03.04.2008

OTAN : retour vers le passé

Le candidat atlantiste Nicolas Sarkozy avait modéré ses prises de position dans la dernière ligne droite de la campagne présidentielle, sous l’influence d’Henri Guaino. Une fois avoir atteint son Graal, Sarkozy l’Américain reprend le dessus comme le montrent les derniers développements sur l’OTAN.

Hier soir au zapping de Canal Plus, on voyait le candidat Sarkozy affirmer avec gravité qu’il ne voyait plus l’intérêt d’une participation de la France à l’opération américaine en Afghanistan. Le candidat qui affirme toujours « qu’il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit » a une nouvelle fois trompé son monde. L’envoi de sept cent soldats français ne sert absolument à rien par rapport à l’engagement déjà pris, dans une opération dont on a de plus en plus de mal à comprendre pourquoi elle se poursuit, plus de six ans après son démarrage. En effet, ce ne sont pas ces quelques soldats Français qui vont changer quoique ce soit étant donné qu’il y a près de quarante mille soldats occidentaux en Afghanistan.

En fait, ce geste de la France est un nouveau et incompréhensible geste en direction de l’administration Bush. Il est d’ailleurs particulièrement choquant que le président ait annoncé l’envoi de ce nouveau contingent au parlement britannique, dans un geste d’allégeance qui n’a pas de précédent depuis longtemps. Nicolas Sarkozy aurait dû annoncer cette décision en France, et non pas à l’étranger. Pire, petit à petit, le président se rapproche de l’OTAN, tout d’abord de manière insidieuse en laissant le ministre de la Défense exprimer sa conviction que la France devait rejoindre l’OTAN sans le contredire. La réunion d’aujourd’hui a bien montré que l’intention finale est de réintégrer complètement l’organisation, que nous avions quitté en 1966.

Pourtant, la pertinence de la participation de la France à l’OTAN est encore moins grande qu’il y a 42 ans quand le Général de Gaulle l’avait quittée. La France avait pris cette décision parce que les Etats-Unis avaient la haute main sur toutes les décisions et que la France ne pouvait pas accepter de n’être qu’un pion, même dans le contexte de la Guerre Froide. La situation a changé, mais pas les statuts de l’OTAN. On se demande pourtant quelle est la pertinence d’une organisation conçue aux débuts de la guerre froide et revenant à un blanc seing des pays européens participants pour confier leur défense aux Etats-Unis. Le contexte international actuel devrait disqualifier l’OTAN, qui consacre surtout la domination américaine et pousser la création d’une véritable organisation européenne.

Nicolas Sarkozy réagit comme un homme politique de la Quatrième République vis-à-vis des Etats-Unis dans sa volonté aveugle de dire et faire tout ce qui plaît de l’autre côté de l’Atlantique. Pourtant, dans ce nouveau contexte, l’Europe devrait chercher à exister elle-même, indépendamment de l’Oncle Sam.

Source : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/04/03/la-france-va-envoyer-un-bataillon-supplementaire-en-afghanistan_1030333_3216.html#ens_id=999411

http://www.lemonde.fr/organisations-internationales/article/2008/04/03/l-otan-devrait-s-elargir-a-l-albanie-et-a-la-croatie_1030334_3220.html#ens_id=1020072

Commentaires

Voir aussi le lumineux entretien avec E. Todd qui introduit judicieusement le terme d' "occidentalisme" comme pendant à l' "islamisme".
http://www.marianne2.fr/Emmanuel-Todd-Si-la-France-devient-le-caniche-des-USA,-elle-disparaitra-_a85544.html?PHPSESSID=9422ad713b004b9e37de3390ecf795be

Écrit par : georges | 03.04.2008

L'alliance atlantique fondée en avril 1949 siège à Bruxelles. Pour accomplir sa mission qui consiste à prévenir et à gérer les crises elle s'est dotée d'une organisation militaire intégrée sous commandement américain (l'OTAN) organisation du traité de l'atlantique nord. Contrairement aux idées reçues la France fait partie de l'OTAN au même titre que 25 autres pays européens + 2 pays d'Amérique du nord (EU et Canada)

Lorsque l'OTAN a fêté son cinquantenaire en 1999 le mur de Berlin n'était plus, la guerre froide avait pris fin, le contexte politique ou plutôt géopolitique avait radicalement changé. En Europe 2 conceptions se sont opposées. La France favorable à une Europe européenne et à une défense indépendante de celle l'OTAN et les britanniques favorables à une défense dépendante de l'OTAN.

Je pense donc que votre billet aurait mérité plus de précisions.
Vous dites "Pourtant, la pertinence de la participation de la France à l’OTAN est encore moins grande qu’il y a 42 ans quand le Général de Gaulle l’avait quittée".
Non, la France n'a jamais quitté l'OTAN. En 1966 de Gaulle fera savoir que la France, tout en demeurant dans celle-ci, se retire de l’organisation militaire instituée postérieurement à sa conclusion par diverses conventions multilatérales et accords particuliers franco-américain

Vous dites "Pire, petit à petit, le président se rapproche de l’OTAN, tout d’abord de manière insidieuse en laissant le ministre de la Défense exprimer sa conviction que la France devait rejoindre l’OTAN sans le contredire"
La France ne peut rejoindre l'OTAN puisqu'elle ne l'a jamais quittée.

