12.11.2007
Un nouveau décembre 95 est-il possible ?
Sur le fond, il faut noter que la plupart des réformes étaient annoncées par Nicolas Sarkozy (ce qui était moins le cas en 1995…). Elles ont été l’objet d’un processus de consultation réel (que ce soit sur la réforme des universités, ou, de manière assez fermée certes, sur la réforme des régimes spéciaux). Les Français déclarent les soutenir. Et surtout, la plupart des réformes en question sont justifiées. Il est normal qu’à condition de travail identique, les Français aient les mêmes droits à la retraite. Il ne peut être légitime d’avoir un régime spécial qu’en cas de conditions de travail spéciales également. Dans le cas contraire, il y a une injustice. L’autonomie des universités est une mesure que beaucoup réclamaient à droite comme à gauche et il est pour le moins paradoxal qu’une minorité d’étudiants cherchent à bloquer les facs alors que le gouvernement s’est engagé à augmenter les crédits de l’enseignement supérieur de 5 milliards d’euro et que cette réforme avait été discutée et amendée après des réunions avec les étudiants.
Pourquoi donc ce malaise et cette multiplication de mouvements alors que jamais contexte n’a semblé meilleur pour réformer le pays ? Y aurait-il un problème de méthode ? C’est malheureusement ce que l’on peut soupçonner quand on voit la tension monter depuis quelques semaines.
Premièrement, on peut se demander si l’hyperréactivité du président ne pousse pas à la mobilisation. Au moindre fait divers ou à la moindre mobilisation, nous avons droit à une intervention de Nicolas Sarkozy accompagnée d’un crédit quelconque ou d’une mesure législative. C’est exactement ce qui s’est passé avec les marins-pêcheurs, qui ont obtenu des mesures spécifiques (que l’Europe semble vouloir remettre en question) ou les étudiants pour lesquels le gouvernement a débloqué 11 millions d’euros vendredi. Cette réactivité à la moindre contestation ou au moindre fait divers ne risque-t-elle pas d’encourager toutes les revendications ?
En outre, cette souplesse contraste avec un discours volontiers martial, pour ne pas dire agressif. Le gouvernement répète ainsi volontiers qu’il ne négociera pas sur les régimes spéciaux. Cependant, dès le premier mouvement de grève des transports, il a cédé quelques avantages à un syndicat de conducteurs pour faire cesser la grève. Le problème est que le ton martial (dont la caricature fut l’incident avec les marins-pêcheurs) mobilise volontiers les troupes contre la réforme, tout comme l’habitude de réagir aux moindres soubresauts de l’actualité. Le cocktail détonnant d’une forme agressive et d’un fond moins solide pourrait être détonnant.
On peut également s’interroger sur la gestion globale de la communication de l’équipe du président. N’était-il pas maladroit d’annoncer la hausse du traitement du président à la veille d’une mobilisation sociale de grande ampleur ? S’il n’était pas illogique d’augmenter ainsi le traitement du président, le moment choisi pouvait difficilement être plus mauvais. Quand on ajoute à cela le « paquet fiscal » qui va surtout profiter aux plus riches, les déclarations navrantes de Christine Lagarde sur l’utilisation du vélo pour économiser de l’essence, cela peut donner légitimement l’idée d’un gouvernement coupé des réalités de la « France d’en bas ».
Pour finir, il n’est pas évident que Nicolas Sarkozy soit parvenu à donner du sens à ses réformes. Sa méthode consiste davantage à stigmatiser les bénéficiaires d’avantages indus. Mais ce n’est pas cela qui va donner un sens plus général aux réformes qu’il souhaite faire passer. Les Français se posent des questions sur l’évolution économique actuelle et l’instabilité qu’induisent les restructurations accélérées des grandes entreprises pour satisfaire leurs actionnaires. Les Français ont besoin de sentir que l’Etat n’est pas uniquement là pour leur faire faire des efforts pour s’adapter à la mondialisation. Ils ont besoin de voir que cet Etat donne du sens aux évolutions qu’il veut leur faire prendre. L’invective de la nécessaire adaptation pour faire face à la concurrence de la Chine ne donne pas de sens à la réforme. Et là, le projet sarkozyste est d’autant plus court que le président semble loin de la réalité.
Malgré un mandat clair pour ces réformes, le manque de méthode, les erreurs de communication et l’absence de sens semblent pouvoir mobiliser au moins une minorité activiste pour un conflit dur. Comment Nicolas Sarkozy, qui aime tellement plaire, réagira-t-il ?
Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2007/11/09/04001-20071109...
09:00 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note




Commentaires
A faire des montagnes de promesses, subir une conjoncture economique mondiale défavorable, pratiquer à outrance la communication on aboutit à un sentiment de grande déception chez les Français
Ecrit par : fredo | 12.11.2007
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