22.04.2008
Crise financière : deux poids, deux mesures
Soixante-trois milliards d’euros : c’est le montant des liquidités que la Banque d’Angleterre va injecter sur le marché financier anglais ! Une somme qui conduit à se poser des questions sur les priorités de nos économies …
Cette initiative historique de la Banque d’Angleterre a pour objectif de ramener la confiance sur un marché financier asphyxié par une grave crise de liquidités. Malgré la détente des taux d’intérêts directeurs de la banque centrale, la méfiance des acteurs financiers a renchéri le coût du crédit et provoqué une restriction des crédits à la consommation, qui pèse sur les dépenses des ménages, et donc la croissance, entraînant un cercle vicieux pour l’économie tout entière. La Banque d’Angleterre suit donc l’exemple de la banque centrale américaine et va notamment racheter aux banques britanniques les crédits immobiliers pour les échanger contre des emprunts d’Etat. En contrepartie, les établissements bancaires devront faire toute la lumière sur leurs comptes.
Cette intervention pose une double question. Tout d’abord, elle illustre à nouveau les limites d’une économie de marché où, finalement, le marché fait mal son travail. Une nouvelle fois, les acteurs économiques ont cédé à « l’exubérance irrationnelle » pour reprendre les termes d’Alan Greenspan, ancien patron de la Fed. Les prix de l’immobilier ont explosé dans beaucoup de pays, au point d’atteindre des valeurs sans commune mesure avec la réalité. Ce phénomène n’est malheureusement pas nouveau puisqu’une bulle s’était déjà formée au tournant du siècle, avec des valorisations complètement aberrantes pour les sociétés de télécommunication ou opérant sur Internet. C’est ainsi que France Telecom ou Deutsche Telekom ont perdu près de 90% de leur valeur, signe que la valorisation des marchés était plus que déficiente.
Le problème est que l’éclatement de ces bulles, comme en 2001, se répercute sur l’économie réelle et entraîne un ralentissement économique qui se traduit en général par une augmentation du chômage et des difficultés économiques pour les ménages les moins aisés. Et c’est là que les interventions actuelles posent question. En effet, l’Etat injecte des milliards pour sauver les banques. C’est sans doute la meilleure solution puisque sans aide, nous pourrions tomber dans un scénario proche de la Grande Dépression des années 1930. Néanmoins, il est difficile de ne pas être choqué devant les montants utilisés pour sauver des banques alors qu’aux Etats-Unis, des centaines de milliers de ménages ont perdu leur maison et n’ont pas été aidés, alors qu’ils sont les victimes des excès du marché.
Il est souhaitable que l’Etat intervienne pour sauver un marché déficient et éviter une crise plus forte encore. Mais il est choquant de voir cette aide se concentrer uniquement sur les banques et ignorer les premières victimes de cette crise. Un nouvel exemple du « deux poids, deux mesures ».
Source : http://www.lefigaro.fr/marches/2008/04/21/04003-20080421ARTFIG00262-la-banque-d-angleterre-a-l-assaut-de-la-crise-.php
14:13 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, angleterre, subprimes




Commentaires
Il y a une info dont tu parles qui m'avait échappé dans cette affaire. Tu parles de rachat de créances immobilières. Mais il s'agit des prêts subprimes titrisés ou bien il y a aussi un problème de solvabilisation des emprunteurs propres à l'angletterre ?
Écrit par : malakine | 23.04.2008
@ Malakine,
L'article n'est pas très clair là-dessus, mais je crois qu'il s'agit d'un problème propre au marché anglais, où les emprunts sont majoritairement à taux variables.
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 23.04.2008
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