06.03.2008

Nicolas Sarkozy droit dans ses bottes

A trois jours d’élections municipales qui s’annoncent difficiles pour sa majorité, le président de la république fait une très longue interview dans le Figaro pour défendre sa politique et dresser les grandes lignes de l’après municipales.

Alors qu’il baisse toujours dans les sondages, Nicolas Sarkozy se fait le meilleur avocat de sa propre personne dans un numéro d’autosatisfaction dont il est coutumier et qui tranche avec la modestie de Jacques Chirac. C’est ainsi que le président se glorifie de l’accord sur le traité simplifié, alors qu’il n’a fait que renier la parole du peuple français sans quasiment rien obtenir de concret en échange. Il se vante même de la signature du contrat entre Airbus et la défense américaine… Comme d’habitude, Nicolas Sarkozy se vante d’avoir fait passer le pays de l’obscurité à la lumière, du noir au blanc avec un sens de la vantardise et de la caricature incroyable. C’est ainsi qu’il soutient que « Nous étions un pays dans lequel on décourageait les gens de travailler. Nous sommes devenus un pays dans lequel on est de nouveau récompensé lorsqu'on travaille davantage ».

Pourtant, la communication du président donne une impression de flottement. Le début de son interview est à ce titre particulièrement paradoxal. Il dit à la fois que « ce scrutin aura aussi une signification politique que j'entendrai et dont je tiendrai compte » tout en expliquant qu’il a un cap et qu’il le tiendra. Que ce soit sur la signification nationale des municipales, son engagement et les conséquences qu’il en tirera, son discours n’est pas clair. Il en va de même sur le remaniement annoncé par Claude Guéant il y a deux semaines, puis démenti par François Fillon et dont l’interview d’aujourd’hui sous-entend qu’il sera au mieux limité. Il dit aussi qu’il ne souhaite pas réformer la loi de 1905 sur la séparation entre l’Etat et l’église alors qu’il avait dit qu’il souhaitait également apporter la rupture sur ces questions. Enfin, il soutient qu’il ne reviendra pas en arrière sur la question du devoir de mémoire de la Shoah alors que la commission Darcos enterre sa proposition.

Au final, le président garde un discours de candidat en se glorifiant des quelques dossiers qui ont été menés à bien : le traité simplifié, l’exonération des heures supplémentaires ou l’accord sur l’Union de la Méditerranée. En revanche, il se contente de mots sur le pouvoir d’achat et les revenus et défend la revalorisation a minima du SMIC par le fait qu’il ne concerne que 17% des salariés et que donc les 83% restants n’auraient pas été touchés… Pourtant, l’enjeu actuel est bien la perte de pouvoir d’achat et la pauvreté des salariés les plus modestes et pour ceux-là, le gouvernement ne fait rien. Nicolas Sarkozy achète du temps en disant que ses réformes ne produiront des résultats qu’avec le temps tout en s’accaparant la baisse du chômage de 2007, qui doit beaucoup plus au gouvernement Villepin qu’à son action.

Le président remet de l’ordre dans sa communication depuis quelques jours. Mais malgré ces recadrages, plus le temps passe et plus ce sont les résultats qui pourront le sauver. Et là, il risque de se heurter à la réalité économique de mesures souvent mal conçues.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/03/06/01002-20080306ARTFIG00007-nicolas-sarkozy-maintenir-le-cap-et-accelerer-les-reformes.php

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