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24.04.2008

La croisade de l’euro cher

1,60 dollars : l’euro a de nouveau battu un record cette semaine. En quelques années, le cours de la monnaie unique a doublé, conséquence de la politique monétariste de la BCE. Une politique malheureusement décidée à l’abri de toute contrainte démocratique.

Ce sont les déclarations de deux membres du conseil de la BCE qui ont propulsé la monnaie unique vers un nouveau record. Comme le rapporte Le Monde, Christian Noyer a expliqué sur RTL que la banque centrale européenne n’hésiterait pas à agir sur les taux pour lutter contre l’inflation. Son homologue luxembourgeois, Yves Mersch, a fait part de sa surprise que certains économistes espèrent une baisse des taux. Ces déclarations ont complètement remis en cause les attentes des marchés qui attendaient plutôt une baisse des taux de la BCE, pour suivre les décisions de la Fed américaine. L’écart de rémunération entre le dollar et l’euro étant désormais plutôt amené à se creuser, la monnaie unique européenne a de nouveau bondi vers un nouveau record.

Bien sûr, cette hausse va amortir la hausse du prix de l’essence. Mais, comme le dit Christian de Boissieu, président du Conseil d’analyse économique, « monter les taux serait absurde » car « il y a une crise financière et un ralentissement économique global » et que « la BCE est seule contre tous ». En clair, une hausse des taux en Europe ne changera rien à la situation puisque la hausse des prix actuelle est mondiale et nous risquons surtout de nous tirer dans le pied en menant une politique de taux excessivement élevés qui va plus encore ralentir la croissance. Bien sûr, le mandat de la BCE est de veiller sur l’inflation, mais le contexte économique actuel plaide plutôt pour une baisse des taux pour soutenir une croissance flageolante que pour des hausses de taux à contre-courant des autres pays, d’autant plus que la hausse de l’inflation est plus faible en Europe qu’ailleurs…

Mais le plus choquant dans ce nouvel épisode de l’euro cher est de constater à quel point la politique monétaire se décide indépendamment de toute contrainte démocratique et sans le moindre bilan critique de son action, contrairement à tout gouvernement. Car quel est le bilan de l’euro depuis sa mise en place sur les marchés en 1999 et dans les porte-monnaie en 2002 ? Depuis son lancement, la croissance de la zone euro est plus faible, pénalisée par le doublement de la valeur de la monnaie unique par rapport au dollar alors que les deux décennies précédentes avaient vu un rattrapage par rapport aux Etats-Unis. Pire, alors que les politiques avaient réussi à dompter l’inflation, la BCE n’a pas pu empêcher sa résurgence récente. Bref, l’euro cher ne nous a amené ni croissance ni maîtrise des prix. Cet échec devrait entraîner des conséquences, mais la conception des statuts de la BCE l’en empêche.

L’euro cher est depuis son avènement une calamité économique pour l’Europe. Mais le plus choquant reste clairement l’irresponsabilité chronique d’une BCE sans contre-pouvoir. Mais à dire vrai, pourquoi espérer une bonne politique de la part d’une institution irresponsable?

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/04/23/lutter-contre-l-inflation-mais-ne-pas-penaliser-la-croissance-le-cruel-dilemme-de-la-bce_1037288_3232.html#ens_id=1029191

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