06.07.2007

D’un capitalisme industriel à un capitalisme financier

Le probable rachat de Lu par Kraft est une nouvelle illustration de la mutation du capitalisme. Alors qu’il y a encore une dizaine d’années, les entreprises focalisaient leur attention sur le développement de leur activité propre, aujourd’hui, elles gèrent davantage leur activité comme un portefeuille financier.

Bien sûr, le groupe Danone a beau jeu de dire qu’avec sa volonté de se concentrer sur les produits « santé », avoir des marques de biscuits n’était pas très logique. Mais, pour être honnête, ce n’est pas le fait de vendre des petits Lu qui faisait vendre moins de yaourts ou d’Evian à Danone ou inversement. En outre, dans les pays concernés, le groupe Danone va perdre quelques économies d’échelle sur les fonctions qui étaient partagés entre les trois grands métiers du groupe comme les Ressources Humaines.

La raison majeure de cette séparation vient du fait que les activités eaux et yaourts arrivent à croître de près de 10% par an quand l’activité biscuits affiche des taux de croissance moins importants, de l’ordre de 3% pour Lu en 2006. Résultat : les petits Lu baissent le rythme de croissance de l’ensemble du groupe. C’est pourquoi Danone préfère empocher 5,3 milliards d’euro qui lui serviront à racheter dans les mois et années qui viennent des entreprises qui vendent de l’eau ou des yaourts, notamment dans les marchés émergents, et dont le taux de croissance sera plus proche des 10% fatidiques…

Ce capitalisme financier qui aboutit à la vente d’une entreprise en croissance et profitable parce qu’elle croît moins vite que les autres entreprises du groupe marque clairement la fin d’un capitalisme industriel où les entreprises gardaient leur périmètre initial. Cette fidélité aux activités et aux hommes créait un lien qui se distend aujourd’hui quand on voit les grands groupes vendre des pans entiers de leur activité pour en racheter d’autres, tel un consommateur qui change de marque dans un magasin. Mais, dans le cas présent, ces changements ont des conséquences matérielles fortes.

Aujourd’hui, l’organisation de la société et de la fiscalité favorise cette évolution. Si on voit bien l’intérêt pour les entreprises concernées, il faudra se demander un jour si elle est conforme ou non à l’intérêt général et réfléchir aux conséquences.

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