19.12.2007
Une diplomatie en lambeaux
Le président conçoit la diplomatie comme il conçoit la politique : une succession de coups destinés à occuper tout l’espace médiatique. Il imprime un rythme frénétique pour mieux garder la maîtrise de l’agenda en changeant de sujet pour éviter tout examen un peu approfondi de ce qu’il fait. Dans le cas de la visite du leader libyen à Paris, il est tombé dans le piège d’une visite longue qui a permis de mieux examiner ce qui était annoncé. Les 10 milliards de contrats tant vantés par le président ne sont en réalité que 300 millions de nouvelles commandes. Il y avait 2 milliards de confirmation de commandes (Airbus) et le reliquat ne concerne que des ouvertures de négociation. Mais la malhonnêteté du président se retrouve également dans la pseudo-négociation du traité de Lisbonne. Ce traité dit simplifié n’est autre que la capitulation de la position française aux désidératas des autres dirigeants puisqu’il a accepté un traité quasiment identique à celui refusé par les Français, contrairement à ce qu’il promettait en campagne avec le mini-traité.
Et malgré ce renoncement, Nicolas Sarkozy n’a pas vraiment réussi son entrée sur la scène européenne. Ses relations avec Angela Merkel sont notoirement fraîches, rompant avec une tradition de bonne entente entre dirigeants français et allemands, qui avaient toujours su dépasser les clivages politiques, qu’il n’a même pas à franchir dans le cas présent. L’influence de la France en Europe est au plus bas. Et ce n’est pas beaucoup mieux ailleurs. L’Afrique a toujours en travers de la gorge l’incompréhensible discours de Dakar, que même des colons n’auraient pas osé prononcer. Et ce n’est pas le voyage de Kadhafi qui va arranger les choses tant les Africains auront vu à quel point la France peut s’abaisser pour de vagues promesses de contrats qui n’engagent que ceux qui les reçoivent. Quand aux Etats-Unis, ce n’est pas en s’alignant sur une administration en fin de course et en jouant les matamores sur l’Iran que la France retrouvera une quelconque influence sur la scène internationale.
En fait, la diplomatie française navigue à vue. Entre un président qui ne cherche que les coups, quitte à se contredire (comme avec la Libye), un premier ministre inexistant et un ministre des affaires étrangères fantoche, aucune ligne directrice ou aucune vision du monde ne peuvent être développées. La France n’a plus rien à dire au monde. Là où Jacques Chirac portait un message de dialogue et de respect des civilisations et plaidait pour le multilatéralisme, la diplomatie de faits divers du président ne convient qu’aux 20 heures de TF1. Pourtant, la France a souvent eu un message à porter au monde, message fait de défenses de certaines valeurs et de respect des civilisations. Le contexte actuel serait d’autant plus réceptif que les instabilités du Moyen Orient ou la montée en puissance de la Chine, la Russie ou l’Inde peuvent constituer des menaces pour la stabilité de la planète.
Malheureusement, ces causes ne sont pas assez médiatiques. Du coup, le président continue de se concentrer sur une diplomatie humanitaire de faits divers (infirmières libyennes, Ingrid Bettancourt), certes louables pour ces victimes mais dont on peut se demander si elle devrait résumer la diplomatie d’un pays comme la France.
11:10 Publié dans Actualités, International, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note




Commentaires
Laurent, si c'est vous-même qui avez rédigé cet article, alors, chapeau ! il résume parfaitement l'état actuel de notre "diplomatie". Je suis sûre que beaucoup de monde (comme moi) s'est rendu compte de tout cela, et nous en sommes très désolés. Mais celui qui doit en être encore plus malheureux, c'est Dominique de Villepin. Or ,il ne peut dire tout ce qu'il en pense ; on sait pourquoi... mais peut-être bientôt...
Ecrit par : Diana | 21.12.2007
@ Diana
Merci beaucoup pour le commentaire. Je rédige tous les articles du blog.
Il est clair que DDV aurait donné une dimension tout autre à notre diplomatie...
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 21.12.2007
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