10.11.2007
L’euro sous stéroïdes
Ainsi en a décidé le Terminator monétariste qui siège à la tête de la BCE. Alors que la Fed américaine, avec près de 4% de croissance au dernier trimestre et le plein emploi, a décidé de baisser ses taux d’intérêts par deux fois, Jean-Claude Trichet reste droit dans ses bottes. La Fed anticipe les conséquences possibles de l’éclatement de la bulle immobilière pour baisser ses taux afin de soutenir la croissance. La BCE préfère conserver ses taux stables du fait d’une remontée de l’inflation au-dessus du seuil de 2%. La croissance n’a aucune importance pour la banque européenne.
Bien sûr, cette politique va combattre l’inflation. Le contraste entre la baisse de la rémunération offerte sur le dollar et la stabilité de la rémunération de l’euro pousse l’euro à la hausse. Les spéculateurs vendent du dollar (qui rapporte moins) pour investir en euro (qui rapporte toujours autant). Résultat de cette hausse de l’euro : le prix des produits importés hors d’Europe va baisser. Mais cette politique pose deux problèmes.
Le premier, et le plus dramatique, est l’impact négatif sur l’emploi. Cette hausse de l’euro encourage la délocalisation de l’industrie européenne. Sa surévaluation massive rend de facto non compétitive la production en Europe et pousse toutes les multinationales qui le peuvent à délocaliser (il suffit de penser à ce qui se passe dans les industries automobile et aéronautique) car les produits Américains ou asiatiques ont un avantage coût qui ne peut pas être rattrapé. Pire, les entreprises savent que cet avantage est durable étant donnée la constance de la politique de la BCE. Résultat, les européens vont récupérer un peu de pouvoir d’achat, mais une partie d’entre eux va perdre son emploi. En outre, la surévaluation de l’euro réduit l’afflux de touristes en Europe et pousse les européens à voyager en dehors de l’Union Européenne, où les prix sont plus bas, déprimant plus encore la consommation et donc l’emploi.
Qui plus est, la lutte contre l’inflation sera limitée. S’il est vrai que cela réduit la hausse du prix de l’essence, cela diminue également le souci d’économie de pétrole… Mais surtout, les produits importés en dehors d’Europe ne correspondent qu’à 10% environ des dépenses d’un ménage, ce qui limitera les économies réalisées. En outre, les consommateurs sont aujourd’hui très préoccupés par la hausse du prix des produits alimentaires. Et là, la politique de la BCE n’aura pas d’impact car le prix du lait et du blé explose et l’ensemble des sites de production resteront en Europe car le prix du transport est trop élevé. Résultat, les économies vont principalement porter sur l’électronique grand public, l’électroménager et les voitures produites en dehors d’Europe.
Tels les médecins d’il y a quelques siècles qui pratiquaient des saignées sur leur patient pour les soigner, la BCE pratique des saignées massives sur le tissus industriel européen en poussant à l’euro à la hausse. A quoi sert une moindre hausse du prix de l’essence pour des gens qui ont perdu leur emploi ?
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-976203@...
19:30 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




Les commentaires sont fermés.