09.04.2007
Qui connaît Nicolas Sarkozy ?
Très honnêtement, j’arrive à comprendre le vote Nicolas Sarkozy. Après tout, il suffit de le regarder à la télévision sans préjugé. Quelle image nous renvoie le petit écran ? L’image d’un homme politique qui parle différemment, en prenant moins de précautions, l’image d’un homme d’action qui dit immédiatement se saisir des dossiers, l’image d’un homme sûr de lui, compétent. Il a également une grande expérience politique qui le qualifie aisément pour le poste de Président de la République. Depuis janvier, le candidat de l’UMP apparaît également plus présidentiel, plus calme. Son discours s’est (en partie) équilibré. Et quand on lit son projet présidentiel, on peut difficilement être en désaccord avec la plupart des constats qu’il fait ou la plupart des promesses qu’il avance. La surface est terriblement séduisante.
Et pourtant, comme tant d’autres, j’appelle à lui faire barrage, alors que vu de loin, on peut penser que j’appartiens à la même famille que lui. Pourquoi ce candidat provoque un tel rejet auprès de personnes qui ont milité dans le même parti que lui ?
Le point central de ma position est qu’il y a un décalage entre l’image que réussit à se donner ce très grand communiquant et la réalité de la personne. Ne pensez-vous pas en effet que ces grands talents d’orateur, cette maîtrise de son discours et son aisance naturelle à parler devant les caméras peuvent modifier la perception de ce qu’il est réellement? Il est avocat de formation, comme François Mitterrand. Ce que je me suis efforcé de faire à travers mon analyse, c’est essayer de gratter la surface du candidat Sarkozy pour mieux appréhender la réalité de Nicolas. Je ne prétends pas à l’objectivité : j’ai ma grille de lecture (gaulliste). Elle m’est personnelle et j’ai bien conscience de ne pas la partager avec tout le monde. En revanche, j’ai essayé d’adopter une démarche factuelle, si bien que mes jugements de valeur sont au moins basés sur des faits.
Et c’est parce que l’addition de tous ces faits est sévère que je souhaite les communiquer. Après, libre à vous de rester sur votre choix. Certains de mes jugements négatifs ne seront pas forcément négatifs pour vous (notamment sur le plan des idées), mais ils méritent d’être pris en considération avant de voter pour Nicolas Sarkozy.
Ses expériences ministérielles
Des trois principaux candidats modérés, le candidat de l’UMP apparaît volontiers comme le plus compétent, celui auquel on peut faire le plus confiance pour gérer notre pays. Il est vrai que sur la forme, ce jugement n’est pas vraiment surprenant car tant Ségolène Royal que François Bayrou maîtrisent moins bien la communication que Nicolas Sarkozy. C’est un atout que je veux bien concéder à ce dernier : dans nos sociétés modernes, il est important pour un dirigeant politique de bien communiquer. Mais, doit-on seulement juger un homme politique sur la forme ? Le fond, et notamment ce qu’il a réalisé, n’est-il pas encore plus important ? Nicolas Sarkozy a-t-il vraiment prouvé sa compétence en tant que ministre ?
Ministre du budget de 1993 à 1995, il a supervisé deux des trois budgets les plus déficitaires des 50 dernières années, à tel point qu’Alain Juppé avait qualifié l’état des finances publiques de « calamiteux ». Le candidat Sarkozy a également réussi l’exploit de présenter le programme le plus cher de la campagne après José Bové (plus de 50 milliards de dépenses nouvelles et 68 milliards de baisse d’impôts) avant de revenir sur un certain nombre de promesses qui ont disparu de son projet. Au Ministère de l’Intérieur, par-delà les déclarations d’autosatisfaction du ministre, le vrai bilan n’est pas si bon. La simple présentation des statistiques du Ministère est le meilleur indice. A part pour le chiffre global, les statistiques de 2001 et 2006 sont présentées de manière complètement différente, ce qui rend plus difficile toute comparaison. Et la réalité du bilan de Nicolas Sarkozy n’est pas belle à voir. Certes, la délinquance globale a baissé de 9% en 5 ans. Mais cette baisse s’explique grâce à l’impact de l’équipement antivol des voitures (les vols ont ainsi baissé de 50% en 5 ans), des deux-roues et des maisons (les cambriolages ont baissé de 20%). En revanche, les violences aux personnes, l’indicateur sans doute le plus important des statistiques de la délinquance, à cause du traumatisme que subissent les victimes, ont augmenté de 14% en 5 ans. Les délits liés aux drogues ont augmenté de 58% en 5 ans. A-t-il vraiment prouvé sa compétence réelle à résoudre les problèmes des Français ?
