12.03.2008

Ce que les critiques contre l’appel de Marianne révèlent

L’appel de Marianne à la « vigilance républicaine » a eu le don de mobiliser le clan sarkozyste pour défendre son chef. Mais, en répondant par la caricature et la victimisation sans jamais répondre sur le fond, ils montrent bien les limites du président.

Après une séquence de deux mois qui a vu le président à la une de tous les journaux people, de l’annonce de sa relation avec Carla Bruni, à leurs nombreux voyages accompagnés de journalistes en passant par le débat sur les bagues de fiançailles et pour finir avec leur mariage, Marianne avait souhaité replacer le débat public sur des questions de fond. C’est avec un ton très modéré que le 14 février, l’hebdomadaire lançait son appel à la « vigilance républicaine ». Cet appel réaffirmait de grands principes partagés par des personnalités de gauche, du centre et de droite : « le refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective », l’indépendance de la presse, la laïcité et une politique étrangère indépendante des Etats-Unis.

Résultat, l’UMP et la presse favorable au président se sont déchaînés contre cet appel et ses signataires. Appel anti-démocratique, comparaison peu flatteuse avec les persécutions contre les juifs, des excès absolument incroyables ont été commis contre un appel pourtant modéré et focalisé sur des éléments de fond dont le débat public avait bien manqué auparavant. Cette semaine, Joseph Macé-Scaron revient dans Marianne sur la tribune de Max Gallo du Point du 28 février pour à nouveau dénoncer cette hystérie qui s’est emparée du clan sarkozyste.

Pourtant, cet appel était le support d’un vrai débat de fond. Débat de fond sur la pratique des institutions par le président. S’il a toujours eu un rôle central dans la Cinquième République, Nicolas Sarkozy a considérablement renforcé la centralisation du pouvoir autour de sa personne par son intervention dans les dossiers ou le rôle étendu qu’il donne à ses conseillers (qui s’expriment dans les média, cas unique depuis cinquante ans). Débat de fond sur la laïcité puisque le président déclare vouloir faire jouer un rôle plus important aux religions dans notre société. Débat de fond sur l’indépendance des médias puisque le président annonce aux journalistes des Echos le nom de leur nouveau patron, intervient au Monde, à Libération, à Paris-Match… Débat de fond sur la politique étrangère quand le président veut rapprocher notre politique de celle des Etats-Unis.

Sur toutes ces questions, le président a lancé des débats en marquant la « rupture » qui lui est chère. Marianne souhaitait seulement poursuivre ces débats. Pas une seule des réponses à cet appel n’a porté sur ces quatre sujets importants et pourtant légitimes. Les seules réponses apportées ont consisté à caricaturer cet appel pour en faire un appel pour sauver la république en danger et en se focalisant uniquement sur la mention de la « monarchie élective ». Ces réponses sont profondément malhonnêtes et révèlent surtout un refus de débattre qui est sans doute le signe d’une incapacité à défendre les prises de position d’un président plus prompt aux déclarations cinglantes qu’à la construction de véritables solutions aux problèmes des Français.

En se comportant comme si toute critique du sarkozysme était illégitime par nature, ses partisans se comportent de manière totalitaire et ne font qu’illustrer le premier point de cet appel. Mais ce refus systématique du débat montre surtout la limite des positions du président, qui semblent difficiles à défendre…

Pour signer l’appel : http://www.mesopinions.com/Pour-une-vigilance-republicaine-petition-petitions-c27aaf12a9782a846667a8ca95fd33ae.html

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