Premier Ministre s’il souhaite poursuivre son action après Matignon. En revanche, je ne vais pas abdiquer mes idéaux parce qu’il a dit ce qu’il a dit. Il serait irresponsable de ma part de piétiner mes convictions en ne disant rien. Je suis libre et aux ordres de personne. Certains d’entre nous n’ont pas fait le même choix. Je le respecte, même si ce n’est pas le mien.

Ma conception de la politique tire ses racines au plus profond de tout ce que j’ai pu lire du et sur le Général de Gaulle depuis 15 ans. De sa vie au service de la France et des Français, j’ai retenu que l’on pouvait mener une vie politique sans la moindre compromission, qu’il faut toujours respecter ses convictions, quitte à ne pas toujours être politiquement correct. Je ne ferai donc aucune compromission et pour moi ne rien dire reviendrai à en faire une qui remettrait en cause les fondements de mon engagement. Je crois encore à une vision de la politique pure, faite de convictions, de la volonté sincère de défendre les idées que l’on croît justes pour son pays et ses concitoyens. La formidable aventure que j’ai connue avec mes amis villepinistes m’a renforcé dans cette idée : j’ai rencontré des gens qui s’impliquent en politique pour défendre un idéal sans rien attendre en retour. Je m’en souviendrai toute ma vie.

Et tout dans mon engagement me dit qu’il faut s’opposer au Ministre de l’Intérieur. Je me considère en résistance contre ce qu’il a fait, ce qu’il dit, ce qu’il est. Quitte à ne pas être politiquement correct, je tiens à préciser que si je soutiens François Bayrou, dans l’éventualité d’un second tour Royal – Sarkozy, je voterai sans hésiter pour la première, quelque soient ses limites, et dieu sait qu’elles sont nombreuses ! Pourquoi tant de haine me direz-vous ? A dire vrai, je connais assez bien le Ministre de l’Intérieur. Mon premier meeting politique, à 17 ans à Oloron Sainte Marie en 1991, était tenu par un certain Nicolas Sarkozy. J’avais particulièrement apprécié l’aisance de l’orateur mais aussi sa prise de position très critique à l’égard du Front National. Mais le temps a passé et il a dessiné un portrait bien inquiétant de l’ancien Maire de Neuilly.

Certains peuvent imaginer que mon opposition vient de la trahison de 1995 ou du fait qu’il a réussi à écarter Dominique de Villepin de la course à la Présidentielle. Ce ne sont pourtant que des détails dans les raisons qui me poussent aujourd’hui à appeler à faire barrage contre le candidat de l’UMP.

Son aisance pour parler en public et le très grand professionnalisme de sa communication peuvent faire croire aux Français qu’il est compétent et qu’il a une stature. Mais quelle compétence peut avoir celui qui a été le pire Ministre du budget de la 5ème République, qui ne connaît rien à l’économie, qui est capable de présenter un programme qui coûte plus de 100 milliards (seul José Bové a fait plus), un Ministre de l’Intérieur dont la politique n’a eu aucune influence sur les violences aux personnes ou qui ne sait pas si les membres d’Al-Qaïda sont sunnites ou chiites ? Quelle est la stature d’un homme qui à l’automne 2006 était encore capable de dire que c’est la France qui était arrogante sur l’Iraq en 2003, le tout aux Etats-Unis (bonjour le courage !), un homme qui dit tout et son contraire selon les personnes auxquelles il s’adresse, un homme qui remet en cause les principes républicains de laïcité et d’unicité de notre pays, un homme qui a tant de mal à ne pas déraper (karcher, racaille) ?

