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14.04.2008

Le difficile débat sur les OGM

L’incident diplomatique entre Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-Louis Borloo et Jean-François Copé lors du débat sur les OGM à l’Assemblée a malheureusement quelque peu camouflé certaines questions importantes, d’autant plus difficiles à percevoir dans un débat aussi tendu.

Oui, les OGM peuvent aider la planète à nourrir sa population, enjeu redevenu d’actualité depuis quelques mois, dans la mesure où les variétés ainsi modifiées peuvent avoir de meilleurs rendements grâce à leur résistance aux parasites ou aux maladies. Oui, les OGM contribuent de manière décisive à la recherche médicale puisque grâce aux manipulations génétiques, on peut, par exemple, produire de l’insuline (ce que la plupart des anti-OGM acceptent). Il est vrai également que les progrès de la science ont toujours effrayé les hommes et que cette peur peut parfois disqualifier des avancées importantes pour l’humanité.

Mais, tout n’est pas si rose. Tout d’abord, les OGM constituent aussi une rente pour les entreprises qui les commercialisent. Monsanto vend notamment des plants résistants à son herbicide vedette de manière à en forcer l’achat puisque les autres herbicides tuent les plants. Il est également possible de contraindre l’achat tous les ans de nouveaux plants de maïs en programmant génétiquement les plantes pour qu’il ne soit pas possible d’utiliser une partie de la récolte pour les semis de l’année suivante. Bref, le progrès de l’humanité n’est pas le moteur de Monsanto, mais bien la quête de profits (qui ont doublé en 2007). Les OGM sont donc surtout une manne pour ses promoteurs. Tout ceci jette un voile trouble sur les ambitions réelles de ses partisans, surtout depuis que quelques membres de l’UMP ont dénoncé l’influence de Monsanto sur leurs collègues.

Il est clair que les intérêts financiers compliquent l’analyse des OGM. Car, ce sont des motifs économiques qui avaient poussé à l’utilisation de farines animales dans l’alimentation des bovins, qui avait provoqué le scandale de la vache folle. En outre, les OGM ont la fâcheuse tendance à se répandre de manière désordonnée dans la nature, du fait de la pollinisation. Résultat, un producteur bio s’est récemment retrouvé avec des traces d’OGM dans sa production ! Il est donc important de mieux cloisonner les différentes productions. Il est aussi essentiel de permettre aux consommateurs de choisir s’ils souhaitent consommer ou non des OGM, ce que certains lobbystes essaient d’empêcher à Bruxelles. De tels agissements jettent un voile trouble sur les motifs profonds des producteurs.

En outre, la communauté scientifique est aujourd’hui assez divisée entre ceux qui soulignent à raison que les OGM ne semblent pas avoir eu d’effets nocifs sur l’homme aujourd’hui et ceux qui s’accrochent au principe de précaution. Malheureusement, comme pour la cigarette ou certaines substances toxiques, on voit qu’attendre les preuves concrètes de toxicité peut être dangereux et que le comportement de ceux qui les commercialisent n’est pas à l’abri de tout reproche. Cela impose donc le principe de précaution. C’est pourquoi il faut bien isoler toute expérimentation d’OGM et privilégier la culture sous serre pour ne pas « contaminer » les autres cultures. Il est aussi crucial que les études sur la toxicité des OGM soient conduites par des personnes complètement indépendantes des entreprises qui les commercialisent.

Le débat sur les OGM est rendu plus difficile par les anathèmes que chaque camp jette à l’autre, souvent de manière malhonnête. La voie choisie par le gouvernement, semble, cette fois, assez équilibrée, plus que celle de la majorité de l’UMP.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/04/09/nathalie-kosciusko-morizet-presente-ses-excuses-a-mm-cope-et-borloo_1032825_823448.html#ens_id=1019229

Commentaires

Je n'ai pas d'avis tranché sur la loi OGM mais je me pose des questions. Pourquoi soi disant au nom du principe de précaution on interdirait les OGM alors que l'on interdit pas au nom du même principe de précaution les téléphones portables, les lignes à très haute tension à proximité des habitations dont on ignore encore les effets désastreux que cela peut avoir pour l'avenir. Par ailleurs pourquoi interdire les OGM dont est sûr de rien alors que l'on est au contraire certain que les pesticides sont dangereux et malgré tout autorisés et si on n'est pas convaincu il suffit d'aller constater dans certaines de nos rivières les poissons morts. On nous dit que les OGM sont dangereux c'est du peut être, les pesticides qui vont polluer les poissons et les légumes que nous mangeons c'est du sûr. Alors entre le peut être et le sûr…….

Le principe de précaution ferait-il partie d'un lobbie ? serait-il sélectif

Ecrit par : flamant rose | 14.04.2008

En effet, le débat sur les OGM est complexe car il mèle des arguments économiques, scientifiques et éthiques. En ce qui me concerne, c'est sur ce plan que je me place pour y être défavorable. Il me semble qu'en modifiant le patrimoine génétique d'une espèce, on touche à quelque chose de "sacré" . L'homme se veut l'égal de Dieu et c'est cela qui est choquant.

Quand je lis qu'il y a des recherches en cours pour arriver à produire des saumons de la taille de requins, ça me fait froid dans le dos. Pourquoi pas aussi des vaches-éléphant ??

Flamant rose a raison de souligner qu'il y a aussi des risques établis qui sont parfaitement assumés. Les pesticides notamment. La différence c'est que ces pollutions sont "juste" dangereuses. Elle n'enfreignent pas une barrière éthique. Pourtant les pollutions électomagnétiques et chimiques sont certainement infiniment plus dangereuses que le risque de dissémination génétique.

Ecrit par : malakine | 14.04.2008

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