01.02.2008

Divergences monétaires

Mercredi, la Fed a baissé ses taux directeurs d’un demi-point à peine dix jours après une première baisse de trois-quarts de point. Résultat, alors que la BCE maintient dogmatiquement ses taux à 4%, la Fed les a passés de 4,25 à 3%. Tant pis pour la croissance et les emplois en Europe.

Ce scénario était malheureusement prévisible. Lors de l’éclatement de la bulle internet, la Fed avait baissé beaucoup plus rapidement et massivement ses taux que la BCE, qui avait tardé. Résultat, les Etats-Unis étaient rapidement sortis de la crise pour vite renouer avec la croissance, limitant donc la hausse du chômage. L’Europe, elle, s’était enfoncée dans une croissance molle dont elle était à peine sortie en 2006. La divergence des politiques monétaires devient flagrante aujourd’hui avec une banque centrale qui soutient l’activité de son pays et cherche à limiter la récession et une autre qui conserve une posture dogmatique qui n’est même pas adaptée à la lutte contre l’inflation qu’elle prétend mener.

Car Jean-Claude Trichet fait à nouveau une erreur majeure. Certes, l’inflation est un peu plus forte en Europe actuellement. Mais ce regain d’inflation est essentiellement conjoncturel car consécutif à une forte progression des cours des matières premières qui ne pourra pas se reproduire tous les ans. Cette inflation n’est pas le résultat d’une course entre les prix et les salaires, elle est le fruit de la croissance de la demande de matières premières de la Chine. Maintenir des taux élevés n’aura aucun effet sur ces facteurs. En revanche, cela prolongera, comme au début des années 2000, les effets de la récession alors que les Etats-Unis s’en sortiront vraisemblablement rapidement.

Le bilan de la BCE est désastreux. Alors que l’Europe continentale croissait plus rapidement que l’Angleterre ou les Etats-Unis jusqu’au début des années 90, la mise en place progressive de l’euro a conduit à une inversion de cette tendance. Il est donc grand temps de se poser la question de la gouvernance de la zone euro, comme le demande Nicolas Baverez dans le Monde. Même si je ne partage pas les positions de cet économiste très libéral et volontiers déclinologue, je trouve intéressant que des personnalités de son horizon commencent à remettre fortement en question la politique monétaire européenne. Ce n’est pas parce que la BCE est aujourd’hui indépendante qu’elle ne doit pas être évaluée, et même que cette indépendance doit être considérée comme immuable.

Le changement de statut de la BCE sera très difficile si le traité de Lisbonne est ratifié. Le « non » de 2005 ouvrait une opportunité que Nicolas Sarkozy a fermée, malgré ses discours volontiers critiques à l’égard de la politique monétaire européenne.

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/01/29/l-euro-...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/01/30/les-mar...

Commentaires

Certes, la gestion de la crise de la BCE n'arrange pas la crise. Mais sans vouloir être l'avocat du diable, M.Trichet essaye de limiter une inflation avec des statistiques européennes, alors que chaque pays juge selon ses propres statistiques nationales. C'est ce qui arrive lorsque l'on a une monnaie et plusieurs peuples...Tout le monde ne s'y retrouve pas de la même manière.
Autre problème, le contrôle, voire la mise sous tutelle de la BCE à un pouvoir politique. M. Trichet est français. Il s'est donc pertinement qu'en France, par tradition, l'Etat intervient dans l'économie. Il entend donc défendre coûte que coûte ses prérogatives. Il craint que le penchant français au contrôle de l'économie ne se propage. Or, il n'a pas de craintes à avoir. Lorsque l'euro a été mis en place, la condition sine qua non des Allemands étaient d'avoir une BCE indépendante. Justement pour éviter ce que craint M.Trichet, un contrôle politique. Cette position est partagé par la majorité des principaux pays européens, y compris la Grande-Bretagne non soumise à l'euro. Conclusion, la France est isolée sur ce sujet. Sauf si par miracle, nos partenaires changent de traditions, la BCE restera ainsi. La seule solution pour la France d'avoir gain de cause reste donc l'indépendance monétaire, la sortie de l'euro. Ce qui a pour corolaire une responsabilisation accrue des gouvernements et des français dans la gestion des finances publiques. Mais ceci est une autre histoire...

Écrit par : baldini | 01.02.2008

« Être Président de la République tel que je le conçois, c'est une ascèse, c'est l'oubli de soi, de son bonheur personnel, de ses sentiments, de ses intérêts pour ne plus avoir en tête que le bonheur des Français, le prestige de la France, la grandeur de l'Etat et le bien commun. » ....;Il ne faut pas être candidat à la Présidence de la République française si l'on ne veut rien donner de soi-même, si l'on ne veut rien sacrifier, si l'on ne cherche que son bonheur et la réussite sociale.
Il ne faut pas être candidat à la Présidence de la République si l'on n'est pas prêt à s'imposer davantage de devoirs que les autres. Parce qu'un Président de la République c'est quelqu'un qui n'a pas plus de droits, plus de privilèges et moins de devoirs. Mais quelqu'un qui au contraire a moins de droits, moins de privilèges que quiconque et plus de devoirs. ...;Il ne faut pas être candidat à la Présidence de la République si l'on ne se sent pas capable de donner l'exemple et de s'imposer à soi-même les sacrifices que l'on demande aux autres. »
Extraits du discours du candidat Sarkozy à Tours - 10 avril 2007

Écrit par : NS | 03.02.2008

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