Car le Ministre de l’Intérieur n’est qu’un beau parleur, certes sans doute le meilleur dans ce domaine. Mais chez lui, une forme extrêmement maîtrisée et calibrée camoufle un fond au mieux inconsistant au pire dangereux. C’est ce que je souhaite montrer dans les jours qui viennent. Je commencerai par ce qu’il a fait (économie, intérieur, international, idéal républicain et méthode), avant de reprendre ce qu’il a proposé dans cette campagne et de finir par la personne. Vous pourrez constater que mon opposition se nourrit de faits dont un petit nombre seulement suffirait à disqualifier toute personne pour la Présidence de la République, d’où mon opposition radicale au candidat de l’UMP.

A demain pour la 1ère de ces raisons : l’économie.

Commentaires

De nombreux électeurs de la Droite républicaine considèrent qu’ils n’ont aujourd’hui aucun candidat pour les représenter à cette élection présidentielle.

Dans cette situation anti-démocratique, leur engagement au service de l’intérêt général, mais également leur responsabilité citoyenne leur commandent de voter pour le Démocrate et Républicain qu’est François Bayrou.

Voici des extraits du discours de J. Chirac que j’annote au passage avec des éléments de réflexions pour vous dire ce qui, en substance, guide mes choix politiques et mon engagement à servir les valeurs que porte Dominique de Villepin, qui sont pour moi les valeurs de la France…

Ces valeurs sont aujourd’hui menacées. François Bayrou qui est un digne héritier de ces valeurs de la France saura les défendre, au nom du peuple de France.

"Mes chers compatriotes de métropole, d'outre-mer, de l'Etranger,
La France est une Nation ardente et indépendante. La France, c'est une Nation engagée pour la justice et pour la paix. C'est une voix qui s'élève au-dessus des intérêts particuliers. ».

C’est pourquoi nous ne devons pas voter pour Nicolas Sarkozy, qui avec son atlantisme qu’il n’a jamais caché, saura rompre avec cette tradition historique de la France.
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« La France, mes chers compatriotes, je l'aime passionnément. J'ai mis tout mon cœur, toute mon énergie, toute ma force, à son service, à votre service. Servir la France, servir la paix, c'est l'engagement de toute ma vie. J'aurais voulu, bien sûr, bousculer davantage les conservatismes et les égoïsmes, pour répondre plus vite aux difficultés que connaissent certains d'entre vous. »

C’est pourquoi nous ne devons pas voter pour Nicolas Sarkozy qui avec sa défense du libéralisme à l’Anglo-Saxonne (que J. Chirac a déjà qualifié comme étant pire que le communisme) saura, comme aux Etats-Unis d’Amérique, poussé des millions de Français dans une misère dont vous ils ne sortiront jamais plus. Si vous avez voyagé ou vécu aux Etats-Unis et avez eu l’occasion de visiter certaines contrées, vous saurez, à quoi je fais, ici, allusion.
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« Mais je suis fier du travail que nous avons accompli ensemble. Fier d'avoir restauré avec vous des valeurs républicaines essentielles, comme le principe de laïcité. »
C’est pourquoi il ne faut pas voter pour Nicolas Sarkozy qui souhaite comme il le dit depuis déjà plusieurs années « toiletter » la Laïcité, c’est-à-dire, soyons francs, la vider de sa substance en faisant fi de l’Histoire de France qui a poussé les Français à stopper leurs déchirements, grâce à cette loi de 1905 qui est une loi de consensus. Lors des commémorations du centenaire de la loi de 1905, même le Cardinal Barbarin, Primat des Gaules était venu défendre dans un témoignage bouleversant, à l’Académie des Sciences Morales et Politiques, l’attachement actuel de l’Eglise catholique française à cette loi de la Laïcité qu’elle ne souhaite pas voir modifier.
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« Je suis Fier d'avoir conduit des réformes importantes, pour garantir nos retraites ou mieux aider les personnes âgées dépendantes et les personnes handicapés. Fier de voir les Françaises et les Français engagés sur les chemins de l'innovation et de l'avenir. Fier surtout d'avoir montré que, contre le chômage, il n'y avait pas de fatalité. La France tient son rang. La France affirme sa place dans le monde. »

Dominique de Villepin a été l’artisan majeur de cette remise de la France sur les bons rails, et Nicolas Sarkozy a sans cesse, avec les députés qui étaient à sa botte, entravé l’action du Premier ministre au service de la France et des Français. Nous ne devons pas voter pour une majorité qui, a au nom de la défense d’intérêts particuliers, entravé l’action au service de l’intérêt général. Nous devons voter pour des êtres responsables qui sauront poursuivre l’effort de redressement qui a été commencé.