Entendons nous bien, en 1966 le général de Gaulle a décidé que la France, tout en restant dans l'OTAN, quittait son organisation militaire. Ce n'est pas la même chose

Cordialement

Écrit par : flamant rose | 03.04.2008

@ Flamant rose

C'est juste, j'aurai dû parler de l'organisation militaire de l'OTAN et pas de l'OTAN globalement, même si cela ne change en aucun cas le sens du billet.

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 04.04.2008

Bonjour Laurent,

Je voudrais soumettre à votre réflexion l'avis qui suit.

Depuis la visite de Nicolas Sarkozy aux Etats Unis alors qu'il était ministre de J Chirac il a été traité de caniche de G Bush. Il est qualifié d'Atlantisme et sa réflexion sur la réintégration de la France dans l'organisation militaire de l'OTAN a été l'occasion d'entendre tout et son contraire. Vous êtes issu de la même famille gaulliste que moi, peut être avez vous comme moi milité au RPR de nombreuses années donc ce n'est pas à vous que je ferai un rappel sur les raisons qui ont poussé le général à la décision qu'il a prise en 1966.

J' ai relu dernièrement dans les 5 tomes de "discours et messages", les allocutions du général lorsqu'il était reçu ou qu'il recevait un représentant des Etats Unis (président, ambassadeurs…). Vous possédez certainement ces documents. Même lorsque de Gaulle est virulent sur la politique américaine, il redit son amitié au peuple américain, l'exemple type est le discours de Phnom Penh. De Gaulle est d'une virulence rare et pourtant il redit son amitié au peuple américain.

La "peut être décision" du président et l'envoi de 800 soldats en Afghanistan ont suscité toutes les rumeurs. Mais au sommet de Bucarest coup de théâtre, la France et l'Allemagne s'opposent à l'entrée de l'Ukraine et de la Géorgie dans l'OTAN. Avec cette décision la France s'oppose frontalement aux Etats Unis et s'accorde avec la position de Moscou et dans le même temps effectue un rapprochement avec l'Allemagne.

L'atlantisme supposé de Nicolas Sarkozy est-il si profond que cela ? Le président ne donne t-il pas priorité aux enjeux stratégiques par rapport à son amitié pour G Bush ? N'a t-il pas voulu signifier par cette opposition qu'il prenait en compte l'avenir d'une Europe européenne ? N'a t-il voulu signifier que l'Afghanistan n'était pas un domaine réservé aux Etats Unis ? Il a montré qu'il avait la capacité de se conduire en véritable chef de l'état. En clair ses opposants n'ont-ils pas eu une vision à courte vue en le condamnant trop tôt ?

Je pense et j'ose espérer que Nicolas Sarkozy se montrera assez fin pour ne pas suivre dans leur démarche les américanophobes qui ont une réflexion limitée et qui par principe souhaitent le voir tourner le dos aux Etats Unis, mais que en même temps il opérera un rapprochement avec Moscou.

Votre avis

Écrit par : flamant rose | 07.04.2008

@ Flamant rose,

Commentaire très intéressant : en effet, la prise de position de la France sur l'admission de l'Ukraine et la Géorgie est plutôt positive. Néanmoins, la potentielle réintégration de la France dans le commandement militaire de l'OTAN est pour moi un point plus grave car l'OTAN n'a plus vraiment de légitimité depuis la chute du mur de Berlin. Il faudrait organiser une véritable Europe de la Défense complètement indépendante des Etats-Unis.

Cette volonté d'indépendance ne vient d'un anti-américanisme primaire. L'amitié entre nos deux peuples, scellée au XVIIIème siècle quand la France aida les Etats-Unis naissants à se libérer de l'Angleterre, est une composante essentielle de notre politique étrangère. Dominique de Villepin le rappelle également, comme il l'a fait jeudi aux Mardis de l'ESSEC. Mais cette amitié n'a que plus de valeur si la France est vraiment indépendante. D'ailleurs, il me semble que le Général fut le premier à soutenir les Etats-Unis lors de la crise des missiles de Cuba.

Malheureusement, je crains que Nicolas Sarkozy soit trop proche des Etats-Unis d'un point de vue idéologique (religion, croyance forte en l'inné, fascination par rapport au pays...). C'est ce qui ressort de la lecture de Témoignages, Libre ou de son livre sur la République, la religion et l'espérance. A l'exception près de l'admission de l'Ukraine ou de la Géorgie, il fait preuve d'un suivisme inédit (Afghanistan, OTAN, l'arrogance de la France en 2003), plus fort encore que celui des anglais.

A dire vrai, j'ai du mal à trouver une véritable ligne directrice dans sa politique étrangère hormis ce suivisme tant il y a un décalage entre les mots et l'action. Sur l'Europe, il dénonce justement certains dysfonctionnements mais ne saisit pas l'opportunité du traité de Lisbonne pour vraiment essayer de les corriger. En campagne, il dénonce le réalisme chiraquien, les honneurs faits à des dictateurs ou notre politique africaine pour ne finalement pas changer grand chose et organiser le malheureux épisode de la visite de Khadafi. Je doute beaucoup de sa vision internationale, même s'il est vrai que je suis de parti-pris.

Résultat, pour moi, même s'il y a des exceptions, le bilan global reste un suivisme assez systématique des Etats-Unis, que je réprouve.

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 07.04.2008

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