22.06.2007

L’enfant roi président

Quand est-ce que Nicolas Sarkozy arrivera à réellement rentrer dans la peau du président de la République ? Bien sûr, il est toujours aussi habile dans sa communication et sa rhétorique, mais on a soit l’impression d’avoir encore affaire au candidat d’il y a deux mois, soit, comme le disait Patrick Poivre d’Arvor, de voir un petit garçon heureux qui n’en revient toujours pas d’être là où il est.

Car, même si le fait de présenter le journal depuis l’Elysée était un symbole assez maladroit, Patrick Poivre d’Arvor et Claire Chazal ont osé des questions et des remarques bien peu révérencieuses (« le petit garçon », la mention de l’épisode du G8, la TVA sociale…), ce qui était rafraîchissant pour TF1. Mine de rien, la remarque du présentateur vedette du journal du soir de TF1 avait du sens. Les images hier soir du sommet européen montrait à nouveau un Nicolas Sarkozy hilare. La gravité et les responsabilités de la fonction présidentielle ne semblent pas l’effleurer le moins du monde. Il donne en effet l’image d’un petit garçon qui vient de recevoir le cadeau qu’il espérait depuis longtemps et qui n’en revient toujours pas.

Et cela se retrouvait également dans sa remarque sur le fait que l’élection présidentielle française serait la plus difficile du monde : il y a quatre tours à gagner alors que dans les autres pays, il y en a un seul ! Cette emphase sur le fait que, lui, avait réussi l’élection la plus difficile à gagner du monde avait un côté tellement enfantin. Enfantine encore sa manie de ramener tout à lui, de tout assumer, de dire tout décider, de dire avec un sourire gourmand que c’est lui qui avait décidé l’ouverture, même si cela pouvait refroidir certains de ses amis.

Le moins que l’on puisse dire est que l’esprit de nos institutions en est bouleversé. Jamais un Président de la République n’avait autant imprimé sa marque sur le gouvernement et sa majorité. François Fillon est ramené au simple rôle de coordinateur du gouvernement. Le président réunit sa majorité, choisit l’organisation de son ancien parti. Nicolas Sarkozy agit dans l’instant, comme toujours, en oubliant que l’intérêt de nos institutions réside justement dans la distinction entre le rôle de président de la république et celui de premier ministre. C’est cette distinction qui a permis à Jacques Chirac de relancer son quinquennat en nommant Dominique de Villepin premier ministre. Demain, ce sera plus difficile pour le président actuel…

Mais ce qui compte pour Nicolas Sarkozy, c’est son bon plaisir, sa gloire. Il est donc tout à la joie de son élection. Un jour peut-être il arrivera à dépasser sa satisfaction enfantine et enfiler le costume de président avec le sentiment de responsabilités qui lui échoit. Il faudra qu’il arrive à passer le stade d’enfant roi.

Commentaires

Bien vu.

Écrit par : republica | 23.06.2007

Pas de commentaire tu a une vision honnete compte sur moi car cela me rassure et cela me fait un grand plaisir franchement tu est le seule d'etre au font du probleme

Écrit par : pradeau | 24.06.2007

C'est exactement ce que je me suis dit en écoutant le "petit garçon" face à PPDA et Chazal! Il en est resté aux lauriers de sa victoire et ne sait pas en sortir! Il a du mal à réaliser qu'il est enfin parvenu à la finalité de son objectif vieux de 20 ans! Courant depuis si longtemps vers ce poste suprême, il court maintenant vers un objectif plus dominant: le pouvoir absolu, suprême et... l'Europe dont il aimerait bien maîtriser l'avenir et pourquoi pas en être le chef! Vraiment, ce président n'a pas mûri. On a l'impression qu'il joue ! Désolant!

Écrit par : Claire | 24.06.2007

Bonne analyse.

Au demeurant, disons que c’est un formidable équilibriste… je lui reconnais beaucoup de talent, d’habileté… Dominique Dhombres dans « Le Monde » parlait d’artiste à son sujet, et j’acquiesce… il a des dons d’illusionniste assez remarquables…

…seulement, va-t-il tenir sur la longueur ? L’allégresse dont il fait preuve ne suffira pas en toutes circonstances ; face aux crises, aux situations difficiles, il devra faire preuve de bien davantage de gravité.

Cela étant, la façon dont il exerce le pouvoir, avec ce mélange de précipitation, d’ardeur et d’euphorie, est intéressante à observer. Il forge assurément quelque chose de neuf, ou de singulier dans tous les cas. D’un côté, il présidentialise comme jamais la Ve République (ce que je condamne), étendant fortement les attributs dont il devrait théoriquement jouir, et de l’autre, il montre une volonté de désacraliser le pouvoir, et la fonction de Président de la République particulièrement, en refusant d’arborer ce « masque » qui est celui de l’autorité présidentielle.
Je ne peux que m’interroger quant aux conséquences de volontés si contradictoires. Mais s’il m’apparaît une chose, c’est qu’il semble manquer de maturité et ne pas poursuivre, pour le moment, de dessein clairement conçu ; les échecs d’un Mitterrand ou d’un Chirac leur ont certainement permis de prendre une forme de recul nécessaire à l’exercice de pouvoir, et cette sagesse, fille de profondes réflexions, semble manquer au locataire de l’Élysée.

Écrit par : Villèle | 24.06.2007

Note: En ce qui concerne MM. Mitterrand et Chirac, je faisais références aux échecs électoraux antérieurs à leur entrée en fonction.

Écrit par : Villèle | 25.06.2007

J'ai l'impression que le costume est trop grand pour lui.
De plus il a un nouveau gadget avec plein de touches, il va les essayer toutes.

Écrit par : ChristianB | 25.06.2007

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