Son discours
Nicolas Sarkozy est un excellent orateur qui arrive toujours à se mettre en valeur en présentant les choses à son avantage. Il a le don pour poser des questions qui appellent une réponse en ligne avec sa position. Evidemment, quand il demande s’il vaut mieux être du côté des fraudeurs ou des gens qui paient leur titre de transport, il est difficile de ne pas être d’accord avec lui. En revanche, dire que ses adversaires soutiennent les fraudeurs est un abus incroyable qui ne repose sur aucune déclaration des dits adversaires. Cette manœuvre facile est une manipulation habituelle de la part du candidat qui dépeint toujours la réalité de manière simpliste en renvoyant ses critiques à des positions caricaturales. Ainsi, il se dépeint du côté des Français qui se lèvent tôt, qui paient leur titre de transport alors que ses adversaires prôneraient l’assistance et la compréhension à l’égard des fraudeurs. Cette simplification excessive permet de couper court à tout vrai débat de fond. Mais les simplifications de Nicolas Sarkozy l’ont fait déraper dans les dernières semaines quand il a dénoncé l’immigration dans des termes que Jean-Marie Le Pen n’aurait pas reniés en rendant l’immigration massive responsable des troubles des banlieues. Ce discours simplificateur va de pair avec une méthode qui revient souvent à opposer les uns avec les autres.
Ses idées
Jusqu’à la mi-2006, Nicolas Sarkozy s’est présenté comme le candidat de la « rupture ». Il avançait des idées radicales, sur l’économie, la laïcité, l’international, notre modèle républicain… Il suffit de relire « Libre » ou « Témoignages » pour se rendre compte du tournant idéologique que le candidat de l’UMP a pris en moins d’un an et qu’il a accentué après l’élection de Ségolène Royal comme candidate du PS. Pour quel Nicolas Sarkozy votons-nous ? Le libéral atlantiste, communautariste et partisan de la discrimination positive ou le républicain aux accents sociaux finalement rallié à la politique étrangère de Jacques Chirac qu’Henri Guaino fait parler tous les soirs de meeting ? Seul le discours sécuritaire est à peu près resté le même en un an. Comment se comporterait un Président Sarkozy s’il était élu ? Qui aurions-nous à L’Elysée ? La campagne du candidat a été tellement contradictoire qu’il semble difficile de savoir qui nous aurions comme Président. Souhaitons-nous réellement voir élu un candidat caméléon qui adapte son discours à ce point aux circonstances et à ses audiences ? Comment prendrait-il ses décisions, sur quels critères ? Ne risquerait-il pas de conditionner ses décisions uniquement à son éventuelle réélection ?
Sa personne
Car une chose transparaît de manière assez évidente quand on écoute et lit le candidat : sa soif de pouvoir. L’ambition en soi n’est pas un défaut et je n’ai pas la naïveté de croire qu’un homme politique doit en être dépourvue. Mais la question qu’on doit se poser quand on souhaite élire un futur Président de la République est la question de la motivation de cette ambition. Est-ce une volonté de servir la France ou une pure ambition personnelle ? A chacun de juger, mais j’ai du mal à croire que quelqu’un qui affirme (en plaisantant ?) que l’enjeu de cette élection est son changement de trottoir, est principalement préoccupé par la volonté de servir les Français. Je crois que Nicolas Sarkozy est surtout un ambitieux avide de pouvoir. Tout va dans ce sens. D’ailleurs, les quelques réformes institutionnelles qu’il propose visent à concentrer plus encore les pouvoirs dans les mains d’un Président de la République qui n’est déjà pas vraiment sans ressources dans nos Institutions…
Pire, ajouté à cette soif de pouvoir (il n’a pas exclu de garder la présidence de l’UMP s’il était élu…), le caractère du candidat peut sembler inquiétant : son autoritarisme, son acceptation limitée de la critique des média, son entourage, ses liens avec les grandes entreprises qui possèdent la plupart des média privés esquissent une présidence où l’on pourrait se demander comment vont exister des contre-pouvoirs. Après tout, on a reporté de nombreux dérapages du candidat contre les média : le renvoi d’Alain Genestar, le coup de fil à Edouard de Rothschild, les menaces à la direction de France 3, les critiques récentes sur un reportage toujours sur France 3... Jamais un candidat modéré ne s’est montré aussi violent et prompt à menacer les journalistes qui le critiquent. Quand on connaît les liens de Nicolas Sarkozy avec Bouygues, Lagardère et Dassault, on peut se poser des questions légitimes sur la réalité du pluralisme médiatique qui existerait sous une présidence du candidat de l’UMP…
En fait, Nicolas Sarkozy est un orateur habile qui sait prendre des postures avec lesquelles il est le plus souvent difficile de ne pas être d’accord. Il a retiré de son discours les éléments peu populaires (atlantisme, communautarisme, positions sur le financement des religions, réforme de la loi de 1905). Mais que ferait-il s’il était élu ? Et a-t-il réellement les compétences, la méthode, l’entourage pour réformer le pays avec justice dans l’intérêt de tous, et pas seulement de ses amis ? Comment vivrait notre démocratie sous sa Présidence ? Qu’est-ce qui l’anime réellement ? Mieux vaut se poser ces questions avant le 22 avril et le 6 mai.
