01.11.2007
Rêve d’Europe
C’est la grande crise européenne du tournant de la décennie qui a provoqué un changement radical de la construction européenne. L’entêtement de la BCE à maintenir des taux élevés et la concurrence fiscale de plus en plus féroce entre pays européens ont abouti à une décennie de faible croissance alors que les Etats-Unis et les pays émergents continuaient à profiter de la globalisation. Les classes populaires et moyennes ont fini par se lasser d’un système qui ne profitait qu’aux entreprises et aux plus aisés et ont élu des majorités avec le mandat de réformer de fond en comble l’Europe. Autour du couple franco-allemand issu des élections de 2012 et 2013, un nouveau traité fut finalisé en 2015 puis soumis et accepté par référendum (sauf en Grande-Bretagne, qui a donc quitté l’Union).
C’est ainsi que naquit l’Europe politique. Loin du monstre fédéraliste que certains cherchaient à pousser, il s’agit d’une construction qui remet le politique en son centre. Chaque gouvernement a désormais un vice-premier ministre qui siège la moitié de son temps au Conseil Exécutif Politique de Rome. Ce Conseil a repris des mains de la Commission la gouvernance de l’Europe et répond au Conseil Européen qui regroupe les chefs de gouvernement et présidents. Les pays conservent un droit de veto pour les questions qu’ils estiment fondamentales. Mais, pour permettre l’avancement de projets, l’Europe est devenue à géométrie variable. Ainsi, contrairement à ce qu’empêchait le TCE, tout groupe de pays peut désormais lancer des initiatives que les autres pays peuvent choisir de rejoindre. C’est ainsi que le couple franco-allemand est redevenu moteur en créant l’embryon d’une Politique Industrielle Commune et le Corps d’Intervention Européen. La construction européenne est profondément relancée.
C’est désormais le Conseil Exécutif Politique qui est en charge de la gestion de la politique monétaire et décide des grandes orientations (fixation des taux d’intérêt, création monétaire). La BCE n’est plus qu’une instance de mise en œuvre. Cette concession majeure de l’Allemagne a été obtenue après la sortie de plusieurs pays de l’euro (dont l’Italie, qui ne pouvait plus assumer la hausse supérieure à la moyenne de ses coûts et devait donc dévaluer) et la menace de la France de faire de même. L’Europe a désormais une monnaie commune pour ses échanges, que certains pays partagent, mais pas tous. Depuis, le dollar s’est apprécié de plus de 25% et les monnaies asiatiques de plus de 30%, permettant aux exportateurs européens de retrouver de la compétitivité prix. Airbus a ainsi pu reprendre le leadership à Boeing et est revenu sur sa décision d’acheter un montant croissant de ses pièces à des fournisseurs non européens, comme les constructeurs automobiles.
La politique économique européenne a pris un tour moins d’autant moins libéral que la crise économique de 2009 a été précipitée par un krach boursier qui a fait prendre conscience du manque de régulation des marchés financiers. L’Union Européenne tire ainsi une partie importante de ses revenus d’une taxe sur les mouvements de capitaux. Cette taxe (qui ne pouvait être appliquée qu’à l’échelle européenne) a bien naturellement réduit les flux financiers, ce qui a stabilisé les marchés et limiter la spéculation. Parallèlement, elle a permis à l’Europe de financer des grands projets de développement industriel. Les pays européens sont ainsi en pointe dans le domaine des énergies renouvelables ou des voitures fonctionnant à l’hydrogène. La Politique Industrielle Commune accompagne également Airbus dans le développement d’avions radicalement moins polluants.
Le Conseil Exécutif gère désormais les négociations commerciales, ce qui n’est pas sans provoquer quelques tensions avec des pays comme la Chine, dont les voitures se sont vues frappées d’une taxe équivalente à celle qui touche les voitures européennes exportées vers la Chine… Plus globalement, désormais l’Europe défend davantage ses producteurs contre toute concurrence déloyale, comme les Etats-Unis et les pays asiatiques. Parallèlement, l’Europe a lancé un grand plan Marshall à destination de l’Afrique pour favoriser le développement économique en investissant dans les infrastructures, l’éducation et l’agriculture afin de faire sortir le continent de la misère en 10 ans.
Les opposants au traité européen ne sont pas anti-européens. Nous sommes simplement pour une autre construction européenne. C’est parce que le traité simplifié nous éloigne encore de cet idéal que nous nous battons contre, comme Alain Kerhervé le fait dans cette tribune très juste.
Source : http://www.revue-republicaine.fr/spip.php?article1532
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