16.11.2007
Grèves : mythe et réalités
Bien sûr, alors que l’on subit les aléas d’une grève, il n’est guère réconfortant de se dire que la France est un pays qui fait peu grève, néanmoins, c’est un fait trop souvent ignoré. Contrairement à ce que véhiculent beaucoup de commentateurs, les Français font peu grève. Et il s’agit d’une donnée historique puisque que ce soit de 1970 à 1990 ou de 1990 à 2005, la France est en 11ème position pour le nombre de jours de grève sur les 18 pays les plus industrialisés. Les Français font moins la grève que la moyenne ! On oublie volontiers que les Etats-Unis ou l’Allemagne affrontent plus fréquemment que nous de grandes grèves. On peut penser à la grève de DHL ou celles, fréquentes, des grands constructeurs automobiles aux Etats-Unis. L’Allemagne affronte en ce moment même une grève des conducteurs de train…
Il faut en outre remettre à sa place l’ampleur des grèves : le nombre de journée de grève équivaut à 2% des jours d’arrêt-maladie. Bien sûr, les grèves des uns peuvent faire perdre des journées de travail aux autres, mais cela reste limité. La particularité française est que les salariés du public font 8 fois plus grève que les salariés du privé. L’autre particularité reste également la forte propension des étudiants à faire grève puisque toute réforme semble les mécontenter (même comme, dans le cas présent, 5 milliards d’euros de moyens supplémentaires sont annoncés et que la réforme a été partagée et agrée par la plupart des intervenants…). La fréquence des grèves étudiantes, qui ne perturbent pas forcément l’économie mais occupent l’actualité, peut également distordre notre interprétation.
Cependant, ce n’est pas parce que la France est un pays finalement peu gréviste qu’il ne faut pas se soucier du sort des usagers des services publics pendant ces grèves. Car, comme toujours, ce sont plutôt les personnes les moins aisées qui en souffrent le plus, celles qui n’ont qu’une voiture pour leur foyer, qui habitent loin de leur travail pour réduire le coût du logement. Et c’est en cela qu’un service minimum devrait pouvoir exister. Il n’est pas évident que la loi passée cet été le permette réellement : entre les effets d’annonce du président et la réalité, il y a souvent une grande différence…
Même s’il n’est pas injuste de se poser la question de la pertinence de régimes spéciaux, la méthode Sarkozy, faite d’effets de manche et finalement d’une grande souplesse sur le fond, explique en partie la situation où nous sommes aujourd’hui. Bon courage pour ceux qui en souffrent.
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Commentaires
En effet, les Français sont moins souvent en grève qu’on pourrait ne le penser. Néanmoins, la difficulté est, à mon sens, que ces grèves finissent souvent par marcher, faisant plier les gouvernements.
En tout cas, si on regarde le bilan de ces vingt-cinq dernières années, on ne peut que regretter qu’il soit si difficile de faire accepter des réformes d’ampleur, ou touchant à des points sensibles. Omettons les manifestations de 1984 qui étaient plutôt légitimes. Ainsi, en 1986, le gouvernement a dû céder sur la réforme des Universités, bloquant pour de nombreuses années toute perspective de changement. En 1994, le CIP a été retiré. Surtout, en 1995, le plan Juppé n’a pu aboutir. Il était pourtant audacieux, et aurait permis à la France de gagner beaucoup de temps. Enfin, sur le dernier quinquennat, souvenons-nous des grèves de 2003, qui ne furent toutefois pas fatales au projet, de celles de 2004, sur la réforme Fillon de l’Éducation (qui n’était pas d’une grande audace pourtant ; mais elle se trouvait être plutôt mal ficelée, soit), et bien sûr de 2006 pour le CPE.
Comme les socialistes n’ont mis en œuvre que très peu de grandes réformes, ils ont moins souffert des grèves – d’autant que les membres de la fonction publique font partie de leur électorat privilégié. Néanmoins, elles valurent sa place à Christian Sautter par exemple, en 1999-2000.
Les Français réclament le changement, ils désespèrent de leurs hommes politiques, et pourtant, dès que des réformes sont mises en place, cela entraîne le plus souvent une féroce levée de boucliers. Imaginons ce qu’aurait pu faire ensuite Alain Juppé en validant ses premières réformes, ou Dominique de Villepin avec un CPE accepté par les jeunes. Ils auraient été à même de poursuivre leur volonté de modernisation avec plus d’exigence et de marges de manœuvre, et la France en serait sortie gagnante. Au lieu de cela, MM. Sarkozy et Fillon ont été soutenus par les électeurs sur l’idée que depuis 25 ans, rien n’avait été fait par les gouvernements… sans empêcher que les mêmes travers séculaires finissent par ressurgir cet automne, quelques mois seulement après les élections.
Ecrit par : Villèle | 16.11.2007
Cher Laurent,
Tu voulais sans doute, dans ta conclusion, certainement parler d'une rigidité appararente dans la forme, associée à une "grande souplesse sur le fond"...
Ce qui est la pire des choses !
Amitiés. Laurent.
Ecrit par : Républicain | 17.11.2007
@ Laurent
Bien vu, je corrige la typo.
Merci.
Amitiés républicaines.
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 17.11.2007
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