18.11.2007
Les conséquences de l’euro surévalué
Le grand intérêt de ce chat est de montrer de manière dépassionnée et non partisane quelles sont les raisons de l’appréciation de l’euro et quelles en sont les conséquences. Le rôle de la BCE apparaît comme essentiel. Eloi Laurent souligne justement que les marchés ne font que réagir à la politique monétaire des grandes banques centrales. La Fed a récemment baissé ses taux de trois quarts de point pour amortir l’effet de la crise financière. Statutairement, outre la stabilité des prix, elle a également pour objectif de soutenir l’activité. La banque du Japon maintient des taux d’intérêt proches de zéro pour soutenir l’activité et sortir son pays de la récession. La Chine a choisi de soutenir sa croissance par les exportations et cherche donc également à maintenir un taux de change favorable. Il est donc malheureusement logique que l’euro s’apprécie de manière inconsidérée.
Eloi Laurent ne présente pas une vue uniforme des conséquences de cette surévaluation de l’euro. Il reconnaît volontiers que cela modère la hausse des prix et que cela « amortit » la hausse du prix du pétrole. Sur ce dernier point, il souligne néanmoins que cette hausse ne compense pas la hausse du prix du pétrole mais ne fait que l’amortir en partie puisque depuis le début de la décennie, le prix du baril de pétrole a quadruplé quand l’euro s’est valorisé de 70%. En revanche, l’économiste souligne que cette croissance de la monnaie unique a un effet très négatif sur la croissance européenne. Il estime qu’une appréciation de l’euro de 10% réduit la croissance de 0,5 à 1%. Ce qui signifie que nous aurions pu avoir près de 3% de croissance en 2007 si l’euro était resté stable…
D’ailleurs, on pourrait souligner que depuis 15 ans, la seul période de forte croissance de l’Europe, à la toute fin des années 90 a été concomitante avec la baisse de l’euro et que depuis sa remontée au début de cette décennie, la croissance reste faible. Il y a bien une corrélation entre le niveau de l’euro et la croissance économique. L’appréciation de l’euro est le premier ennemi de la croissance. Et c’est bien logique puisque l’on voit depuis quelques années que cette appréciation pousse de plus en plus d’industriels à ne plus produire en Europe. Toyota, qui envisageait il y a quelques années d’implanter une nouvelle usine en Europe pour soutenir la croissance de ses ventes, a finalement décidé récemment de construire une nouvelle usine au Japon, qui ne servira qu’à l’exportation. Autant d’emplois perdus ! De même, Airbus et les constructeurs automobiles achètent de plus en plus en dehors de la zone euro pour faire des économies.
Nicolas Sarkozy avait doublement raison. Il faut faire passer la croissance de deux à trois points par an. Il faut également remettre en question la politique de change de l’Union. Malheureusement, comme souvent avec le président, si les postures (soufflées par Henri Guaino) sont parfois justes, il ne met strictement rien en œuvre pour les faire aboutir. La défiscalisation des heures supplémentaires ne boostera pas la croissance : elle se contentera d’aggraver des déficits dont le président ne semble guère se soucier. Quand à la réforme de la politique des changes de l’Union, la négociation du traité simplifié était le bon moment pour l’obtenir, mais Nicolas Sarkozy n’a rien fait et si le traité est adopté, la situation actuelle, un poison pour notre économie, sera alors gravée dans le marbre.
Depuis 15 ans, l’économie européenne subit le poison du monétarisme de la BCE. Le seul moyen pour s’en sortir est de renégocier le traité simplifié : n’hésitez pas à faire un tour sur le site de l’Observatoire de l’Europe pour en savoir plus.
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-978422@...
12:30 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note




Commentaires
Petite question Laurent ,la BCE a t-elle vraiment le choix? Je ne suis pas une experte en économie mais de ce que j'ai pu comprendre,tout d'abord le pétrole qui augmente et ne va faire que cela durant ces prochaines années se paye en dollars(malheureusement pour nous) et pas en euros, ce qui est un handicaps pour nous.Par conséquent un "euro fort" permet donc de pallier à cette augmentation.Il est vrai que cela représente un problème pour nos exportations,et de fait ça influe sur notre croissance européenne.Cependant la croissance allemande et espagnole se porte plutot bien,ne faudrait- il pas plutot nous remettre en question sur notre propre capacité à nous adapter?(que je sache nous ne valons pas moins que les autres...)
