03.11.2007

Environnement : des progrès, mais peut mieux faire

Le pompeusement nommé Grenelle de l’environnement s’est plutôt bien passé. Même si l’on peut regretter qu’il consiste essentiellement en une addition de petites mesures et que de nombreuses décisions soient encore remises à plus tard, il a permis des progrès qui devront être confirmés.

Le pourfendeur de mai 68 lors de la campagne a eu une drôle d’idée de nommer ce sommet « Grenelle ». Néanmoins, ce sommet aura néanmoins eu de l’intérêt tant pour la forme que pour le fond. Sur la forme, il a permis et permettra dans les mois qui viennent à tous les acteurs économiques de discuter ensemble des solutions pour permettre la mise en place d’une politique plus respectueuse de l’environnement. C’est un progrès considérable que d’avoir permis à des organisations aussi différentes que Greenpeace, le Medef ou la FNSEA de travailler ensemble sur ces questions. L’entregent du ministre d’Etat Jean-Louis Borloo ne semble pas avoir été étranger au succès de ces séances de travail.

Sur le fond, un certain nombre de mesures intéressantes ont été prises. Le moratoire sur les OGM, s’il est confirmé dans la durée, est une mesure qui respecte le principe de précaution, que Jacques Attali souhaitait pourtant voir aboli. L’augmentation de la part du Bio dans la restauration collective est un moyen de pousser la filière dans notre pays, qui, s’il est le premier producteur agricole européen, reste à la traîne sur ce type de produits. Le bonus-malus sur les automobiles, même s’il institue une nouvelle taxe, sera un moyen de favoriser les véhicules les moins polluants, s’il est bien conçu. Il serait également capital d’encourager la mise à la casse des véhicules sans pot catalytique, qui polluent bien plus que les véhicules modernes. Le véritable bilan du Grenelle de l’environnement ne pourra être fait que dans quelques mois quand des mesures définitives auront été prises et que le président sera sorti de l’indécision qui a marqué son discours.

Au milieu de ces avancées, le Canard Enchaîné de cette semaine publie une information très inquiétante. Suite à la forte hausse du coût des céréales, certains lobbys agricoles font pression pour à nouveau autoriser l’utilisation des farines animales pour l’alimentation de l’élevage de porcs et de poulets ! Les farines animales, rebaptisées PAT (Protéines Animales Transformées), sont le produit des résidus de viande et d’os. Leur utilisation avait été responsable d’une des plus graves crises alimentaires des dernières décennies avec la crise de la vache folle (181 morts qui avaient attrapés la maladie de Creutzfeld-Jakob). Elles avaient été par conséquent interdites en 1990. Michel Barnier aurait accepté de porter cette requête devant la Commission Européenne. Espérons que si ce n’est le bon sens (qui devrait repousser l’idée de ce cannibalisme contre nature), l’expérience passée fera prendre la bonne décision !

Contrairement à certains commentaires, la France n’est pas forcément en retard (plus faibles émissions de CO² par habitant). Ce Grenelle nous permet d’avancer mais le président doit encore prendre de véritables décisions en sortant des « si possible » et surtout refuse le retour des farines animales.

Source : Le Canard Enchaîné

Commentaires

Un des problèmes que posent les questions environnementales est que ce sont moins du côté des pays développés que se jouera l’avenir du climat, que de celui des pays émergents comme la Chine ou l’Inde qui devraient se saisir avec plus de volontarisme de l’enjeu.

Par ailleurs, petite remarque, mais il est vrai que le nom de « Grenelle de l’environnement » est assez curieux, surtout au regard de la situation de crise, et d’urgence qui est à l’origine de ces négociations improvisées de 1968. Après le « plan Marshall des banlieues », cela fait beaucoup. Sans oublier que le Président a voulu lancer un « New Deal » écologique à l’issue de ce Grenelle, après l’appel à un « New Deal » planétaire le 25 septembre à l’ONU… et que pendant ce temps-là, les internes, dans le cadre de leur grève, réclamaient des « États Généraux de l’ordre de soins »…

Écrit par : Villèle | 03.11.2007

@ Villèle

Deux points très justes : l'intégration de la Chine, de l'Inde... dans les démarches environementales actuelles sera crucial. La surenchère verbale du président est un effet de forme qui camoufle un fond bien plus léger que ne le suggère la forme...

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 04.11.2007

Ces grandes phrases, de la part d'un homme qui n'a, au reste, jamais fait preuve d'un soin particulier dans le choix des mots, vont finir par lasser... Aujourd'hui, on peut lire des dépêches intitulées "Sarkozy prône une révolution dans la gestion des deniers publics", suite à son discours à la Cour des comptes... Avec le paquet fiscal, on ne peut pourtant pas dire que ladite "révolution" ait bien débuté!

Écrit par : Villèle | 05.11.2007

Dites, Laurent, vous pouvez m'aider à convaincre Villèle de recommencer à écrire sur son blog ? J'ai essayé, sans succès. C'est peut être parce que je suis sarkozyste... ;-)

Sans transition, sur la Cour des Comptes, j'aime assez l'idée de lui donner plus de pouvoir, dans la perspective d'une prise en main ferme des déficits.

