21.12.2007

Rupture et conséquences

Excellent article de Gérard Courtois du Monde sur le Sarko show. Tant sur le fond que sur la forme, l’auteur signe un superbe papier sur la rupture fondamentale que Nicolas Sarkozy a insufflé à la fonction présidentielle. Pour le meilleur, et surtout pour le pire.

S’il y a bien une chose pour laquelle nous avons eu la rupture, c’est bien la communication présidentielle. A la parole rare, empreinte d’un certain cérémonial, nous sommes passés à TV Sarko, la chaîne continue d’évènements qui mêle allègrement politique, people, drame. Il suffit de voir ce qui s’est passé depuis quinze jours : voyage de Kadhafi à Paris, annonce de la liaison du président avec Carla Bruni, rebondissements sur les otages des FARC, voyage à Rome pour voir le pape et devenir chanoine… On en oublie même les vraies annonces politiques, mais ce n’est peut-être pas un hasard…. Ce gloubiboulga politique est ce qui caractérise la présidence du candidat de la rupture. Un coup remplace un autre dans un tourbillon où on cherche désespérément un minimum de sens. Cette présidence télévisuelle montre déjà des limites au bout de quelques mois. Les Français risquent de se lasser de ce tourbillon une fois qu’ils auront compris qu’il est vide de sens hormis la glorification de son principal acteur.

Mais il y a d’autres conséquences particulièrement graves que l’auteur ne développe pas : l’impact sur la nouvelle génération d’hommes et femmes politiques. Car un président a toujours une très forte influence sur la façon d’appréhender la politique des nouvelles générations. Il façonne toujours plus ou moins consciemment la nouvelle génération, qui se positionne par rapport à lui. Et malheureusement, beaucoup ont tendance à s’inspirer de sa manière de faire, que ce soit dans sa majorité ou même l’opposition. La nouvelle génération de l’UMP ou même du Parti Socialiste n’a pas forcément l’air de se construire en opposition frontale avec le style du président… Les conséquences de la rupture sarkozyste risquent malheureusement de se faire sentir pendant quelques années…

Nicolas Sarkozy a profondément modifié la façon de fonctionner de la présidence de la République. Il faut espérer que suffisamment de personnes se construiront en opposition à ce cirque médiatique perpétuel pour revenir à une forme de politique plus digne de la responsabilité qu’elle représente.

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-991827,...

Commentaires

Tous ceux qui ont accédé un jour à des responsabilités ont appris - parfois à leur dépend - qu'il faut savoir s'effacer derrière sa fonction et "jouer le rôle". Sarko lui, fait l'inverse. Au lieu d'adapter son comportement à la fonction, il a modifié la fonction pour l'adapter à sa personnalité. C'est un très mauvais exemple qu'il donne, non seulement à la classe politique, mais aussi à tous les français.

Tu es bien gentil en disant que les français risquent de se lasser de cette présidence. Y en a plein qui ont déjà fait une overdose de ce cirque médiatique.

Rien à voir mais j'organise en ce moment l'élection de la révélation politique de l'année ... http://horizons.typepad.fr/accueil/2007/12/lhorizons-dor-d.html

Ecrit par : Malakine | 21.12.2007

La fonction présidentielle a en effet, en France, un formidable pouvoir d’entraînement quant à la façon dont s’organise le monde politique. Elle donne les grandes impulsions, et impose un style. J’ai bien peur qu’il faille désormais attendre un certain temps avant que cette nouvelle forme d’exercice du pouvoir perde son ascendant sur une démocratie d’opinion vibrant au rythme des annonces médiatiques.

Croire, en tant que citoyen, au sursaut des Français, à leur refus, à la longue, d’un tel spectacle, forme une position optimiste qui, si elle trouvait progressivement appui dans le réel, serait la meilleure qui soit. Néanmoins, je reste plus pessimiste à court terme. La France était prête pour l’élection de Nicolas Sarkozy ; elle l’a montré pendant la campagne présidentielle, et même avant. Lui-même est un reflet de son temps ; il répond à des attentes quant au style. Son opposante principale, aux Présidentielles, avait d’ailleurs à peu près le même, en plus maladroit, en moins soigné, en moins bien préparé. Que cela soit amené à avoir une influence éminente sur toute une génération d’hommes politiques serait dans l’ordre des choses, et c’est regrettable.

Au demeurant, il y a, à droite, une tradition de respect de l’autorité du chef, ou de foi en l’homme providentiel. Lorsque le chef exerce un leadership de qualité au service de l’intérêt général, cette tradition me semble à la fois efficace et pertinente. Par contre, il n’est pas agréable de voir un parti comme l’UMP, constitué de personnalités talentueuses pour certaines, forcé, parce que c’est la règle, de suivre la ligne d’un politique sans vision ni déférence envers la chose publique (on dirait plutôt qu’il la piétine). Et lorsque certaines voix, en son sein, s’élèvent pour contester, comme ce fut par exemple, avec Josselin de Rohan et ses très belles critiques sur la réforme des institutions, rien n’est relayé…

Ecrit par : Villèle | 21.12.2007

Les commentaires sont fermés.