24.12.2007
Nicolas Sarkozy ou l’antigaulliste (2/4) : la diplomatie
Parmi l’héritage du Général, la diplomatie représente un morceau de choix. De l’épopée de la France libre à sa présidence, il a toujours conduit une politique étrangère indépendante et correspondant à une certaine idée de la France. Comment ne pas voir que Nicolas Sarkozy, là aussi, trahit consciencieusement cet héritage ?
C’est avec le Général de Gaulle que notre diplomatie a pris de l’indépendance par rapport aux Etats-Unis. La seconde guerre mondiale l’avait sans doute rendu méfiant à l’égard d’un allié qui traitait volontiers avec le régime de Vichy et qui faisait peu de cas de la France libre, qu’il n’associait qu’à minima, y compris dans ses décisions concernant l’hexagone. C’est ainsi que le Général refusa de n’être qu’un élément de plus dans le bloc américain face au bloc soviétique et mena une diplomatie complètement indépendante, de Moscou à l’Amérique du Sud en passant par l’Asie, pour porter au monde la vision de notre pays. Cette volonté d’indépendance n’était pas de l’anti-américanisme, mais simplement la volonté de voir respecter l’indépendance de son pays, ce qui l’amena à quitter le commandement militaire de l’OTAN vu que les Etats-Unis n’étaient pas prêts à partager leur pouvoir. C’est aussi lui qui rééquilibra notre diplomatie par rapport au conflit israélo-palestinien.
Le refus de la guerre irakienne par la France s’inscrivait complètement dans cette tradition : les Etats-Unis souhaitaient mener une guerre impérialiste sans motif valable et en passant au-dessus l’avis de la communauté internationale. En septembre 2006, en voyage aux Etats-Unis pour rencontrer Georges Bush, Nicolas Sarkozy affirmait que la France avait été « arrogante », marquant une rupture majeure avec notre diplomatie. Car qui a été arrogant si ce n’est Georges Bush dans cette malheureuse histoire ? Depuis son élection, l’ancien ministre de l’intérieur marque un rapprochement inédit avec les positions américaines, au point que nous sommes aujourd’hui un des pays les plus va-t-en-guerre sur l’Iran, malgré les récentes preuves de l’arrêt des recherches nucléaires… Le président laisse également un ministre comme Hervé Morin affirmer que la France devrait rejoindre l’OTAN…
Que dire également de cette diplomatie de l’esbroufe qui consacre l’essentiel de son temps sur des faits divers pseudo diplomatiques. Bien sûr, il est souhaitable d’essayer de libérer Ingrid Bettancourt, mais l’action diplomatique n’a pas forcément besoin des caméras pour exister. La libération des infirmières bulgares avait fait l’objet d’un gros travail préalable avec l’administration libyenne, que tout le monde a oublié pour ne retenir que le voyage de Cécilia avec Claude Guéant. Mais pour le président, tout ce qui n’est pas sous le feu des projecteurs n’existe pas… Résultat, on a l’impression aujourd’hui que la diplomatie française se résume aux infirmières bulgares, à la libération d’Ingrid Bettancourt, et aux membres de l’association larche de Zoé retenus au Tchad. Un peu court…
Et du coup, on ne peut pas dire que le reste de notre action brille vraiment sur la scène internationale. Le désastreux discours de Dakar, digne d’un colon rétrograde du 19ème siècle, compromet durablement notre position sur le continent africain, à un moment où la Chine prend une place de plus en plus importante sur ce continent. Le statut de « sauveur de l’Europe » que quelques journalistes français aventureux ont bien voulu lui donner n’est qu’un rideau de fumée. Dans la réalité, Nicolas Sarkozy n’a pas de poids particulièrement important en Europe car il n’a fait qu’abdiquer la position de la France contre quelques mesures cosmétiques. Le Général, lui, avait su faire valoir la position de la France, quitte à aller jusqu’à la politique de la chaise vide pour faire respecter l’essentiel et obtenir le compromis de Luxembourg. Mais Nicolas Sarkozy est trop soucieux de la forme pour ne pas céder sur le fond, l’exact inverse du Général…
La rupture de Nicolas Sarkozy s’est bien appliquée en matière diplomatique. Mais cette rupture s’est notamment effectuée avec 50 ans de tradition diplomatique inspirée du gaullisme.
11:25 Publié dans Gaullisme, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note




Commentaires
Entièrement d’accord.