« Mes chers compatriotes,
S'agissant des échéances électorales, j'aurai l'occasion d'exprimer mes choix personnels. Mais ce soir, et au nom de la confiance que vous m'avez témoignée, je voudrais vous adresser plusieurs messages.

D'abord, ne composez jamais avec l'extrémisme, le racisme, l'antisémitisme ou le rejet de l'autre. Dans notre histoire, l'extrémisme a déjà failli nous conduire à l'abîme. C'est un poison. Il divise. Il pervertit, il détruit. Tout dans l'âme de la France dit non à l'extrémisme. »

C’est pour cette raison que vous ne devez pas voter pour N. Sarkozyqui flirte avec l’extrémisme qui a déjà failli nous conduire à l’abîme. Il est de la responsabilité de chaque citoyen d’éviter de conduire la France à l’abîme.
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« Le vrai combat de la France, le beau combat de la France, c'est celui de l'unité, c'est celui de la cohésion. Oui, nos valeurs ont un sens ! Oui, la France est riche de sa diversité ! Oui, l'honneur de la politique, c'est d'agir d'abord pour l'égalité des chances ! »

L’égalité des chances c’est le combat qu’a voulu et dessiné Dominique de Villepin. Nous ne devons pas voter pour N. Sarkozy qui prône l’inverse de l’égalité des chances, à savoir la discrimination positive. La discrimination positive qui divise notre communauté nationale en groupes minera notre corps social et détruira notre cohésion nationale. Il est de la responsabilité de chaque citoyen français de veiller à défendre et à préserver la cohésion de la France.

« Mes chers compatriotes,
Vous l'imaginez, c'est avec beaucoup d'émotion que je m'adresse à vous ce soir. Pas un instant, vous n'avez cessé d'habiter mon cœur et mon esprit. Pas une minute, je n'ai cessé d'agir pour servir cette France magnifique. Cette France que j'aime autant que je vous aime. Cette France riche de sa jeunesse, forte de son histoire, de sa diversité, assoiffée de justice et d'envie d'agir. Cette France qui, croyez-moi, n'a pas fini d'étonner le monde.
Vive la République ! Vive la France ! »

PS : Message d’une citoyenne libre à tous ceux qui ont envie de défendre la France, : vous êtes vous aussi libres, et non pas enchaînés comme le sont aujourd’hui certains politiques. Vous avez donc, chers compatriotes libres, encore le choix de défendre la France et non pas un camp ou une famille politique :

« Ce n’est pas la gauche, la France ! Ce n’est pas la droite, la France ! Prétendre faire la France avec une fraction, c’est une erreur grave, et prétendre représenter la France au nom dune fraction, c’est une erreur nationale impardonnable. »

Charles de Gaulle

Ecrit par : samira | 15.03.2007

Bravo Laurent,

Je vous suggère modestement dans votre réflexion de faire ressortir qu'un beau parleur inactif n'est pas dangereux sauf en cas d'attaque externe, par contre un beau parleur actif peut être dangereux selon ses conseillers et son idéologie.

SARKOSY n'est pas simplement un fan de BUSH, il lui ressemble en pas mal de point.

Donc cela voudrait dire que BUSH (et leurs amis BLAIR, ...) étant de plus en plus sur le déclin, en élisant SARKOSY on conserverait le modèle pour perpétuer l'action entreprise.

il faut donc bien comprendre quel est l'enjeu en terme GéoPolitique dans ce monde Globalisé. Ce n'est donc pas qu'une histoire idiote de "Travailler plus pour gagner plus", slogan débile pour électeur ayant de plus en plus de mal à boucler ces fins de mois.