Quant au paquet fiscal, il s'agissait d'une volonté de rupture avec l'idée que l'argent que nous gagnons appartient à l'Etat avant de nous appartenir. C'est cohérent tant du point de vue idéologique que de celui de l'exil fiscal, très appauvrissant à moyen terme.

Cela dit, tout sarkozyste que je suis, le problème du déficit public sera l'un des sujets sur lequel je serai le plus vigilant. C'est aussi pourquoi le peu que j'ai entendu du discours de cet après midi m'a plu. A suivre.

Écrit par : damocles | 05.11.2007

@ Damocles

Je partage complètement votre point de vue sur la plume de Villèle. Il se trouve que je le connais et je l'encourage également à reprendre la plume. J'espère qu'il ne tardera pas.

Sur le déficit, je pense qu'il est vraiment dommage que le gouvernement ait grillé ses cartouches dès le début, contrairement à ce qu'avait fait les travaillistes en Grande Bretagne en 97 ou Bill Clinton aux Etats-Unis. Il valait mieux poursuivre les efforts du gouvernement de DDV puis profiter du redressement pour prendre des mesures coûteuses. Si la croissance mondiale faiblissait, la situation budgétaire deviendrait très problématique...

Concernant le paquet fiscal, même si je pense que certaines mesures étaient juste sur le fond, j'y reste également opposé. Dans une période où l'Etat est en déficit, il ne me semble pas très juste de diminuer la fiscalité sur les plus hauts revenus et patrimoines, surtout à un moment où les bas revenus sont moins revalorisés et où la répartition des fruits de la croissance se fait de manière si disproportionnée en faveur de ces même hauts revenus.

Concernant les discours de NS, même s'il en tient une part finalement non négligeable, j'attends un peu de voir car il s'agit assez souvent de postures qui ne débouchent sur rien (réforme de la BCE, renégociation du traité européen...).

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 05.11.2007

Soyez certain, Damoclès, et je vous remercie de cette attention, que j’ai longuement réfléchi à la reprise de mon blog, suite à vos conseils notamment… À plusieurs moments, j’ai failli agir en ce sens, et pincer à nouveau les cordes de la Lyre… pour être mystérieusement retenu dans ce élan… Cet instant viendra, mais il faudra que je le sente comme un appel et celui-ci conduira mon propos de Reprise kierkegaardienne…

Sans transition non plus, non content d’être ‘‘révolutionnaire’’, le chef de l’État cultive aussi un don d’ubiquité… Ainsi, ce matin, il était possible de voir quelque chose d’amusant sur la page principale du site « Yahoo ! », dans la rubrique Actualité : ces deux titres se suivant :

« Sarkozy à la rencontre des marins en Bretagne »
« Sarkozy à la rencontre de Bush aux Etats-Unis »

…il manquait une troisième rencontre à l’autre bout du globe pour que l’on s’assure qu’il ne perde pas son temps ! Quant à la différence entre une mise en scène d’action et l’action elle-même… (et quant à l’intérêt de se rapprocher maintenant d’une administration Bush finissante et décrédibilisée, sans faire preuve de davantage de fermeté…)

Autre point, M. de Villepin était, début octobre, interrogé sur l’ouverture dans « Bibliothèque Médicis », l’émission de Jean-Pierre Elkabbach sur Public Sénat, et j’ai beaucoup aimé sa réponse, dressant un parallèle avec Napoléon :

« La politique d’ouverture n’a rien à voir avec…
Ne confondons pas les choses. Il y a une politique qui consiste à essayer de prendre des hommes pour les utiliser, et il y a la politique qui consiste à prendre les meilleurs pour les mettre auprès de soi, même s’il sait qu’ils peuvent être des rivaux : ce sont deux stratégies différentes. Talleyrand et Fouché travaillent avec Napoléon. Où sont les Talleyrand et les Fouché dans le gouvernement actuel ? (grand sourire) »

Au reste, sur son avenir, il a dit ceci qui m’a beaucoup plu :

« Les circonstances sont maîtres, Ne l’oubliez, moi je suis gaulliste, et j’ai toujours pensé que les hommes venaient derrières les circonstances. »

Écrit par : Villèle | 06.11.2007

Villèle,

Si je suis plus loin que jamais des orientations politiques actuelles de Villepin, je ne peux que saluer une fois de plus son style, et son sens de l'à propos. C'est d'ailleurs ce dont nous avions débattu, à l'époque, sur mon blog.

A ce sujet, lorsque vous aurez décidé de reprendre l'activité du vôtre, faites le moi savoir... je ferai avec plaisir un billet pour saluer l'événement. En attendant, je vous lirai ici, là aussi avec plaisir... quand bien même celui-ci me pousserait à la dialectique ;-)

Écrit par : damocles | 07.11.2007

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