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27.03.2008

Crise financière et conséquences

Cette semaine, les places financières ont rebondi à la nouvelle de l’augmentation des ventes de logements aux Etats-Unis. Malheureusement, l’Europe n’est sans doute pas au bout de ses peines et l’absence de mesures consécutives à cette crise est inquiétante…

Les causes de la crise : un dysfonctionnement majeur du marché

Même les plus libéraux reconnaissent aujourd’hui que cette crise montre les limites et les excès du capitalisme financier d’aujourd’hui. Eric Le Boucher, le très libéral rédacteur en chef Economie du Monde, a ainsi publié un papier qui reconnaît les limites du système actuel. Le point de départ de la crise est triple: la création d’emprunts immobiliers hypothécaires à destination des ménages les plus pauvres aux Etats-Unis, la titrisation de ces emprunts et la démesure des investissements des banques. Pour faciliter l’accès au crédit, les banques américaines ont ainsi créé des prêts gagés sur la valeur de l’immobilier acquis, ce qui permettait à des ménages pauvres d’accéder au crédit en escomptant une hausse de la valeur de leur bien. Malheureusement, le marché immobilier s’est retourné, ce qui a grippé le système et mis des millions de ménages américains dans l’impossibilité de rembourser les crédits ainsi contractés.

Dans la bulle financière qui a suivi la crise de la bulle Internet, les banques ont développé de nouveaux produits par la titrisation de ces emprunts. Les emprunts hypothécaires américains ont ainsi été revendus à des établissements financiers sous forme de titres mixant plusieurs produits de manière à théoriquement réduire le risque. La créativité financière étant sans limite, ces produits ont été découpés, re-découpés… Résultat, il était et est encore difficile d’identifier qui possèdent ces créances. Le retournement du marché immobilier américain a sonné le glas de ces dérives. Comme les prix étaient montés trop haut du fait de ces nouveaux emprunts, la correction a été violente, contrairement à ce qui se passe en France, où le marché atterrit en douceur. Résultat, la baisse rapide des prix a créé un défaut majeur sur ces emprunts, qui s’est ensuite répandu dans l’ensemble des économies à cause de la titrisation.

Et la baisse des actifs est d’autant plus dangereuse que les banques investissent de plus en plus par rapport à leur capital, comme l’a montré l’exemple extrême de Jérôme Kerviel à la Société Générale. The Economist explique que Goldman Sachs détient 1 100 milliards de dollars d’actifs pour seulement 40 milliards de capitaux et Merrill Lynch 1 000 pour 30 (et 60 milliards de liquidités dans les deux cas). Résultat, une légère baisse de la valeur des actifs peut créer une crise majeure si ces actifs doivent être revendus à perte faute de liquidités. C’est ce qui s’est passé pour la Société Générale puisque Jérôme Kerviel avait 50 milliards d’actifs qui ont été soldés avec une perte de près de 5 milliards… La crise peut également être provoquée par un brusque retrait d’argent des clients : dans le cas de Bear Sterns, les clients avaient retiré 17 milliards de dollars dans la semaine précédant sa reprise.

L’explosion des actifs financiers (qui représentent plus de 10 fois le PIB aux Etats-Unis) répond à un simple objectif de profit. En effet, la croissance des actifs par rapport au capital est un moyen facile d’augmenter le niveau des profits par rapport à ce même capital. A capital et rendement d’investissement constant, il suffit d’investir davantage d’argent pour augmenter le rendement global par rapport à ce même capital. Les dirigeants et traders sont d’autant plus intéressés par cette hausse des profits qu’elle provoque une forte augmentation de leurs revenus… Ce cercle vicieux est aujourd’hui dénoncé par la bible des libéraux qu’est The Economist, qui souligne à quel point ce mécanisme est à l’origine de la crise actuelle. Et l’hebdomadaire anglais explique également que les banques passent à travers les règles de prudence en empruntant par exemple sur 364 jours quand seuls les emprunts de plus d’un an sont pris en compte dans les ratios.

