19.04.2008
Une diplomatie en lambeaux
Si les média sont aujourd’hui beaucoup plus critiques à l’égard de Nicolas Sarkozy, il est un domaine où une certaine complaisance reste de mise : la politique étrangère. Il y a un très grand écart entre la perception des initiatives du président à l’étranger et la façon dont elles sont présentées en France.
En effet, un certain nombre de Français (certes diminuant) pensent encore que Nicolas Sarkozy a dynamisé la place de la France dans le monde. Pourtant, sur ce point, Jacques Chirac avait fait beaucoup. Si sa prise de position contre la guerre en Irak avait froissé les Américains et leurs alliés, une majorité de pays avaient été heureux de trouver un pays comme de prendre la tête de l’opposition à la position des Etats-Unis. Et le temps a donné raison à la France. Jamais la France n’avait autant compté dans le monde depuis longtemps, sans doute depuis le Général de Gaulle. En outre, le grand intérêt de Jacques Chirac pour les cultures non-occidentales lui avait permis de créer un lien avec de nombreux pays qui avaient été agréablement surpris par l’intérêt profond d’un chef d’Etat occidental pour leurs cultures.
Nicolas Sarkozy réussit encore à donner le change dans la presse française grâce à ses nombreux déplacements, au traité de Lisbonne et à son Union Méditerranéenne. Mais, dans la réalité, la situation n’est pas si rose. Le couple franco-allemand, pierre angulaire de notre diplomatie depuis 45 ans traverse sa plus forte crise. Alors que tous les dirigeants précédents avaient réussi à développer une véritable entente stratégique, Nicolas Sarkozy ne s’entend vraiment pas avec Angela Merkel, qui n’apprécie ni le style, ni ses initiatives souvent désordonnées et mal préparées de notre président. La chancelière allemande s’est même permise de lui offrir un stylo quelques jours après la visite en Roumanie où Nicolas Sarkozy avait demandé à garder le stylo avec lequel il avait signé un accord. L’ironie de ce présent illustre sans doute bien le niveau de considération d’Angela Merket pour notre président…
Mais ces tensions ne sont qu’un détail à côté de la réalité des négociations diplomatiques. Sur l’Union Méditerranéenne, Nicolas Sarkozy a cédé sur tout puisque cette Union, qui devait être indépendante de l’Union Européenne et ne concerner que les pays bordant physiquement la Méditerranée, concernera finalement tous les pays de l’Union (y compris la Scandinavie…) et a été rattachée à une initiative antérieure qui végétait. Bref, la diplomatie française n’a pas obtenu grand chose, tout comme lors de la négociation du traité de Lisbonne. La capitulation des positions françaises a alors été présentée comme une victoire diplomatique, alors que nous n’avions quasiment rien obtenu. L’alignement sur les Etats-Unis a fait perdre l’originalité et la liberté de notre diplomatie et donc notre influence. Enfin, la désastreuse visite de Kadhafi a montré que l’argent permettait presque tout…
La « rupture » si chère à Nicolas Sarkozy a bien eu lieu sur le plan diplomatique. Mais contrairement à ce que beaucoup de média français soutiennent encore, elle a eu pour principal effet de considérablement diminuer l’influence de notre pays...
15:57 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : diplomatie, sarkozy, merkel, etats-unis




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