Je tiens à votre disposition une synthèse de toutes les notes sur le candidat Sarkozy que je peux vous envoyer si vous m’en faites la demande par mail à l’adresse que vous trouverez dans l’à propos.
18:55 Publié dans Présidentielles 2007, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note




Commentaires
@Laurent
"...
. Ce que je me suis efforcé de faire à travers mon analyse, c’est essayer de gratter la surface du candidat Sarkozy pour mieux appréhender la réalité de Nicolas. Je ne prétends pas à l’objectivité : j’ai ma grille de lecture (gaulliste).
....
En revanche, j’ai essayé d’adopter une démarche factuelle, si bien que mes jugements de valeur sont au moins basés sur des faits."
Votre Grille de lecture est partagée. Le jugement de valeur basé sur des faits .... qui sont têtus, c'est cela SE FAIRE UN AVIS sur les choses.
Se faire un AVIS, c'est ce qui est demandé aux Hommes Libres et Responsables.
Se faire un AVIS ce n'est pas gober ce que dit SARKOSY, dont la rhétorique est pour jobbardiser encore plus les people. Il suffit de lire ce qu'il écrit.
ce qui est important c'est cela :
"...
En fait, Nicolas Sarkozy est un orateur habile qui sait prendre des postures avec lesquelles il est le plus souvent difficile de ne pas être d’accord. Il a retiré de son discours les éléments peu populaires (atlantisme, communautarisme, positions sur le financement des religions, réforme de la loi de 1905). Mais que ferait-il s’il était élu ? Et a-t-il réellement les compétences, la méthode, l’entourage pour réformer le pays avec justice dans l’intérêt de tous, et pas seulement de ses amis ?
..."
Méthode, compétence, entourage, influence, .... mais aussi PENSEE PROFONDE de l'individu à qui ont risque de mettre entre les mains notre avenir et celui du pays.
Écrit par : PHG | 10.04.2007
Laurent,
Vraiment bonne analyse. Je la reprendrai sur mon blog car j'ai peu de temps en ce moment pour écrire des articles de cette qualité.
Continuons
Écrit par : vincent75 | 10.04.2007
Je te remercie, cher Laurent, pour la synthèse de toutes les notes que tu as effectuée et mise en forme.
Fruit d’un engagement citoyen qui doit être salué, c’est un très bon instrument pour convaincre, avec des arguments appuyés, solides, de la nécessité absolue de faire barrage à Nicolas Sarkozy, dont les postures prennent trop souvent la forme d’impostures.
Dans notre société de l’image, du slogan et de la communication, il est indispensable de prendre du recul avec l’actualité immédiate et la séduction des apparences pour discerner les dangers, et agir, par là, en citoyen éclairé.
Ce travail de réflexion, de mises en perspective et de recoupements des informations devrait être fait par des journalistes, mais rares sont ceux qui s’y osent, privilégiant le rôle de relais de cette société de l’image.
Pour ce qui me concerne, j’ai diffusé autour de moi, parmi mes proches et mes amis, cette synthèse, – à l’intention, notamment, de ceux ayant émis le désir de glisser un bulletin Sarkozy dans l’urne, – et c’est avec intérêt que j’écoute les réactions des uns et des autres.
Contre la résignation et pour l’engagement clair, constructif, merci encore.
Écrit par : Villèle | 18.04.2007
Les commentaires sont fermés.