15.06.2007

L’Europe contre les Européens

Il y a quelques jours, Jean-Claude Trichet augmentait à nouveau les taux d’intérêt de la BCE, à 4%, pour « protéger » les européens de pressions inflationnistes qu’il est bien le seul à voir. Pour mémoire, l’inflation annuelle vient de tomber en France à 1,1%, le plus bas niveau depuis bien longtemps.

C’est vrai, l’inflation peut être dangereuse pour les consommateurs car, quand elle n’est pas maîtrisée, les prix ont souvent tendance à augmenter plus vite que les salaires. Mais nous en sommes très loin, depuis longtemps. Et il ne faudrait pas oublier que pour pouvoir consommer, un consommateur a besoin de gagner un salaire et donc de produire. Le problème est que l’hystérie monétariste et l’aveuglement économique de la BCE ont poussé l’euro à un niveau dévastateur pour l’industrie européenne, tout pays confondu. Ce n’est pas pour rien qu’Airbus supprime près de dix mille emplois en France, mais aussi en Allemagne…

Dès lors, on pourrait espérer que l’Europe garantisse efficacement le droit des consommateurs européens. Malheureusement, deux décisions récentes montrent qu’il n’en est rien. Après le chocolat qui, peut maintenant contenir tout type de graisse végétale (alors qu’avant en France, ne pouvait être inclus que du beurre de cacao), c’est à notre veau et aux produits bios que Bruxelles s’attaque. Les jeunes bovins seront donc considérés comme des veaux jusqu’à l’âge de 8 mois au lieu de 6 et l’alimentation exclusive avec du lait pourrait être assouplie. De même, le nouveau label bio européen pourra désormais s’appliquer à un produit qui contient un seul ingrédient bio (et non tous, comme aujourd’hui) et la tolérance à l’égard des OGM sera assouplie (à 0,9% du volume).

Bien sûr, les harmonisations à l’échelle européenne peuvent être un plus pour les consommateurs, mais seulement à la condition d’harmoniser par le haut et dans une direction plus qualitative. Dans le cas présent, l’harmonisation se fait par le bas. Nul doute que l’Europe a été plus sensible aux intérêts des lobbys industriels, tellement présents à Bruxelles, qu’aux véritables intérêts des consommateurs européens.

Une Europe qui poursuit une quête absurde contre l’inflation au prix d’un euro trop fort pour nos industries, entraînant des délocalisations massives, une Europe qui harmonise les normes au bénéfice des industriels en oubliant l’intérêt des consommateurs : voilà ce que les Français avaient rejeté le 29 mai 2005. Il est vraiment temps de remettre la construction européenne dans une autre direction !

Source : RTL

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