27.06.2007

Petit conte de la « concurrence libre et non faussée »

Il était une fois le marché du renseignement téléphonique en France. Il y a 10 ans, pour 50 centimes d’euro, le 12 nous permettait de rentrer en contact avec un opérateur qui pouvait nous donner 3 numéros de téléphone par oral. Il était même possible de poser des questions à l’opérateur en cas d’incompréhension.

Heureusement, la Commission Européenne a mis fin à cette situation catastrophique pour les consommateurs européens. Désormais, il y a une bonne dizaine d’opérateurs avec des numéros à 6 chiffres, tous différents. Ainsi le consommateur a le choix (ou est perdu, au choix). Le coût d’un appel a plus que doublé en 10 ans, soit une hausse plus de quatre fois supérieure à l’indice des prix. Désormais, il n’est pas possible d’obtenir plus d’un numéro de téléphone et ce numéro est donné par un serveur vocal, ce qui contraint à rappeler s’il y a une incompréhension. Résultat, depuis la fin du 12, le nombre d’appel aux renseignements téléphoniques a baissé de 30%.

Voilà ce que la « concurrence libre et non faussée » a apporté : une forte augmentation des prix pour un moins bon service, le tout plus difficilement accessible pour le consommateur. Les seuls bénéficiaires de cette libéralisation des services de renseignement téléphonique sont les média qui ont profité des investissements massifs des nouveaux opérateurs et de l’opérateur historique pour faire connaître les nouveaux numéros. Pour le consommateur, le bilan est complètement négatif.

Alors bien sûr, la concurrence est légitime et créatrice de valeur pour l’économie et les consommateurs dans beaucoup de domaines, mais ce n’est pas toujours le cas. La libéralisation n’est pas toujours la solution.

Commentaires

À travers ce petit conte, on mesure bien combien le cas du renseignement téléphonique peut être révélateur des limites de certaines théories libérales.

Par ailleurs, à propos d’Europe et de concurrence, je suis d’accord pour remettre en cause la dynamique de libéralisation des marchés imposée autoritairement par Bruxelles, et qui trouve effet dans des secteurs aussi cruciaux que l’énergie. En effet, pourquoi condamner toute régulation des prix, alors que la liberté tarifaire se fait le plus souvent au détriment des consommateurs ?

En outre, en termes de méthode, ces « procédures d’infraction » qui ont visé la France au sujet de la réglementation des prix du gaz et de l’électricité qu’elle pratiquait ne me semblent pas légitimes. C’est une atteinte malvenue à la souveraineté nationale.

Pour illustrer ce manque de pertinence que l’on retrouve dans certaines initiatives de la Commission, je vais reprendre l’avant-dernier paragraphe d’un bon article du « Monde » intitulé ‘‘Énergie : le libéralisme en échec’’, et paru dans l’édition du 23 juin dernier :

« Les besoins sont énormes. L'Agence internationale de l'énergie estime qu'il faudra construire environ 60 000 MW de capacité (l'équivalent d'une cinquantaine de centrales nucléaires) dans les trente ans à venir. Coût de l'opération : 1 000 milliards d'euros. Pannes à répétition en Californie en 2001, débat mondial sur le réchauffement climatique, menace sur la sécurité d'approvisionnement de l'Europe en gaz russe... les nouveaux défis qui apparaissent nécessitent une véritable stratégie industrielle et non une simple approche libérale. Parfois même, celle-ci risque d'être contre-productive. Deux exemples en témoignent : la lutte contre le réchauffement climatique ne devrait-elle pas inciter à augmenter les tarifs énergétiques - quitte à ce que la collectivité aide les plus pauvres - plutôt qu'à les baisser ? La constitution d'un marché unique, le nécessaire rapport de force face à la superpuissance énergétique russe et les énormes investissements nécessaires ne devraient-ils pas pousser les pays à favoriser la concentration des acteurs ? »

Au demeurant, je ne trouve pas juste que la Commission puisse mener des offensives contre la France, et faire peser sur elle des risques d’amendes, sur un certain nombre de sujets qui devraient relever de la souveraineté des États. Pour soutenir cette idée, je vais m’appuyer sur un autre article du « Monde » qui parle de lui-même, intitulé ‘‘Bruxelles s’apprête à attaquer la France sur plusieurs dossiers’’ et publié dans l’édition du 15 mars 2007 :

« Pharmacies. Le commissaire en charge du marché intérieur, Charlie McCreevy, projette d'envoyer à Paris une lettre de mise en demeure concernant le secteur des pharmacies. Au nom de la liberté d'établissement, il demande au gouvernement français des explications sur les mesures qui limitent l'installation de ces officines au prorata du nombre d'habitants. Pour lui, ce dispositif constitue une restriction de concurrence disproportionnée. En face, les diplomates français le présentent au contraire comme un bon moyen d'assurer l'installation de pharmaciens sur l'ensemble du territoire, dans les régions rurales en particulier. Afin d'assurer la libre circulation des capitaux, M. McCreevy conteste aussi le système qui veut que seuls des pharmaciens soient autorisés à contrôler ce type de commerce. »

(…)

Tabac. Chargé des affaires fiscales, Laszlo Kovacs souhaite de son côté envoyer une mise en demeure à Paris à propos de l'existence d'un prix minimum de vente des paquets de cigarettes. Un mécanisme incompatible, selon lui, avec la législation européenne qui garantit la libre fixation des prix dans ce domaine, tout en fixant des niveaux planchers de taxation au sein de l'Union. Le gouvernement français considère au contraire que ce dispositif est justifié par des motifs de santé publique : il permettrait d'éviter que les fabricants de cigarettes ne baissent leur prix, afin de compenser la hausse des taxes destinée à lutter contre le tabagisme. »

Ecrit par : Villèle | 27.06.2007

"Résultat, depuis la fin du 12, le nombre d’appel aux renseignements téléphoniques a baissé de 30%."

Donc si j'ai bien compris, grâce à la "concurrence libre et non faussé", 30% des besoins en renseignement ne sont plus couvert que par le "Demerdesisich", le "nada" ou Google.

C'est cela mettre un boulet aux pattes de ses concurrents. On leur enlève un outil simple et efficace pour se positionner et en plus pour faire du blé sur leur dos.

Ca va, c'est pas trop compliqué à comprendre pour nos Enarques, nos Politiciens et nos "rêves d'avenir" ?

Ecrit par : PHG | 27.06.2007

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