Et slogan qui ne traite pas du tout le vrai problème de notre recul Industriel tel qu'il s'est engagé depuis 30ans.

SARKOSY est donc un illusionniste, comme BUSH l'a été pour ses différentes attaques hégémoniques.

A vous lire LAURENT.

Ecrit par : PHG | 15.03.2007

Pour ce qui me concerne, j'ai commencé à orienter mon blog dans le même sens que le tien, cher Laurent, pour finalement renoncer. Je partage entièrement ton sens de l'éthique, c'est d'ailleurs celui qui explique mon engagement politique, mais je ne veux pas développer publiquement mon amertume ni ma déception pour, au final, rester dans un registre critique qui ne puisse conduire vers une alternative vraiment satisfaisante.

Cela étant, soutenir M. Bayrou, voire Mme Royal en cas de 2nd tour PS-UMP, contre M. Sarkozy est, pragmatiquement, la meilleure chose à faire et à défendre dans cette élection. Je le ferais à titre individuel et citoyen, non collectif.

Tout cela pour dire que j'ai publié, sur mon blog, une première critique de Sarkozy, conçue pour en appeler d'autres, - notamment l'idée scandaleuse et malhonnête de "démocratie irréprochable" vantée par le candidat dans une tribune récente du Monde, - que j'ai toutefois retirée pour ne pas mener publiquement une bataille qui m'attriste.

Maintenant, je serai toujours au rendez-vous de l'aventure gaulliste, et prêt à monter au front suite à cette élection en cas de positions à défendre qui soient porteuses d'un "pour", et non seulement d'un "contre."

En exclusivité pour ce blog de Laurent que j'apprécie beaucoup, voici donc l'article en question, celui que j'ai finalement retiré de mon blog, et qui s'intitulait "Sarkozy, ou la France qui s'oublie."


À mon sens, et je pèse mes mots, Nicolas Sarkozy est un candidat dangereux pour la France, et une menace pour la démocratie. J’avoue ne pas très bien comprendre comment un homme de cet acabit ne soulève pas une contestation plus vaste encore dans la société et dans les médias, ces derniers diffusant souvent sa parole sans aucun esprit critique. L’exigence démocratique, c’est d’être ferme sur les idées, les principes et les valeurs. À mon sens, trop d’esprits manquent de fermeté à son égard, et se révèlent complaisants. Lorsqu’il s’agit des hommes politiques ou des personnalités médiatiques qui l’ont rallié ces derniers mois, cette complaisance peut se comprendre. Venant de la part des citoyens et de ceux qui sont censés parler pour eux, les médias, elle est moins évidente à cerner.

Si Nicolas Sarkozy s’est presque systématiquement opposé à Dominique de Villepin, il a, selon moi, rarement opté pour les bonnes options. En défendant la discrimination positive contre la promotion de l’égalité des chances, il commettait une erreur, dont même les Etats-Unis, après l’échec éclatant de cette politique, étaient revenus. Lorsqu’il trouvait des mots durs pour qualifier le modèle social français, considéré comme trop protecteur et responsable d’une société encline à être trop tolérante envers les chômeurs, les assistés et ceux qui ne travaillent pas, il se trompait lourdement.
En effet, il est sain que l’État aide ceux qui rencontrent des difficultés, c’est l’effort de solidarité le plus élémentaire, et c’est rarement par plaisir que l’on touche les minima sociaux, ceux qui sont plongés dans cette situation peuvent en témoigner. François Bayrou l’a très bien compris lorsqu’il écrit, dans son livre intitulé Projet d’espoir, ceci : « Je n’aime pas les discours qui laissent entendre qu’au fond, chômeurs ou RMIstes sont les coupables de leur propre disgrâce. Pour penser cela, et pour oser le dire, il faut être très loin de la vie des gens. Parce que la vérité de la vie, c’est qu’on ne tombe pas d’un côté ou de l’autre en fonction des dons ou des mérites. Il y a une grande part de chance. La vie est faite de multiples carrefours où vous pouvez chuter, où la distance entre tout va bien et tout va mal est seulement de quelques millimètres. » Il est, à n’en point douter, extrêmement réducteur de penser que tout est affaire de volonté, et que l’adage « quand on veut on peut » (inscrit d’ailleurs textuellement dans le projet législatif de l’UMP) puisse guider un projet de société, ou serait la solution miracle à toutes les urgences. Une position de ce type, abondamment relayée par M. Sarkozy, relève du manichéisme et de la démagogie, ce contre quoi le politique doit s’élever.

