07.11.2007

Méthode Sarkozy : l’éclat contre le fond

Libération d’otage au Tchad, visite aux marins-pêcheurs, voyage aux Etats-Unis : notre « super-président » produit à nouveau un show efficace et réactif pour les média. Mais qu’en est-il pour les Français ?

Nicolas Sarkozy nous avait prévenus qu’il ne serait pas un président inactif. Dans ce domaine, la promesse est plus que tenue. Néanmoins, la présence médiatique n’est pas proportionnelle au travail fourni. Personne n’envisage sérieusement que Jacques Chirac travaillait moins que son successeur (à part les Guignols pour nous faire rire). L’hyperactivité affichée du président actuel, si elle est parfois interprétée comme une plus grande activité n’est essentiellement qu’une plus grande présence médiatique. Le métier de président étant ce qu’il est, Nicolas Sarkozy ne travaille sans doute pas plus que ces prédécesseurs qui, dans la réalité, consacraient déjà l’essentiel de leur vie au service de l’Etat. En revanche, il occupe beaucoup plus les média. Et cela peut poser problème.

La première conséquence de cette hyper-présence médiatique est un remplissage non négligeable de l’emploi du temps du président par des évènements qui se voient. Mais, ces évènements ne prennent pas seulement du temps en eux-mêmes. Ils demandent également du temps de préparation : choix des évènements sur lesquels réagir, ajustement permanent de l’agenda en fonction de l’actualité, mesures à préparer un minimum, discours à préparer et répéter. Cette hyper-présence médiatique ne peut qu’être extrêmement chronophage. Est-ce la meilleure répartition du temps pour un président de la République ? Ne devrait-il pas déléguer certaines tâches (les otages à Bernard Kouchner, les marins-pêcheurs à Michel Barnier) ? Le second problème que pose cette hyperréactivité est qu’elle encourage les protestations : puisque Nicolas Sarkozy intervient dès que les caméras se penchent sur un évènement, cela peut pousser certains à attirer les lumières des caméras.

Outre la part de temps dévolue à l’exposition médiatique, on peut également se poser des questions sur le choix des sujets que le président traite. La crise financière internationale, la montée de l’euro, la montée du baril de pétrole ne demanderaient-ils pas des réunions plus importantes pour la France dans son ensemble que le fait d’assister aux obsèques d’un gendarme ou recevoir la victime d’un fait divers ? A toujours vouloir rebondir sur les évènements d’actualité, on peut légitimement se poser la question de la pertinence du choix des interventions et de l’agenda du président. Tout hyper-président qu’il soit, ses journées ne font que 24 heures. Alors, bien sûr, ce choix lui permet de prendre des postures commodes comme promettre d’aller « chercher tous ceux qui restent, quoiqu’ils aient fait » à propos des membres de l’Arche de Zoé car «  le rôle du chef de l’Etat est de prendre en charge tous les Français ». Mais dès le soir, David Martinon doit rectifier le tir en précisant que la décision reviendra au président tchadien. Tout aussi ridicule que l’apostrophe peu amène aux marins-pêcheurs, plus digne d’un écolier que d’un président.

Malheureusement, le temps qui est dévolu à la résolution d’évènements mineurs à l’échelle de la communauté est du temps en moins pour régler les grands problèmes qui comptent. Et c’est justement sur ces sujets là, souvent pas forcément très médiatiques que le président est plus faible (à l’exception du Grenelle de l’environnement pour lequel beaucoup de mesures doivent encore être confirmées, cependant). La TVA sociale a été oubliée sans être défendue par le président. Pourtant il s’agit d’un sujet révolutionnaire pour le financement de la dépense public. La négociation du traité simplifié s’est finalement limité à quelques détails. A trop vouloir suivre de dossiers, Nicolas Sarkozy semble les survoler. Mais surtout, le rôle de président de la République demande un minimum de gravité et de recul dont on a du mal à croire que son agenda médiatique surchargé le lui permette. Une présidence ne se réduit pas à un plan de communication.

Nicolas Sarkozy a clairement fait le choix de la couverture médiatique en n’hésitant pas à rebondir sur le moindre fait divers. Il serait illusoire de croire que ce choix de l’éclat n’ait pas la moindre conséquence sur le fond, surtout de la part d’un président qui semble avoir tant de mal à déléguer.

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3212,36-975036@...

Commentaires

Comme souvent je suis d'accord avec toi.
Pour compléter ton article, je conseille de regarder cette vidéo qui montre que même François Fillon (en off) reconnait son impuissance... http://www.20minutes.fr/article/192999/France-Fillon-voudrait-bien-aller-plus-sur-le-terrain-mais-Sarkozy-ne-veut-pas.php

Amicalement,

Ecrit par : Vincent75 | 08.11.2007

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