22.12.2007

Nicolas Sarkozy, ou l’antigaulliste (1/4) : les Institutions

Le 9 novembre dernier, Nicolas Sarkozy est allé s’incliner à Colombey pour essayer de se placer dans le sillage du Général. Pourtant, après plus de sept mois de présidence, il se révèle être le moins gaulliste de tous les présidents de la Cinquième République.

Bien sûr, on pourra objecter quelques emprunts au gaullisme. Son interventionnisme industriel dans la fusion Sanofi-Aventis ou dans le sauvetage d’Alstom peuvent le rattacher à notre famille… sauf que la grande majorité du spectre politique était d’accord et que quelques décisions ne peuvent pas faire oublier des divergences plus fondamentales, qui, elles, sont légion. Car le président actuel trahit la majeure partie des lègues du fondateur de la Cinquième République. Institutions, diplomatie, politique économique et une certaine idée de la politique : Nicolas Sarkozy trahit consciencieusement le gaullisme sur l’ensemble de ces points.

Le Général a doté la France d’institutions uniques au monde. Alors que la plupart des pays donnent l’ensemble du pouvoir soit à un président soit à un premier ministre, réduisant l’éventuel autre à un rôle essentiellement honorifique, notre exécutif a deux têtes qui ont chacune un rôle bien précis. Le président préside et le premier ministre gouverne. Au premier la responsabilité de tracer les grandes lignes de la politique du pays, de le représenter, d’être le rempart ultime en cas de danger. Au second la conduite de la politique du gouvernement au quotidien. Ce partage des responsabilités et cette hiérarchie donnent à la France un filet de sécurité en cas de crise grave. C’est ainsi que le Général de Gaulle siffla la fin de la récréation en mai 1968 en annonçant la dissolution de l’Assemblée. C’est ainsi que plus récemment, Jacques Chirac et Dominique de Villepin reprirent la situation des banlieues sous contrôle pendant les émeutes de l’automne 2005. La hiérarchie de notre exécutif permet une gradation des réponses pour reprendre la main. En effaçant son premier ministre et même ses ministres, Nicolas Sarkozy ne permet plus la gradation des réponses qui permet pourtant de résoudre bien des crises.

Mais, au jour le jour, cette construction institutionnelle originale permettait également de créer deux temps différents. Le temps du gouvernement et le temps de la présidence. Le temps du gouvernement est le temps de l’immédiateté, de la gestion au quotidien, des contraintes diverses et variées, de la réalité qui peut parfois contraindre les ambitions et la vision. Le temps de la présidence est un temps qui, en échappant à certaines contraintes que le gouvernement doit gérer, lui permet de garder une distance et une vision à plus long terme qui doit assurer la construction d’une société meilleure. Il serait vain de croire qu’une même personne peut assurer en permanence la gestion quotidienne tout en insufflant une vision qui a du sens pour le pays. En refusant la distance que doit donner la fonction présidentielle, Nicolas Sarkozy se shoote aux délices de la communication personnelle quotidienne. Seule la préparation des prochains coups, leur scénarisation semblent l’intéresser, tout occupé qu’il est à construire sa gloire personnelle. Nous perdons malheureusement tout l’intérêt de notre construction institutionnelle.

Et ce n’est pas tout. La Cinquième République s’est construite à coup de référendums, qui ont validé sa création, puis son évolution avec l’adoption en 1962 du suffrage universel pour l’élection du président, et qui ont rythmé ses premières années. Pour le Général de Gaulle, il revenait aux Français en personne de trancher les grandes questions qui se posaient au pays. Là aussi, Nicolas Sarkozy suit le chemin inverse du Général. Comme il l’a dit lors de sa campagne, il ne souhaite pas vraiment faire de référendum. Pire, il a annoncé qu’il ferait ratifier le traité de Lisbonne par le parlement. Imagine-t-on une seconde le Général de Gaulle (ou même Georges Pompidou) faire passer au parlement le texte rejeté par les Français en 1969 ? Le choix de faire ratifier le traité de Lisbonne par le Parlement est un des actes fondateurs de l’antigaullisme du président actuel. Une telle décision peut difficilement apparaître comme plus antigaulliste.

Charles de Gaulle nous a laissé une construction constitutionnelle originale et adaptée à notre pays. Même s’il conserve formellement le nom de Cinquième République et que sa réforme des institutions finit en réformette, Nicolas Sarkozy fait beaucoup plus grave : sa pratique casse profondément ses équilibres et il en trahit fondamentalement l’esprit.

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