Une réaction vigoureuse de la puissance publique… aux Etats-Unis

Comme en 2001, lors de l’éclatement de la bulle Internet, la puissance publique américaine a réagi vigoureusement. La Fed, dont le soutien à la croissance fait partie des objectifs, a utilisé tous les leviers en son pouvoir pour éviter un effondrement du système financier. La banque centrale américaine a ainsi baissé ses taux d’intérêts de 5,25% en juillet à 2,25% aujourd’hui, elle a injecté des centaines de milliards de dollars de liquidités et elle a supervisé la reprise de Bear Stearns par JP Morgan Chase en finançant 30 milliards d’actifs douteux, ce qui pourrait lui coûter plusieurs milliards si la valeur de ces actifs baisse. Parallèlement, le gouvernement est intervenu avec un plan de soutien à l’activité de 150 milliards de dollars. Bref, loin de laisser faire la main invisible du marché, les autorités américaines utilisent tous les leviers de la politique économique pour limiter au maximum l’impact de la crise financière sur l’économie réelle.

La vigueur de la réponse des Etats-Unis peut surprendre par rapport à une Europe réputée plus interventionniste. Encore plus surprenant, Le Monde révèle que Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du FMI et professeur à Harvard, estime que l’Etat Américain pourrait racheter 2 à 3 000 milliards d’actifs douteux pour liquider la crise, quitte à en perdre 500. L’interventionnisme américain tranche avec l’Europe car nos deux continents ont un vécu complètement différent des crises économiques. L’Europe est encore influencée par l’épisode d’hyperinflation allemand à la sortie de la première guerre mondiale, qui fait de la lutte contre l’inflation la priorité des priorités. Les Etats-Unis sont influencés par la Grande Dépression des années 30, qui avaient suivi le krach boursier de 1929, et qui avait envoyé plus du quart des Américains au chômage. Résultat, les autorités américaines privilégient le soutien à l’activité à la lutte contre l’inflation, quitte à être plus interventionnistes que l’Europe.

Une Europe impuissante et passive

Résultat, la réponse de l’Europe au ralentissement de l’activité est faible puisque les taux de la BCE sont restés fixés à 4% depuis l’été dernier, comme s’il n’y avait pas eu de crise financière. Cette absence de réponse rappelle la situation de 2001, quand la Fed avait rapidement baissé ses taux pour relancer l’activité alors que la BCE avait tardé. Résultat, l’euro avait commencé son envolée face au dollar et la croissance de la zone euro n’a jamais vraiment réussi à re-décoller. Bien sûr, la BCE a injecté des liquidités, mais en maintenant ses taux, elle a provoqué une nouvelle et brutale appréciation de l’euro, qui s’échangeait autour de 1,30 dollars l’été dernier et approche aujourd’hui les 1,60, pénalisant l’industrie européenne, comme le souligne Louis Gallois qui a annoncé hier de nouvelles délocalisations en zone dollar pour EADS…

La BCE fait une double erreur économique. Tout d’abord, le rebond inflationniste est limité et conjoncturel. Même si cela peut choquer en plein débat sur le pouvoir d’achat, la hausse actuelle de l’inflation ne devrait pas empêcher la BCE de baisser ses taux. L’inflation hors produits alimentaires et énergie est parfaitement stable (2,3% aux Etats-Unis contre 2,6% il y a six mois, contre 4% pour l’inflation globale). Une fois la hausse des prix des matières premières passée, l’inflation reviendra à un niveau acceptable car leur prix ne pourra pas doubler tous les ans… Cela n’exonère pas les gouvernements d’action pour soutenir le pouvoir d’achat, mais cela signifie uniquement que le regain d’inflation est purement conjoncturel et que ce n’est pas en asphyxiant l’économie européenne que la BCE fera baisser l’inflation. Ensuite, cette politique de taux, en faisant s’apprécier l’euro, pénalise les exportations européennes (alors que les exportations américaines, elles, croissent de 20% par an), affaiblissant plus encore une économie déjà touchée par la crise financière.