Pour ce qui est du modèle social, je relève qu’Alain Juppé, dans sa déclaration de soutien à Nicolas Sarkozy, prend l’exact contre-pied du candidat de la rupture en affirmant ceci :

« J’ai envie d’exprimer moi-même, et d’entendre de la part des candidats, un certain nombre d’idées auxquelles je crois.

Et d’abord l’amour de la France. De ce qu’elle est, de ce qu’elle doit demeurer.
Je crois à la vertu de fidélité, y compris chez les peuples.
Je crois en une France fidèle à elle-même.
Fidèle à son histoire, à sa culture, à sa langue, à ses valeurs.
Fidèle au « modèle » économique et social qu’elle a construit au fil des décennies, c’est-à-dire à l’équilibre entre l’esprit d’entreprise et l’économie de marché, sources de toute richesse d’un côté, et, de l’autre côté, l’élan de fraternité et de solidarité, l’exigence de protection collective sans lesquels la volonté de vivre ensemble qui définit le sentiment national s’étiole. La recherche de cet équilibre est un combat de tous les jours. Mais elle fait la beauté de notre aventure commune. »

Cette fidélité, cette volonté d’avancer de façon équilibrée, conformément au génie français, Dominique de Villepin les a toujours défendues. Nicolas Sarkozy, quant à lui, n’a pas manqué une occasion de les remettre en cause, - si ce n’est ces derniers mois où il doit se sentir obligé de prendre, par calcul, des positions consensuelles qui ne prennent aucune valeur d’engagement s’il devait être élu. Le candidat de l’UMP est, au fond de lui, et il l’a régulièrement exprimé, du point de vue économique et social, un libéral. Il aime ainsi prendre exemple sur les réussites des Etats-Unis, mais le fait que la société américaine soit terriblement inégalitaire, que l’écart de niveau de vie entre les dizaines de millions de pauvres et la minorité de privilégiés soit considérable, semble l’indifférer. Si de telles inégalités devaient être amenées à prospérer en France, la société si éruptive qui est la nôtre serait plongée dans une grave crise de confiance et de lien social entre les individus, que le pouvoir sarkozyste ne pourrait qu’amplifier, pouvant même mettre de l’huile sur le feu comme cela a pu être le cas lors de la crise des banlieues de l’automne 2005.

