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18.03.2008
L’Europe impuissance
Après avoir buté sur le seuil de 1,5 dollars, l’euro s’envole tous les jours plus haut puisqu’il a atteint 1,58 dollars, sans que la moindre limite ne semble désormais freiner son ascension. Vendredi, les leaders de l’Union Européenne ont exprimé leur inquiétude, sans que rien de concret ne soit fait.
Le contraste entre l’activisme de la Fed pour soutenir la croissance américaine et le seul souci de la BCE de lutter contre l’inflation propulse l’euro presque tous les jours vers de nouveaux records. Il faut dire qu’avec la baisse exceptionnelle des taux de dimanche, la banque centrale américaine a baissé ses taux de deux points depuis l’été quand la BCE les a maintenus stables. La rémunération largement supérieure de l’euro le fait monter par rapport au dollar, dont la rémunération nette (prenant en compte l’inflation) est désormais négative. L’industrie européenne souffre chaque jour davantage puisque EADS a perdu plus d’un milliard d’euros à cause de l’appréciation de la monnaie unique, plongeant ses comptes dans le rouge. Il faut noter qu’à taux de change constant, malgré toutes ses difficultés, le groupe européen serait resté bénéficiaire…
La meilleure preuve du niveau excessif de l’euro est que les Chefs d’Etat et de gouvernement des 27 ont réussi à se mettre d’accord vendredi sur un texte indiquant que « la volatilité excessive et les fluctuations désordonnées des taux de change nuisent à la croissance économique, et nous préoccupent ». Cette déclaration anodine reste exceptionnelle dans la mesure où elle marque un souci unanime des dirigeants de l’Union Européenne devant cette appréciation de l’euro et qu’elle constitue une forme (a minima) d’ingérence dans la politique monétaire de la BCE. Mais dans la réalité, les dirigeants de l’Union ne peuvent absolument rien faire. Si la Fed continue à baisser ses taux alors que la BCE les maintient, alors l’euro continuera à monter. Ce n’est que quand la reprise arrivera aux Etats-Unis alors que l’Europe stagnera que le dollar remontera, sans doute en 2009.
Les statuts de la BCE garantissent son indépendance absolue et un objectif unique de lutte contre l’inflation, quand la Fed veille également à la croissance aux Etats-Unis. Changer les statuts de la BCE serait extrêmement compliqué. Nous avions sans doute une occasion unique lors de la négociation du traité de Lisbonne, mais Nicolas Sarkozy a capitulé sur pratiquement toutes les questions. Mais surtout, un article de The Economist montre à quel point il sera difficile de faire revenir les Allemands sur des statuts qui avaient été calqués sur ceux de la Bundesbank. Par deux fois, le peuple allemand a vu sa monnaie s’évaporer pour cause d’hyperinflation et beaucoup d’allemands pensent que cette instabilité monétaire est en partie responsable de l’avènement du nazisme. Cette trahison des politiques a été sanctionnée il y a soixante ans par l’indépendance de la banque centrale allemande. Résultat, les statuts de la BCE sont sans doute ce qu’il y a de plus sacré en Europe pour l’Allemagne.
L’impuissance des politiques européens face à la montée de l’euro est couchée dans le marbre de Maastricht et a été confirmée à Lisbonne, quels que soient le nombre d’emplois détruits. Malgré un bilan désastreux, il faudra être prêt à certains extrêmes pour pouvoir remettre en cause ce ver niché au cœur de la construction européenne.
Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/03/15/conjoncture-l-ue-s-inquiete-mais-ne-veut-pas-sombrer-dans-l-hysterie_1023303_3214.html#ens_id=951246, The Economist
16:23 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bce, fed, taux d'intérêts, maastricht



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