11.12.2007

Postures libyennes

Décidemment, Nicolas Sarkozy est très fort. Lui et son gouvernement occupe tout l’espace médiatique en se partageant les rôles : Rama Yade et Bernard Kouchner à la critique de la venue de Kadhafi, François Fillon et le président  pour sa justification. Et si tout cela était savamment orchestré ?

Bien sûr, l’angélisme de certaines positions ne fait pas forcément avancer les choses. La position butée des Etats-Unis vis-à-vis de Cuba n’a pas déstabilisé le régime et c’est la population locale qui souffre des sanctions. Mais entre l’angélisme dénoncé par le président et l’accueil fait à Kadhafi, il y a de la marge... Ceci est d’autant plus choquant que Nicolas Sarkozy ne s’était pas gêné pour critiquer l’attitude de la France quand Jacques Chirac refusait de mettre à l’écart certains dictateurs. Du coup, entre la campagne et sa présidence, nous avons eu droit à un 360 complet. Le pourfendeur des dictateurs de ce monde est devenu le dirigeant occidental le moins regardant vis-à-vis des comportements totalitaires : il est le premier à accueillir Kadhafi dans son pays et a été le premier à féliciter Poutine pour son élection.

François Fillon dit de manière bien grandiloquente qu’il aurait été « criminel » de ne pas venir en aide aux infirmières bulgares et d’Ingrid Bettancourt pour justifier la venue du dictateur libyen. Mais là encore, on peut se demander si Nicolas Sarkozy et son gouvernement ne poussent pas les honneurs un peu loin avec cette longue visite, dont les fastes n’ont rien à envier à une visite d’Etat. Bien sûr, il y a les contrats et il est bien que le chef de l’Etat s’en soucie, même si l’importance de son rôle est sans doute surestimée. Mais, il y a un seuil entre pragmatisme et complaisance et il est difficile de ne pas penser qu’il est largement franchi.

Mais l’originalité de la situation vient de l’opposition frontale au sein même du gouvernement avalisée par l’Elysée. D’un côté les uns justifient cette visite, de l’autre, la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme émet de fortes réserves. Cette confusion gouvernementale a un double avantage : elle rend peu audible les véritables opposants (dont la voix est couverte par celle de Rama Yade) et permet de largement réduire le débat sur la venue de Khadafi puisque les média focalisent leur attention sur les dissonances gouvernementales. Du grand art dans le maniement du rideau de fumée.

Pourtant, cette manipulation savamment orchestrée camoufle une diplomatie française à la dérive depuis 6 mois. Ralliement aux positions de l’administration Bush, soumission commerciale au moindre dictateur argenté, absence totale de vision : la voix de la France n’est plus ce qu’elle était.

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-987754@...

http://www.lefigaro.fr/international/2007/12/10/01003-200...

Commentaires

Très juste conclusion, hélas.

Écrit par : Hervé Torchet | 11.12.2007

C'est malheureux mais, comme disait Jean-Pierre Chevènement, un ministre ça la ferme ou ça démissionne.
Je pense aussi, effectivement, que le rapprochement Lybie-France relève d'un atlantisme.

Écrit par : Antoine Chimel | 11.12.2007

NS voulait apparaitre comme le "champion" libérateur des infirmières bulgares. Les négociations ont été menées par les allemands, les anglais mais pour les coiffer au poteau il a vendu son ame au "diable". Aujourd'hui, je pense qu'on est dans la réalisation de l'accord mystérieux. Et pour nous endormir, NS et le gouvernement nous jouent le simulacre de désaccord.
Blair, Merkel, Chirac, Berlusconi .... ont accepté de donner à Khadafi une reconnaissance en se déplaçant a Tripoli mais n'ont pas voulu le recevoir.
Je pense de même, qu'il n'y a aucun contrat de plus qu'à la libération des infirmières, nous sommes dans la réalisation des promesses.

Écrit par : mataty | 11.12.2007

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