Cordialement FH
Ecrit par : FH | 18.11.2007
@ FH
Je crois que la BCE a le choix. En étant un peu plus souple sur les taux et en ayant suivi la baisse de la Fed, l'euro serait sans doute 10 cents plus bas. Bien sûr, le pétrole serait plus cher mais cela sauverait beaucoup d'emplois. Malgré certaines hausses de prix récente, l'Europe souffre plus d'un déficit de croissance que d'un excès d'inflation. C'est pourquoi la politique monétaire de la BCE n'est pas la bonne. Il faut reconnaître néanmoins qu'elle correspond à ce qui est inscrit dans ses statuts qui ne mentionnent que la lutte contre l'inflation.
La France doit également s'adapter sur un certain nombre de questions, mais ce n'est pas la seule raison de l'écart avec la situation de l'Allemagne et de l'Espagne.
L'Espagne a connu une sorte croissance pour trois raisons : elle a bénéficié des fonds structurels européens qui ont permis des investissements massifs dans de nouvelles infrastructures. Elle a aussi bénéficié du taux de change euro / peseta au lancement de monnaie unique, assez faible, qui lui a donné une bonne compétitivité lors du passage à la monnaie unique et favorisé ses exportations au sein même de la zone euro. Enfin, l'Espagne a connu un boom immobilier assez incroyable puisqu'on y construit nettement plus de logements qu'en France malgré une population 1/3 plus faible, ce qui soutenu l'économie. Bien sûr, les gouvernements avaient fait des réformes, mais ce ne sont pas les seules raisons de leur performance économique.
Le cas de l'Allemagne est différent. Ce n'est que depuis 2006 que notre voisin d'outre-Rhin a une croissance plus forte que la France. Pendant les 10 années précédentes, c'était l'inverse. Néanmoins, il est vrai que l'Allemagne a su s'adapter à la problématique d'une monnaie unique qui ne permet plus les ajustements monétaires du SME. Ils ont introduit début 2007 une TVA Sociale qui a permis un transfert d'une partie des cotisations sociales sur la TVA. Ce système permet de réduire le prix des produits allemands à l'exportation (qui paient moins de cotisations sociales) en transférant ces cotisations sur les produits importés. Ce mécanisme pousse les exportations et pénalise les importations, ce qui favorise la croissance de l'industrie allemande. Ensuite, l'ensemble des partenaires sociaux (syndicats, patronat, gouvernement) se sont mis d'accord sur une très grande modération salariale depuis la mise en place de l'euro pour rendre l'Allemagne plus compétitive.
Cela s'est payé pendant plusieurs années par un pouvoir d'achat et une croissance en berne (il y a deux ans, l'Allemagne était le pays malade de l'Europe) mais aujourd'hui, cela porte ces fruits.
Je ne suis pas sûr malheureusement que ce genre de politique soit souhaitable car si tous les pays européens se mettent à l'appliquer, cela aura un effet désastreux sur l'économie européenne, qui ne pourra pas croître. L'Allemagne a "joué perso" et a gagné mais si tout le monde suivait son exemple, l'Europe perdrait.
L'Allemagne profite également d'une spécialisation industrielle particulièrement pertinente puisqu'elle n'est guère concurrencée par l'Asie sur ses points forts (automobile haut de gamme, aéronautique, machines outils).
Les remèdes à apporter en France ne me semblent pas forcément être une rigueur salariale, mais plus une TVA sociale qui permettra de redresser notre commerce, une véritable politique industrielle à l'échelle européenne, des mesures pour favoriser les petites entreprises (qui sont les entreprises qui créent de l'emploi) et une politique monétaire qui permettrait de ramener l'euro à une valeur raisonnable.
Amitiés républicaines.
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 18.11.2007
je tenais à vous remercier Laurent pour votre réponse .
Cordialment FH.
PS:petite info Chavez lors de la réunion de l'opep a proposé que le pétrole se paye en une autre devise que le dollars et comme il l'a souligné lors de cette réunion la flambée du prix du pétrole n'est pas du au pays producteurs. Elle est du à la baisse du dollars ce qui entraine une augmentation du prix du baril.
Ecrit par : FH | 19.11.2007
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