05.07.2007

Les pin’s de gauche du président

Après Eric Besson, Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet et Jean-Marie Bockel, la nouvelle prise de Nicolas Sarkozy est Hubert Védrine. Il faut dire que ce dernier n’avait pas été loin de passer le Rubicon il y a un mois et demi. Jack Lang serait sur le point lui aussi de céder à la tentation…

Nicolas Sarkozy peut se féliciter de deux succès. Outre le fait d’avoir attiré des personnes dites de gauche, il a réussi à imposer le nom « ouverture » pour nommer cette curieuse manière qui consiste à recruter au sein du principal parti d’opposition des membres du gouvernement ou des personnes qui vont travailler pour lui. Si on entend par « ouverture » l’action de s’ouvrir aux autres et à leurs idées, il s’agit d’une immense tromperie puisque le président n’est pas revenu sur une ligne de son programme. Il faut sans doute entendre par « ouverture » le fait d’ouvrir le parti socialiste et lui enlever des éléments pour le désorganiser…

Cette pseudo-ouverture n’est pas autre chose qu’un débauchage qui a plus à voir avec le mercato des clubs de foot. Quelques personnalités socialistes à l’égo certain, attirées par les ors de la République n’hésitent pas à travailler pour une personne qu’ils dénonçaient violemment il y a quelques mois à peine. Il n’est pas étonnant de constater que les mitterrandiens sont les plus sensibles à cet appel du pied, tant l’idéologie ne comptait pas pour l’ancien président, à part pour servir sa quête de pouvoir et de gloire personnelle. Assez logiquement, les personnes qu’il avait fédérées sont alors prêtes à toutes les bassesses pour le pouvoir.

Bien sûr, cette séquence est amusante tant le parti socialiste a du mal à réagir, tel un petit club pillé par le Real de Madrid. Mais nous sommes en politique, un domaine où les convictions sont censées régir un minimum les personnes qui s’y engagent. Cette séquence a un seul but : étouffer l’opposition et notamment tuer dans l’œuf le Modem qui avait fait de l’ouverture sa plate-forme électorale. C’est habile. Mais est-ce l’habileté politicienne qu’il convient de glorifier ou le sens de l’Etat et la lutte pour des idées ? Il y a une grande différence entre l’ouverture proposée à l’époque par le Modem qui consistait à réunir des personnes qui ont les mêmes idées pour les faire travailler ensemble et le débauchage d’ambitieux sans foi ni loi par l’équipe actuelle.

Un jour, les débauchés comprendront qu’ils n’étaient que des pin’s accrochés à la veste d’un président qui ne faisait que les utiliser pour abattre d’autres ennemis et améliorer son image. S’ils ont encore une conscience politique, ils auront bien honte d’avoir été les acteurs d’une telle mise en scène.

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-931413@...

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