Au reste, je reproche à Nicolas Sarkozy son manque flagrant de subtilité, qualité pourtant essentielle pour comprendre les complexités du monde moderne. Il s’est régulièrement exprimé en des termes manichéens, allant jusqu’à user régulièrement de raccourcis démagogiques. Ses discours, par exemple, sont des modèles de rhétorique pernicieuse, où les contraires s’opposent violemment (par le biais d’antithèses fortes et récurrentes, notamment) comme pour montrer ce qui est le Bien, à savoir ce qu’il défend, et ce qui est le Mal, comprendre ce qu’il combat. Cette façon de faire est déplorable. La lecture de ses discours révèle, en effet, une profusion des procédés rhétoriques, - tels que la constance des reprises anaphoriques et des antithèses, la symétrie des structures grammaticales, les incantations répétitives (« je veux »), etc. – qui se joint au mélange des registres et à la multiplication artificielle, en plus d’être parfois incohérente, des références historiques. Il faut bien comprendre que derrière ce langage trompeur et illusoire se cache un grand vide, qui maquille les véritables desseins du candidat de l’UMP. L’exigence citoyenne est de lutter contre ce langage paradoxal venant de l’homme du « parler vrai », qui se fait, en réalité, le champion de la rhétorique, de la démagogie et des formules creuses. En tolérant, banalisant et acceptant ce discours dans la société française, on s’expose à des dérives dont il ne faut vouloir à aucun prix.
Il est vrai que décortiquer ligne par ligne la fausseté des propos de M. Sarkozy exigerait une rigueur incompatible avec la grandiloquence de ses phrases. « La République est une grande idée qu’on a dénaturée. La République est un idéal qu’on a détourné », nous dit-il. De telles affirmations laissent sans voix. Qui peut prétendre redonner à la République sa nature originelle, et la faire renouer avec un idéal fantasmé, si ce n’est un Sauveur, un homme Providentiel ? On quitte le registre de la démagogie traditionnelle pour entrer dans des visions messianiques aptes à séduire, à mon sens, - et ces positions ne sauraient bien sûr n’engager que moi, - les esprits les plus crédules, les plus influençables, ceux qui peuvent faire tourner l’élection en sa faveur et faire que la France s’oublie, se perde. Une fois élu pour cinq ans, il sera trop tard pour pleurer ensuite l’écart entre une « France d’après » chimérique et une France d’aujourd’hui peu conforme à son indépendance, sa générosité et sa grandeur.
Ce problème d’indépendance est très tangible du point de vue international. Outre le fait que l’expérience de Nicolas Sarkozy en la matière soit très réduite, il faut bien se garder d’oublier les positions prises par le futur candidat en septembre 2006, aux Etats-Unis, lorsqu’il s’est agi pour lui de fustiger « l’arrogance » de la diplomatie française lors de la crise irakienne. En affirmant publiquement que plus jamais il ne devrait y avoir de vues divergentes entre notre allié historique d’outre-atlantique et la France, il remettait en cause toute l’histoire d’exigence et d’indépendance de la France à l’égard des autres puissances, quelles qu’elles soient, histoire que le général de Gaulle a porté avec une force inégalée, et que tous ses successeurs se sont efforcés de suivre afin que la France reste fidèle à la mission particulière qui est la sienne dans l’ordre mondial.

Je pense que la nation française est à la fois très forte et très fragile, et que Nicolas Sarkozy ne pourrait que briser ses élans en la divisant durablement, parce qu’il ne l’a comprend pas, dans ses paradoxes et ses savants équilibres. Si la France a toujours été, au long du livre riche mais tourmenté de son histoire, tiraillée entre ses pesanteurs et ses dynamismes, ce n’est pas un hasard, et il n’est pas possible de rompre avec ce qui fait la France, cela n’a aucun sens : ce serait même dangereux. Au contraire, la mission du politique est de permettre aux énergies de s’exprimer tout en offrant une main tendue à ceux qui sont dans le besoin, ou éprouvent des difficultés, afin que les énergies tues donnent à leur tour toute leur mesure. Rompre cette chaîne de solidarité que l’esprit d’initiative, en contrepartie, rend possible serait indubitablement néfaste. C’est le projet implicite de Nicolas Sarkozy, que je n’accepterai jamais.

Ecrit par : Villèle | 15.03.2007

Cher Villèle,

C'est un très beau texte. Il est très bien argumenté et très fin sur l'analyse du langage sarkozyste. Mais il est également très juste et gaullien sur la vision de notre cher pays. Il eut été fort dommage de ne jamais le publier et je suis honoré de l'accueillir sur mon blog.

