04.04.2008
Dominique de Villepin, essence présidentielle
Hier soir, l’ancien Premier Ministre était l’invité des Mardis de l’ESSEC, qui se tenaient un jeudi pour l’occasion. Une occasion de constater à nouveau que tout le monde n’a pas forcément besoin d’efforts pour faire président…
C’est devant un amphithéâtre archi-comble que Dominique de Villepin a répondu pendant plus de deux heures aux questions des étudiants. International, Sarkozy, institutions, laïcité, il a abordé de nombreux sujets tout en définissant une véritable philosophie du pouvoir et de la vie. L’international demeure le sujet de prédilection de l’ancien ministre des affaires étrangères dont le discours à l’ONU du 14 février 2003 demeurera un moment fort de notre Histoire. À une question sur ce qu’il avait ressenti personnellement ce jour-là, Dominique de Villepin est rentré dans un registre plus personnel en disant qu’on peut se préparer toute une vie pour un moment comme cela, que défendre un tel principe, qui le dépassait, donnait du sens à une vie par-delà toutes les difficultés de la politique.
L’ancien diplomate a fait un tour de l’actualité internationale en exposant les grands principes qui le guident. S’inscrivant dans la droite ligne du Général de Gaulle et de Jacques Chirac, il a plaidé pour un respect de toutes les cultures et une meilleure écoute de l’occident à l’égard des autres pays. Il a souligné à quel point la position de la France en 2003 avait été essentielle pour l’équilibre de la planète dans la mesure où notre opposition (avec l’Allemagne et la Russie) à l’attaque américaine a permis d’éviter de transformer cette invasion en guerre de civilisation de l’Occident contre l’Orient ou en une nouvelle croisade contre l’Islam qui aurait pu enflammer de manière très dangereuse le globe. Dominique de Villepin a souligné à quel point la France peut être le trait d’union entre l’Ouest et l’Est, le Nord et le Sud, parce que nous cherchons à comprendre les autres sans chercher à imposer notre modèle.
En cela, il a souligné l’échec de la politique américaine au Moyen-Orient, que ce soit en Afghanistan ou en Irak, en montrant bien que ces invasions n’avaient absolument rien réglé et qu’elles avaient plutôt contribué à envenimer une situation qui n’en avait pas besoin. Il a dénoncé l’enlisement de la situation en plaidant pour l’instauration de mandat à durée limitée en posant la question du nécessaire renouvellement du mandat d’intervention en Afghanistan, qui date d’octobre 2001. Il a tenu à souligner que ses propos étaient les propos d’un ami qui parle franchement à un autre ami et qu’il n’était animé d’aucun antiaméricanisme. Enfin, il a souligné à quel point la situation au Moyen-Orient devait être la priorité de la communauté internationale, dont il a souligné qu’elle manque de structures pour trouver des solutions aux crises.
Dominique de Villepin a également affirmé que trouver une solution à la crise israélo-palestinienne était beaucoup plus important pour les droits de l’homme que les questions du boycott de la Chine, même s’il a souligné qu’il donnait la priorité à la défense des valeurs sur les intérêts matériels. Il a plaidé pour maintenir une pression diplomatique réelle mais discrète et s’est demandé si certains ne se donnaient pas bonne conscience en prenant des postures déconnectées de tout souci d’efficacité, critiquant implicitement la position d’Alain Juppé, prise « dans la solitude du petit matin devant son écran ». Il a souligné qu’il fallait faire cheminer les droits de l’homme au fond et que, de toutes les façons, la Chine avait besoin d’une solution au problème tibétain d’ici les Jeux pour éviter tout débordement.
L’international a évidemment été un moyen de prendre ses distances avec Nicolas Sarkozy en réaffirmant le principe cardinal d’indépendance de la France et de l’Europe, que l’OTAN dans sa forme actuelle ne respecte pas. Il a également souligné ses divergences avec les prises de position du président sur la religion en affirmant qu’il ne fallait pas opposer curé et instituteur et qu’il convenait de conserver la stricte séparation entre Etat et religion quand on voit les ravages du fondamentalisme religieux. Il a également affirmé que la Constitution n’avait pas besoin de toilettage dans la mesure où elle est suffisamment souple pour s’adapter au style de chacun et qu’il pense que la réforme des institutions n’est vraiment pas une priorité par rapport à ce qui reste à faire d’un point de vue économique et social.
Le plus frappant a clairement été la tonalité toute présidentielle de Dominique de Villepin, qui, outre une très grande maîtrise des dossiers, a développé des convictions profondes et une philosophie de vie (effort, ouverture aux autres, curiosité au-delà de la politique). Tout ce qu’on pourrait attendre d’un président…
13:41 Publié dans Actualités, International, Sarkozy, Villepin | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : villepin, mardis de l'essec, afghanistan, irak




Commentaires
Un gaulliste ça s'attaque de préférence à la corruption qui est actuellement la gangrène qui prolifère avec ce gouvernement... L'urgence n'est pas aux réformes structurelles de ce pays (qui sont d'aimables diversions), mais bien à la lutte contre la corruption qui côute 19 milliards à la FRANCE chaque année. Alors Dominique de VIllepin s'ocuper de la corruption ...Il est impossible de la faire croire à Zadig.... WWW;acme-eau.org/luttedezadig/
Ecrit par : zadiglevizir | 04.04.2008
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