À propos de la diplomatie gaullienne, je repense au formidable discours de Phnom Penh du 1er septembre 1966, si lucide, si visionnaire quant à la guerre du Vietnam, dont voici un extrait :
« Eh bien ! La France considère que les combats qui ravagent l'Indochine n'apportent, par eux-mêmes et eux non plus, aucune issue. Suivant elle, s'il est invraisemblable que l'appareil guerrier américain vienne à être anéanti sur place, il n'y a, d'autre part, aucune chance pour que les peuples de l'Asie se soumettent à la loi de l'étranger venu de l'autre Pacifique, quelles que puissent être ses intentions et si puissantes que soient ses armes. Bref, pour longue et dure que doive être l'épreuve, la France tient pour certain qu'elle n'aura pas de solution militaire. À moins que l'univers ne roule vers la catastrophe, seul un accord politique pourrait donc rétablir la paix. Or, les conditions d'un pareil accord étant bien claires et bien connues, il est encore temps d'espérer. Tout comme celui de 1954, l'accord aurait pour objet d'établir et de garantir la neutralité des peuples de l'Indochine et leur droit de disposer d'eux-mêmes tels qu'ils sont effectivement, en laissant à chacun d'eux la responsabilité entière de ses affaires. Les contractants seraient donc les pouvoirs réels qui s'y exercent et, parmi les autres États, tout au moins les cinq puissances mondiales. Mais la possibilité et, à plus forte raison, l'ouverture d'une aussi vaste et difficile négociation dépendraient, évidemment, de la décision et de l'engagement qu'aurait auparavant voulu prendre l'Amérique, de rapatrier ses forces dans un délai convenable et déterminé.
Sans nul doute, une pareille issue n'est pas du tout mûre aujourd'hui, à supposer qu'elle le devienne jamais. Mais la France estime nécessaire d'affirmer qu'à ses yeux il n'en existe aucune autre, sauf à condamner le monde à des malheurs toujours grandissants. La France le dit au nom de son expérience et de son désintéressement. Elle le dit en raison de l'œuvre qu'elle a accomplie naguère dans cette région de l'Asie, des liens qu'elle y a conservés, de l'intérêt qu'elle continue de porter aux peuples qui y vivent et dont elle sait que ceux-ci le lui rendent. Elle le dit à cause de l'amitié exceptionnelle et deux fois séculaire que, d'autre part, elle porte à l'Amérique, de l'idée que, jusqu'à présent elle s'en était faite, comme celle-ci se la faisait d'elle-même, savoir celle d'un pays champion de la conception suivant laquelle il faut laisser les peuples disposer à leur façon de leur propre destin. Elle le dit compte tenu des avertissements que Paris a depuis longtemps multipliés à l'égard de Washington quand rien encore n'avait été commis d'irréparable. Elle le dit, enfin, avec la conviction, qu'au degré de puissance, de richesse, de rayonnement, auquel les États-Unis sont actuellement parvenus, le fait de renoncer, à leur tour, à une expédition lointaine dès lors qu'elle apparaît sans bénéfice et sans justification et de lui préférer un arrangement international organisant la paix et le développement d'une importante région du monde, n'aurait rien, en définitive, qui puisse blesser leur fierté, contrarier leur idéal et nuire à leurs intérêts. Au contraire, en prenant une voie aussi conforme au génie de l'Occident, quelle audience les États-Unis retrouveraient-ils d'un bout à l'autre du monde et quelle chance recouvrerait la paix sur place et partout ailleurs ! En tout cas, faute d'en venir là, aucune médiation n'offrira une perspective de succès et c'est pourquoi la France, pour sa part, n'a jamais pensé et ne pense pas à en proposer aucune. »
Voir l’intégralité : http://www.charles-de-gaulle.org/article.php3?id_article=72
Écrit par : Villèle | 24.12.2007
Bon article claire et malheureusement vraie ! Sarkosy se rapproche bien plus de Giscard (dont il a réccupérré les descendants avec Morin et ses soutients historiques comme Simone Veil) que des Gaullistes historiques avec l'américophilie outtrancière et l'ultralibéralisme bling bling...
Faut il rappeller que lors de son escapade aux Massifs des Glières (symbole mythique de la résistance) les associations de résistances locales l'ont envoyé pèttre et que même Pasqua l'a critiqué pour les Tests ADN ou pour sa critique de l'arrogance francaise a Washington... Sarko Gaulliste autant que la terre est plate !!!!!!!
Écrit par : Largo C | 24.12.2007
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