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13.04.2008
Gaullisme, leadership et idéologies
Roland Hureaux a compilé dans un ouvrage appelé « L’actualité du gaullisme » une série d’études sur de Gaulle et le gaullisme. Bien loin du livre politique ou même d’une histoire du gaullisme, il fournit des éclairages très intéressants sur la pensée du Général.
À dire vrai, le titre de l’ouvrage « L’actualité du gaullisme » est un peu trompeur dans la mesure où ce n’est que le titre de la première des cinq études présentes dans cet ouvrage. Outre l’actualité du gaullisme, Roland Hureaux propose une analyse des « sources du gaullisme : Chateaubriand et le libéralisme catholique », une étude de « la politique, la guerre et le verbe ». Puis il soutient que le gaullisme est « une politique sans idéologie » avant de se demander si « le Général fut infaillible ». Ces cinq études ont en commun une profondeur d’analyse intéressante ainsi qu’une volonté de tous les instants d’apporter un éclairage différent sur le gaullisme. En cela, ce livre offre une lecture plus enrichissante que la énième biographie du Général.
La première étude sur « l’actualité du gaullisme » présente une analyse originale puisque Roland Hureaux attribue l’actualité de la pensée du politique du Général de Gaulle à des fondamentaux très simples qu’il résume ainsi : « la politique consiste à bien diriger un groupe humain donné à un moment donné ». L’auteur décrit ainsi le Général comme un dirigeant au « leadership » exceptionnel (il emploie lui même ce terme, sans véritable équivalent en français). Il souligne son réalisme et son franc-parler, nécessaire à la conduite de la France. Il montre également son côté visionnaire, qui lui a fait continuer à parler de la Russie au lieu de l’URSS, qui n’était pour lui qu’une incarnation temporaire et impériale de la « Russie de toujours ».
L’auteur soutient que la croyance en la nation du Général tenait de « l’observation d’un fait empirique et non pas d’une option métaphysique », comme pour les nationalistes. Ce principe lui commandait un respect de tous les instants des réalités nationales, qui ne devaient pas être humiliées puisque « la nation n’est pas la source des conflits ; en revanche la négation de la nation est à l’origine de toutes les guerres ». Roland Hureaux traduit justement que « pour aimer les autres peuples, (…) il faut commencer par aimer le sien propre ». Il insiste sur l’humanisme du Général, qui avait expliqué en conférence de presse que « la seule querelle qui vaille, c’est celle de l’homme ». Il détaille ensuite les qualités de chef du Général, sa liberté, ses valeurs, sa capacité d’adhésion, son réalisme qui lui faisait toujours regarder la réalité en face, alors que les régimes autoritaires mentent.
Le deuxième apport capital à la réflexion sur le gaullisme de Roland Hureaux est son étude « une politique sans idéologie ». À dire vrai, cette partie m’a beaucoup surpris au début dans la mesure où le Général était un homme de convictions et que le gaullisme me semblait pouvoir être une idéologie, au sens de système de pensée politique, système d’idées. L’auteur dénonce avec violence les excès consubstantiels des idéologies en les qualifiant « d’intolérantes et antidémocratiques », en soulignant leur tendance à refuser la réalité pour des « chimères ». Il souligne que le Général tenait aux réalités nationales par sentiment mais aussi par raison. Il souligne que le pragmatisme du Général, qui tenait à la « doctrine des circonstances », l’opposait fondamentalement aux idéologies. Roland Hureaux termine néanmoins son étude en soulignant que la politique du Général de Gaulle fut néanmoins inspirée par des principes.
L’intérêt de ce livre réside clairement dans sa capacité à provoquer la discussion et la réflexion, du fait de ses parti pris très tranchés. Je ne suis néanmoins pas complètement d’accord avec son analyse des qualités de chef (le « leadership ») du Général. A lire l’auteur, on a presque l’impression que le rôle de Président de la République s’apparente à celui de patron d’une grande entreprise. Si, bien sûr, les politiques peuvent apprendre du monde l’entreprise, je ne crois pas qu’on puisse aller au-delà. Le pragmatisme, le réalisme et le franc-parler ne sont pas tout. Un chef politique se doit de donner du sens à son action pour faire avancer une nation, expliquer la direction qu’il souhaite faire prendre au pays et ce sens ne peut venir que de convictions fortes. Et pour moi, les portraits du Général en chef pragmatique et réaliste me semblent toujours oublier la dimension romantique et idéaliste du personnage.
Et pour cela, il a besoin de faire reposer cette action sur des valeurs, des principes auxquels une majorité de citoyens ont adhéré lors d’élections. Je souscris volontiers à l’analyse de l’auteur sur les excès de l’idéologie, qui peut pousser à un dogmatisme irréaliste et mensonger. Je suis également d’accord sur le fait que la pensée du Général ne correspond pas à une idéologie stricte et qu’elle repose plutôt sur quelques grands principes, que ce soit sur l’organisation institutionnelle, la politique étrangère, le respect des réalités nationales, l’humanisme, la laïcité… Néanmoins, ne peut-on pas se demander si cette addition de principes ne forment pas un embryon d’idéologie ? Le gaullisme pourrait d’ailleurs être prémuni des excès de certaines pensées par son réalisme, son humanisme ou sa croyance sans faille à la démocratie. Mais tout dépend de là où l’on met le curseur entre principes et idéologie.
Que l’on soit d’accord ou pas avec les théories de Roland Hureaux, elles constituent une base de réflexion intéressante car elles sont bien argumentées, même si l’auteur n’hésite pas à dessiner un portrait très engagé et personnel du Général. Il apporte ainsi sa pierre à l’analyse du gaullisme.
Source : L’actualité du gaullisme, Roland Hureaux, éditions Combats pour la liberté de l’esprit, François-Xavier de Guibert
12:08 Publié dans Gaullisme, Livres | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : de gaulle, roland hureaux, gaullisme



Commentaires
De Gaulle visionnaire ?
Dans "De Gaulle mon père" livre d'entretien de Philippe de Gaulle avec Michel Tauriac, Philippe de Gaulle dit je cite " Son côté visionnaire c'est de la poésie, une légende. Il n'a jamais été visionnaire. Qu'il ait cherché à discerner l'avenir, c'est sûr, mais il n'était pas un voyant extra lucide. Il prévoyait ce qui pourrait se passer compte tenu des données qu'il avait rassemblé et dont la conclusion logique découlait des hypothèses. S'il lui arrivait de parler de ses "antennes" pour signifier qu'il avait pressenti quelque événement, il ne faut pas imaginer qu'elles captaient tout par l'opération du Saint-Esprit. Ses prédictions étaient le fruit d'une longue et patiente analyse.
Philippe de Gaulle donne plusieurs exemples et parle également et entre autre de la Russie et de l'URSS.
Ecrit par : flamant rose | 14.04.2008
@ Flamant rose
Je me souviens de ce point évoqué par son fils. Il me semble qu'il évoque également le fait qu'il parlait de troisième guerre mondiale...
En disant visionnaire, je ne cherchai pas à dire qu'il avait des dons. Sa capacité à anticiper certains événements venait bien sûr de sa culture et de sa capacité de raisonnement.
Et il l'a montré sur de nombreuses questions : les blindés (malheureusement, l'Allemagne en tira les leçons, contrairement à la France), la fin du conflit (qu'il anticipé dès le 18 juin 1940), la question du communisme...
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 14.04.2008
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