20.11.2007

L’Europe contre les citoyens

Année après année, on parle du divorce des citoyens des pays de l’Union Européenne avec la construction européenne. Le choix par Nicolas Sarkozy de faire ratifier par le parlement un traité à plus de 95% identique au traité refusé par les Français en mai 2005, ne va pas améliorer les choses.

Que reste-t-il du projet européen ? A l’origine, c’était un magnifique projet qui visait à assurer la paix entre des peuples qui s’étaient trop souvent combattus, un projet qui a permis aux pays européens de développer des activités (sidérurgie, agriculture) que des pays seuls pouvaient plus difficilement moderniser. L’Europe a également permis aux pays de la Méditerranée et à l’Irlande de se développer et de rattraper le retard économique qu’ils avaient il y a trente ans. Paix, progrès économique, solidarité : l’Europe a beaucoup apporté aux citoyens des pays qui la composent en assurant l’autosuffisance alimentaire et le développement de l’industrie sidérurgique.

Pourtant, peu à peu le malaise grandit. L’Europe se désintéresse des réalisations concrètes à tel point qu’Airbus et Ariane ont été le fruit de coopérations intergouvernementales sans la moindre intervention de Bruxelles. Alors que tant de grands enjeux industriels émergent (énergie propre, futur de l’automobile et de l’aviation…) et pourraient créer des emplois dont le continent a besoin, les instances européennes refusent toute politique industrielle pour ne pas « fausser la concurrence ». Bruxelles est plus dogmatiquement ultralibéral que les Etats-Unis ou les pays d’Asie, qui n’hésitent pas à intervenir largement pour soutenir leur industrie. L’Europe préfère légiférer pour permettre l’utilisation de n’importe quelle graisse dans le chocolat, permettre l’utilisation d’OGM dans les produits bio…

Pire, la construction européenne se rapproche de plus en plus d’une forme d’autocratie « éclairée » d’élites « qui savent » (par opposition à des citoyens qui n’auraient pas eu l’intelligence de comprendre l’intérêt de la Constitution). L’Europe s’éloigne de plus en plus des principes démocratiques. Le « parlement » européen a ainsi la même majorité (sociaux-démocrates et démocrates chrétiens) depuis sa naissance, quelque soit le résultat des élections. La construction européenne a également permis une concentration inégalée de pouvoir dans la main d’une technostructure indépendante des politiques et donc du peuple (BCE, Commission). Cette post-démocratie demande même aux pays de revenir sur des votes démocratiques (Danemark pour Maastricht, France et Hollande pour le TCE).

Il y a pourtant tellement de choses utiles que l’Europe pourrait nous permettre de mieux faire. Une véritable politique industrielle européenne pourrait renforcer la présence de notre continent sur les nouvelles technologies et assurer une meilleure place (et donc davantage d’emplois) à nos industriels dans les énergies renouvelables, les biotechnologies… L’Europe est aussi le cadre naturel pour permettre une meilleure régulation des dérives du néo-libéralisme (taxe Tobin…) ou pour répondre aux enjeux du développement durable.

Il est tant de remettre l’Europe dans la bonne direction. L’adoption du traité dit simplifié ne ferait qu’amplifier des dérives existantes. S’opposer à ce traité, ce n’est pas s’opposer à l’Europe, c’est s’opposer à un déni de démocratie et chercher à remettre l’Europe dans la bonne direction, celle qu’elle n’aurait jamais du quitter : le service des citoyens.

Lien vers la pétition pour un référendum de DLR : http://www.debout-la-republique.fr/

Commentaires

Bonsoir Laurent voici un article qui vous interessera sans doute.
http://www.telos-eu.com/fr/article/je_dois_etre_le_maitre_dans_tout_et_surtout_dans
Cet article montre ou démontre une gestion plutot responsable de la BCE,la pointer du doigt comme étant responsable de tous nos mots nous discrédite auprès de nos partenaires européens.Cela diminue encore plus notre influence.

Cordialement FH.

Ecrit par : FH | 20.11.2007

@ FH

Argumentation très classique de cet économiste. Néanmoins, je ne suis pas du tout d'accord. Il est trop facile de de sous-entendre qu'il y aurait deux camps : ceux qui sont prêts à faire des efforts et qui acceptent comme des béni-oui-oui la politique de la BCE d'un côté et de l'autre des irresponsables partisans du moindre effort qui se défaussent sur la BCE.

A titre personnel, je suis favorable à un équilibre du budget hors période de récession. C'est ainsi que la France retrouvera des marges de manoeuvre (contrairement à ce que Nicolas Sarkozy a fait en aggravant le déficit avec le paquet fiscal).

La "perte d'influence" ne me semble pas vraiment problématique dans la mesure où cette influence est purement factice. La BCE mène la politique que lui demande ses statuts, de manière psychorigide. Et puis, ce n'est pas parce que nous avons une opinion différente de nos voisins qu'il faut la taire. Bonjour la conception de la démocratie ! Cela n'est pas vraiment surprenant dans une construction européenne qui tolère modérément les opinions différentes de la "pensée unique".

La politique monétaire a malheureusement un impact direct sur la croissance. On le voit bien aux Etats-Unis où à chaque danger de récession, la Fed baisse les taux pour éviter que le pays ne tombe en dépression. Cette politique est très efficace depuis 15 ans et a permis aux Etats-Unis, par une politique monétaire plus accomodante que celle de l'Europe, d'avoir plus de croissance que sur notre vieux continent.

La preuve a également été apportée en Europe puisque la fin des années 90 a été une période de forte croissance en Europe. Cette croissance est venue de la dévalorisation de l'euro qui a boosté nos exportations. Malheureusement, depuis 5 ans, la zone euro souffre d'une croissance molle à cause de l'appréciation de la monnaie (qui est aussi dénoncé par de nombreux industriels, y compris allemand). La rigidité de la BCE pousse l'euro à un niveau complètement déconnecté de sa valeur réel : il a pris près de 100% par rapport au yen en quelques années ! Résultat, si les entreprises japonaises implantaient des usines chez nous auparavant, elles préfèrent aujourd'hui les ouvrir au Japon et faire venir les produits de chez eux pour les vendre en Europe. La BCE est responsable de cet état de fait.

Naturellement, la BCE n'est pas responsable de tous nos maux : l'Allemagne montre que certains ajustements peuvent améliorer les choses (TVA sociale ou modération salariale, encore que sur ce second point il faut se demander s'il est souhaitable que tous les pays européens se lancent dans une course à la baisse des coûts salariaux, qui inévitablement se traduirait en baisse du pouvoir d'achat). Néanmoins, elle porte une responsabilité majeure dans le faible niveau de croissance de la zone euro.

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 21.11.2007

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