22.03.2008

Ce que la mort de Chantal Sébire dit de l’euthanasie

L’histoire de Chantal Sébire occupe depuis plusieurs semaines les unes des médias. De sa grave maladie qui l’avait défigurée et la faisait souffrir à sa demande d’euthanasie jusqu’à sa mort cette semaine, elle a permis de relancer le débat sur l’euthanasie.

La question de l’euthanasie reste un sujet difficile et qui divise. Qui plus est, les réactions à chaud ne sont pas toujours les meilleures. Néanmoins, en déclenchant le débat bien avant sa mort, Chantal Sébire a lancé un débat profond sur l’homme et la vie. Sa grave maladie l’avait complètement défigurée, lui avait enlevée la vue et la faisait d’autant plus souffrir qu’elle ne supportait pas les médicaments qui auraient pu la soulager. Cette femme, qui avait eu son lot de souffrances, physiques et psychologiques, demandait une chose : pouvoir mourir en paix, quand elle le déciderait. Cette volonté était parfaitement raisonnée, argumentée, sans doute pour elle un moyen de reprendre le contrôle d’une existence de plus en plus dominée par la maladie. Mais le cadre législatif ne permet pas l’euthanasie active.

La seule chose autorisée peut éventuellement être l’euthanasie passive, comme le racontait vendredi matin un auditeur d’RTL qui expliquait qu’il avait accepté que son fils, dans le coma, ne soit plus nourri. Mais cette forme d’euthanasie n’est pas anodine puisque l’agonie de son fils avait duré six jours, durant lesquels il avait pu constater les spasmes de douleur de son enfant. Ce père demandait donc une réforme de la loi pour permettre l’euthanasie active, qui autoriserait à donner des médicaments provoquant la mort. Ce à quoi un membre de l’église répliquait que les médecins n’avaient pas à devoir donner la mort, sans curieusement évoquer l’argument spirituel que l’homme ne devrait pas pouvoir donner la mort.

A titre personnel, et depuis longtemps, je crois qu’il faut autoriser l’euthanasie. Bien sûr, il faut l’entourer de gardes fous solides, s’assurer que ces décisions sont bien prises avec le recul nécessaire, pour éviter tout dérapage. Mais j’ai vraiment le sentiment que l’histoire de Chantal Sébire montre que l’humanité commandait de l’aider à mettre fin à ces jours, quand elle le voulait, comme elle le souhaitait, comme une revanche contre la maladie qui la tourmentait. De son corps qui la trahissait et que personne ne pouvait soigner, elle pouvait de la sorte reprendre le contrôle. C’est l’attitude qui me semble la plus humaine, bien plus que celle qui consiste à laisser mourir quelqu’un en le privant de nourriture.

On peut, à juste titre, dire que légiférer sous le coup de l’émotion n’est pas le meilleur moyen de faire la loi. Néanmoins, étant donné le temps nécessaire pour écrire une loi, on peut dire que le texte ne serait écrit qu’à tête plus reposée. Et surtout, Chantal Sébire a bien montré à quel point l’euthanasie peut être une solution humaine.

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/03/21/chantal-sebire-maitresse-de-sa-mort-comme-de-sa-vie_1025759_3224.html#ens_id=1022062

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