Même si se battre contre quelqu'un n'apporte pas la même chose que se battre pour, l'expérience me montre qu'on peut se construire politiquement autant par adhésion que par rejet. Le rejet d'un politique peut être constructif dans la mesure où il permet d'affiner nos convictions en sachant ce que l'on ne souhaite pas faire, penser, être. C'est pour cela que je prends le chemin que je prends dans cette campagne.

Amitiés républicaines.

Laurent

Ecrit par : Laurent (Gaulliste libre) | 15.03.2007

Merci VILLELE,

Merci pour ce très bon résumé. Moi aussi je ne peux accepter ce projet implicite de SARKOSY.

Ce serait me trahir, trahir ce pourquoi mes ayeux se sont battu, ce serait trahir Notre Pays et ce que nous sommes, ce serait trahir nos enfants en les vidant de leur Histoire donc de leur Avenir.

Ecrit par : PHG | 15.03.2007

@Laurent, Villèle:

je vous soutiens pleinement!

Laurent j'attendrais avec une certaine impatience tes articles prochainement sur ton blog.

Bonne continuation.

Ecrit par : gargouille | 15.03.2007

Idem, je partage beaucoup de vos points de vue et de vos engagements. Je ne suis pas naïf au point de croire qu'un nouveau président peut changer le destin d'un pays comme la France en cette ère de mondialisation, mais il en est certains dont je sais qu'ils constitueraient un poids bien difficile à assumer pour l'avenir de notre pays.
Bravo pour ce "franc parler" et toutes mes amitiés républicaines !

Ecrit par : Denis | 17.03.2007

Bonjour,

Je suis absolument en phase avec votre analyse du péril que représente le Rastignac de l'UMP.
C'est pourquoi, j'ai repris votre décrytage de la dernière allocution présidentelle sur mon Blog:

www.alert2neg.com/article-6096939.html

A bientôt et VIVA lLA RESISTANCIA !

Ecrit par : A2N | 21.03.2007

bravo !!! une fois de plus la France peut etre fiere des gaullistes ...des vrais. Il est urgentissime de faire barrage a N sarkozy et ses méthodes indignent de notre république. Je suis un élécteur du centre gauche et je suis en mesure de vous affirmer que le vent souffle trés fort en OFF pour soutenir F bayrou (aller lire les commentaires sur le blog de DSK) il est évident que les démocrates des deux bords sont en train (enfin) de se souder contre l'avis des appareils a bout de souffle plus préoccupé par la victoire aux éléctions que par le sort et la défense des valeurs de notre pays.

Le PS et l'UDF sont deux partis de circonstance et non de conviction, fracturé en leur sein et incapable de defendre une ligne clair digne et profonde. Sarkozy et Royal se perdent dans des postures médiatiques éléctoralistes et populistes indignent de la France. "La nation est née de la république et non le contraire" comme l'a rappellé magistralement F Bayrou il y a quelques jours.

cette campagne est la pire de la Veme république, les postures, les effets d'annonce, le marketing et le médiatique l'emporte sur le politique. halte au populisme, aux promesses déraisonnées, a la renonciation de nos valeurs ! Oui la france peut se relever et de réformer sans perdre son ame. Oui une autre voie est possible et elle s'appelle la social démocratie la vraie, l'union des démocrates modérée des deux bord face au parti conservateur et atlantiste UMP de sarkozy....Un seul candidat nous offre cette perspective, cette chance unique et c'est F Bayrou.

debout les démocrates, gaullistes, sociaux liberaux, sociaux démocrates l'heure de l'union a sonner.

Merci a vous tous. Croyez moi c'est ma 5eme présidentielle et je suis trés trés ému de constater que l'union démocrate est en route...la victoire est au bout du chemin et elle sera la victoire de la France républicaine, celle dont nous sommes fiere.

Ecrit par : yvan | 07.04.2007

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