Une nouvelle gouvernance financière incertaine

Si l’explication de la crise devient chaque jour plus claire, en revanche, on aimerait entendre davantage de solutions pour en tirer les leçons.
Le cas américain montre sans doute qu’il faut davantage réguler l’utilisation des crédits. Il est choquant que des millions de ménages américains se retrouvent expulsés parce qu’ils avaient souscrit des crédits aussi dangereux. Bien sûr, il revient aux individus d’évaluer leur capacité de remboursement mais la complexité des emprunts créés par les banques rendait leur compréhension plus difficile. Il est tout de même choquant que les banques puissent ruiner des ménages, qui finissent expulsés, alors que ces mêmes banques sont parfois aidées par l’Etat pour sauver le système financier ! Il y a quelque chose de pourri dans le système. Un meilleur encadrement du crédit doit être mis en place, y compris chez nous où l’on voit les publicités fleurir pour des crédits usuriers aux taux de 20%.

Une meilleure régulation des flux financiers semble également s’imposer pour éviter que la recherche de profit se fasse par une prise de risque accrue des acteurs financiers, d’autant plus que la collectivité assume le plus souvent les pertes de manière à éviter que le système ne s’effondre. Une révision des ratios financiers semble inéluctable, même s’il est évident que les marchés financiers trouveront toujours des moyens de contourner les règles en créant de nouveaux outils. Dès lors, se pose la question de mécanismes qui attaqueraient la spéculation à la racine. Plusieurs économistes plaident depuis longtemps pour une taxation de toutes les transactions financières (taxe Tobin-Spahn), ce qui aurait pour effet de décourager la spéculation et sans doute réduire certains excès des marchés financiers tout en rééquilibrant le système de taxation entre travail et capital.

Avec le temps, nous arrivons à mieux comprendre les raisons de la crise financière qui secoue le monde depuis cet été. Malheureusement, peu de solutions semblent émerger pour corriger certains excès et l’absence de réaction de l’Europe et de la BCE augure mal de la suite des évènements pour nous…

Source : The Economist 22 mars (dossier spécial de 10 pages) http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/03/22/non-aux-scenarios-catastrophes-par-eric-le-boucher_1026422_3232.html
http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/03/24/washington-pourrait-cautionner-les-prets-immobiliers_1026747_3234.html#ens_id=951246

Commentaires

Naissance d'une branche du Chêne à Bordeaux et en Aquitaine :

http://lechenebordeauxaquitaine.hautetfort.com/

http://pourlafrance.hautetfort.com/

Ecrit par : Rémy | 27.03.2008

Et quel candidat artelait en 2007 :



"Je veux un peupe de propriétaire!"
"Le premier moyen d'y parvenir, c'est d'utiliser le crédit hypothécaire. Cela paraît très compliqué, mais c'est en réalité très simple. C'est ce qui permet à près de 70% des Britanniques et des Américains d'être propriétaires de leur logement, contre 56% en France. Dans ces deux pays, les crédits sont garantis par l'existence du bien. En France, nous privilégions la garantie sur les personnes, ce qui conduit les établissements bancaires à écarter du marché du crédit tous ceux dont la situation professionnelle n'est pas assez stable pour assurer des revenus durables. Cette tradition n'est pas une fatalité. Il suffit de changer les règles prudentielles imposées aux banques, de simplifier le recours à l'hypothèque et d'en réduire le coût."

LUI :

http://sites.univ-provence.fr/veronis/Discours2007/transcript.php?n=Sarkozy&p=2006-09-14&e=hypothécaire&e2=#n1


Bravo pour votre billet!

Ecrit par : Alcibiade | 29.03.2008

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