24.11.2007
L’euro contre la croissance et l’emploi
Thomas Enders a le mérite d’être franc et de tordre le cou à l’idée véhiculée par beaucoup de commentateurs que seuls les hommes politiques français se plaignent du niveau de l’euro (ce que fait un peu l’éditorial du Monde en parlant d’Air France). Ici, c’est le patron allemand d’un fleuron industriel européen qui explique que le niveau actuel de l’euro le pousse à des décisions malheureuses. Bien sûr, on pourra toujours souligner qu’Airbus est un fleuron convalescent, une entreprise en difficulté qui doit mettre en place le plan Power 8. Néanmoins, il faut noter que ce plan était jugé suffisant il y a quelques mois et que l’avionneur enregistre un niveau record de commandes cette année, puisque non seulement il bat son record historique, mais il repasse devant Boeing.
Le patron d’Airbus explique clairement dans cet article du Monde que l’appréciation de l’euro va encore avoir des conséquences douloureuses en Europe. Il évoque ainsi une réduction des dépenses de recherche et développement, une revue de tous les coûts et soutient qu’il n’y aura « pas de tabous » pour prendre des mesures drastiques ! La surévaluation de l’euro dépassant aujourd’hui les 30% par rapport au dollar, il n’est pas étonnant que des mesures radicales soient envisagées pour restaurer la compétitivité d’Airbus. Comme toujours, des emplois seront perdus. Si ce n’est chez Airbus, ce sera chez les sous-traitants… Ce suicide assisté de l’industrie européenne a un responsable : la BCE, qui, en refusant d’envisager de baisser les taux alors que la Fed préparerait sa troisième baisse en quelques semaines, propulse l’euro à des niveaux toujours plus délirants par rapport à sa valeur réelle.
Et le patron d’Airbus n’est pas le seul à exprimer ses craintes à l’égard de la valorisation excessive de la monnaie unique. Fait spectaculaire, l’Allemagne, par la double voix d’Angela Merkel et de son ministre des finances ont exprimé également les soucis engendrés par la montée de l’euro. Alors que la classe politique allemande exprimait son dédain à l’égard des positions françaises jusqu’à récemment, l’intervention d’industriels et d’économistes lui ont fait prendre conscience des risques d’une telle surévaluation. Avec un peu de retard, ils ne font que reprendre les arguments des partisans d’une autre Europe qui dénoncent les excès de la politique monétaire conduite par la BCE.
Après 15 ans de croissance molle et de destruction massive d’emplois industriels (tournant de l’an 2000 à part), certains finissent par comprendre les ravages que provoque la politique de la BCE. Il était temps ! Mais comment changer une politique dont les principes ont été gravés dans le marbre du traité de Lisbonne ?
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-981579@...
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-981761@...09:10 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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