15.03.2008
La France éternelle
Pour H.
Le déclin supposé ou la crise de notre beau pays est un thème maintes fois rebattu. Les ratés de l’équipe actuelle au pouvoir associés au retournement économique ont tendance à noircir des éditoriaux qui n’en avaient pas besoin. Et si le discours catastrophiste de ces déclinologues cachait une réalité plus rose ?
Inflation des loyers et du prix des produits alimentaires qui amoindrissent le pouvoir d’achat des Français les plus modestes, déficits en tout genre, dette publique, allergie supposée à la réforme, président de la république embarrassant : les occasions de battre la coulpe de notre pays ne manquent pas. Mais n’y a-t-il pas quelque chose de très français dans cette autocritique permanente de nous-même et cette constance à regarder le verre toujours à moitié vide ? Car après tout, ce discours sur le déclin de la France est une constante de notre pays depuis deux siècles. Du coup, notre position dans le monde d’aujourd’hui montre bien que ce discours est excessif et que si tout n’est pas si rose, il ne faut pas se laisser berner par les peintures bien sombres qu’aiment trop souvent ciseler les éditorialistes de tout bord.
Par exemple, pas un jour ne passe sans qu’ils ne soulignent l’immensité de nos déficits publics et commerciaux. De tels discours catastrophistes ne résistent pas à une analyse un peu fouillée. Bien sûr, après des années d’excédent, notre balance commerciale est passée dans le rouge, avec un déficit de plus de 50 milliards de dollars en 2007. Mais, si ce chiffre peut sembler énorme, il faut le mettre en relation avec les plus de 130 milliards de déficit de l’Espagne, les plus de 175 milliards du Royaume Uni et surtout les plus de 800 milliards des Etats-Unis. Le déficit commercial français, aussi préoccupant soit-il, reste mineur par rapport à celui d’autres économies qui ne vont pas si mal. En outre, on peut souligner que les Etats-Unis ne semblent pas mal s’accommoder de leurs 25 années de déficit…
Il en va de même sur la dette publique, qui, à 64% de notre PIB, reste inférieure au niveau de l’Allemagne (68%), des Etats-Unis (65%), sans même parler de l’Italie (107%) ou du Japon (159%). Mieux, un économiste de l’OFCE a souligné dans un papier très intéressant du numéro de janvier d’Alternatives Economiques, que cette analyse devait être complétée par les actifs de l’Etat. Si on prend en compte les actifs financiers (actions, dépôts), la dette financière nette de la France se situe à 38% seulement en 2006, à un niveau proche de 1995, faisant de la France un des pays les moins endettés du monde, du fait que la plupart des autres Etats ont peu d’actifs à faire valoir. Mieux, si on prend en compte les actifs physiques (terrains, bâtiments), le bilan de l’Etat Français devient positif, à 38% du PIB, en croissance de 22 points depuis 1995 du fait de la forte valorisation des terrains et des bâtiments. Mais naturellement, personne n’en parle. La « faillite » évoquée par certains est une pure absurdité.
Mais ce n’est pas tout, notre pays peut compter sur la démographie la plus dynamique des grands pays européens, sur un tissus d’entreprises leaders (Carrefour, L’Oréal, LVMH, Sanofi-Aventis, Accor, Renault, PSA, Airbus, Alstom, Arcelor, Axa, Total, BNP Paribas, Société Générale, Lafarge, Saint-Gobain…) que seules les Etats-Unis devancent de manière nette. Notre main d’œuvre est également la plus productive au monde. Et notre pays peut également compter sur un réseau d’infrastructures (autoroutes, TGV…) reconnues dans le monde entier. Nous bénéficions également d’une position géographique extrêmement favorable, entre les 4 autres principales économies européennes, avec un climat varié et modéré. Enfin, notre art de vivre et notre patrimoine culturel et historique font de notre pays la première destination touristique au monde puis longtemps.
De manière plus immatérielle, la France, c’est aussi une communauté nationale beaucoup plus soudée et solidaire que dans la plupart des pays. Le sentiment national n’est pas aussi fort dans des pays comme l’Allemagne ou les Etats-Unis où l’attachement à la région est puissant et ce sentiment national est en conflit larvé avec les régions en Espagne, en Italie, au Royaume Uni ou en Belgique. Alors que le ciment de ces communautés nationales s’effrite depuis une quinzaine d’années, notre unité apparaît comme l’une des plus solides, voir la plus solide. Les gesticulations communicantes de notre chef d’Etat ne parviendront pas à lézarder un ciment plus solide qu’il peut y paraître. Et ce ciment patriotique, loin d’être la mélasse chauvine que certains décrivent, est la colonne vertébrale d’une société solidaire et humaniste dont les valeurs ne demandent qu’à être portées haut à nouveau.
Les Allemands ont une expression qui dit « heureux comme Dieu en France », ce qui montre à quel point notre pays doit avoir des raisons de se réjouir. Bien sûr, les temps actuels sont plus difficiles et la direction de notre nation est ce qu’elle est. Mais dans quelques décennies, ce ne seront que quelques péripéties de notre histoire. La France a toujours su surprendre et a montré des capacités de réaction incroyables. A ceux qui en doutent, je recommande la lecture d’un livre sur le Général.
Source : The Economist, Alternatives Economiques
16:03 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : france, déclinologues, déclin




Commentaires
Excellent article.
Ecrit par : Yves Michaud | 15.03.2008
Qu'est qu'un URL ?
S'agit d'un "mail"que les Français s'obstinent à désigner comme tel à la place de courriel employée au Québec et approuvée par l'Académie française.
Ecrit par : Yves Michaud | 15.03.2008
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