29.02.2008

Popularité de papier

Le couple exécutif connaît un décalage inédit dans les sondages. Alors que leur côte était en général corrélée, hormis sous la cohabitation, le décrochage de Nicolas Sarkozy est concomitant à une remontée de son Premier Ministre. Quel est le sens de ce décalage ?

L’UMP se rassure en soulignant que la côte de popularité largement positive de François Fillon signifie que les Français approuvent la politique du gouvernement, mais désapprouvent seulement le style Sarkozy. Cette explication est un peu facile car le moins que l’on puisse dire, c’est que Nicolas Sarkozy est le gouvernement. C’est lui qui effectue quasiment toutes les annonces, et quand ce n’est pas lui, les membres de son cabinet s’en chargent. L’autonomie des ministres et du premier d’entre eux est bien limitée. S’il est chef du gouvernement en titre, François Fillon n’est que le coordinateur des impulsions décrétées à l’Elysée. En cela, il n’est pas possible que le jugement sur Nicolas Sarkozy épargne la politique gouvernementale. À ce titre, la déception à l’égard du pouvoir d’achat affecte l’ensemble de l’exécutif.

Il y a une double raison à l’apparente popularité de François Fillon : son style et son absence. Il est aujourd’hui acquis que le style du président (langage direct, surexposition médiatique de sa vie public et privée…) est une des raisons de son impopularité. Or, il se trouve que le style du premier ministre est quasiment l’exact opposé de celui du président. Autant Nicolas Sarkozy est un leader avec du caractère et qui aime les caméras, autant François Fillon apparaît comme réservé, modéré et fuyant presque toute exposition médiatique. En outre, la stratégie présidentielle de communication journalière a focalisé l’attention sur l’Elysée à tel point que Matignon est extrêmement peu exposé. Finalement, c’est le président qui protège son premier ministre ! François Fillon est à peine présent. Tant son effacement médiatique que son style effacé expliquent ses bons sondages.

Il est clair pour tout le monde que le responsable de l’action gouvernementale n’est pas François Fillon, mais bien Nicolas Sarkozy, qui phagocyte tout. Pourquoi critiquer le lampiste qui ne fait qu’essayer de mettre en musique les « intuitions » désordonnées et peu préparées de son chef ? Pourquoi critiquer celui qui vit dans l’ombre d’un chef qui n’accepte pas de partager la moindre lumière ? Ce n’est pas François Fillon qui est populaire, c’est son rôle sans réelle responsabilité mais difficile qui peut difficilement être impopulaire. Le caractère difficile du chef et l’empiètement permanent de ses responsabilités peuvent même créer une forme de sympathie pour un homme politique dont tout le monde comprend qu’il a une place difficile.

Les bons sondages de François Fillon ne sont que le corollaire des mauvais sondages de Nicolas Sarkozy, tant son style est l’opposé de celui de son chef. Mais je ne crois pas que les Français approuvent quoique ce soit. En fait, ils peuvent difficilement critiquer son rôle de coordinateur quasi muet et sans réelle responsabilité, qui ne fait qu’essuyer les plâtres des tempêtes déclenchées par son patron.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/02/27/01002-20080227ARTFIG00576-seul-un-tiers-des-francais-soutient-nicolas-sarkozy.php

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