04.03.2008
Le retour de la fracture sociale
Le thème de la campagne de Jacques Chirac en 1995 trouve tous les jours une vérité plus criante. Même si ce thème a déserté la vie politique française, il trouve une résonance de plus en plus forte dans de nombreux pays, Etats Unis et Allemagne en tête.
On pourra épiloguer sans fin sur l’écart entre la campagne présidentielle réussie de notre précédent Président et ses réalisations. Comme beaucoup, ma déception a été grande et a pu me pousser à peindre un portrait parfois très noir de sa présidence. L’épreuve du temps a modéré mon jugement. Dans le livre de Pierre Péan, Jacques Chirac défend le changement de tonalité par le mauvais état des finances publiques laissées par les socialistes et qu’Edouard Balladur et son ministre du budget de l’époque, un certain Nicolas Sarkozy, n’avaient pas traité. En outre, l’ancien Président avait toujours tenu à faire progresser le pouvoir d’achat des bas salaires en augmentant le SMIC de 4% par an, contrairement au président actuel. Certains critiquent aujourd’hui ces décisions au nom d’un réalisme économique qui ferait de la baisse du pouvoir d’achat des smicards un signe de modernité. Heureusement, Jacques Chirac ne les avait pas écoutés.
Le débat sur la « fracture sociale » gagne ainsi dix ans après les autres pays. Cette semaine, The Economist attaque Barack Obama sur des déclarations jugées populistes. Le favori pour l’investiture démocrate a attaqué dans ses discours un système où les parents sont licenciés pour cause de délocalisation et sont en compétition avec leurs enfants pour des postes payés au salaire minium alors que les patrons gagnent toujours plus et organisent ces mêmes délocalisations. L’Allemagne est aussi le théâtre de polémiques où la droite locale tient des propos qui rappellent… Olivier Besancenot. C’est ainsi que la chancelière allemande avait évoqué le plafonnement des rémunérations des patrons. Vous trouverez dans Marianne cette semaine un très bon papier sur « Le scandale qui sape le modèle allemand ». Le journal montre que la population allemande n’accepte plus les efforts demandés par un patronat qui, lui, gagne toujours plus (+23% en 2007), d’où une explosion des revendications et des grèves.
Cette tension sociale grandissante s’explique par la mauvaise répartition des fruits de la croissance depuis une quinzaine d’années. L’intégralité de la richesse additionnelle va dans les profits des entreprises (au plus haut en part du PIB depuis la seconde guerre mondiale) et les revenus des classes les plus aisées. Il y a donc un disfonctionnement du système économique actuel qui répartit de manière trop inégale les fruits de la croissance. A court terme, plus qu’une hausse simpliste de l’imposition des plus riches, il faut sans doute complètement repenser la fiscalité de nos pays, notamment le financement de la protection sociale, de manière à ne pas surtaxer un travail peu qualifié dont le coût pousse aux suppressions de postes, comme le montre l’automatisation actuelle des caisses de supermarchés. L’Etat pourrait également se poser la question d’intervenir pour éviter des pertes d’emplois dont on peut douter qu’elles vont dans le sens de l’intérêt général. A long terme, l’amélioration de la formation, l’investissement dans la recherche et le développement de l’entrepreneuriat seront clés.
L’intuition d’Emmanuel Todd, reprise par Jacques Chirac en 1995, est tous les jours confirmée par un système économique qui ne profite qu’à une minorité. Il est urgent de réfléchir aux moyens de réparer cette fracture sociale qui menace nos sociétés.
Source : Marianne, The Economist
15:11 Publié dans Actualités, Economie, International, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fracture sociale, marianne, the economist, emmanuel todd




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