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28.04.2008
Les limites d’une présidence
L’intervention télévisée de la semaine dernière a permis au grand communicant de l’Elysée de tenter un nouveau tour de passe-passe : reconnaître des erreurs, mais uniquement sur la forme, de manière à ne pas remettre en cause le fond. Un peu court pour expliquer sa chute dans l’opinion.
S’il a admis des carences au niveau de sa communication, c’est qu’il était difficile de ne pas le reconnaître. Entre une mise en avant inédite de sa vie privée suivie d’un refus de toute exposition à propos de Cécilia, puis un nouveau cycle avec Carla, Nicolas Sarkozy a fait entrer la politique dans une nouvelle ère « people ». Le président et son équipe ont également théorisé la stratégie de créer au moins un événement par jour, afin de mieux maîtriser l’agenda médiatique en effaçant dès le lendemain l’événement de la veille et en dictant les sujets aux médias et à l’opposition. Le problème est que cette tactique donne aussi l’impression d’un tourbillon sans queue ni tête, car les lignes directrices sont difficiles à identifier.
Nicolas Sarkozy aime à répéter qu’il réforme la France comme personne ne l’a fait depuis très longtemps. Ceci est très abusif. Les réformes menées par le gouvernement n’ont pas l’ampleur de celles menées par Jacques Chirac en 1986 ou Lionel Jospin en 1997. On pourrait même contester leur supériorité par rapport aux gouvernements Chirac de 1995, 2002 ou 2005. En un an, les deux principales réformes menées ont été le paquet fiscal et la réforme de la carte judiciaire. Mais à part cela, les autres réformes restent très limitées. Celle du contrat de travail est bien plus limitée que la fusion annoncée de tous les types de contrat. La réforme des institutions reste modeste. Celle de l’enseignement supérieur se limite pour l’instant à l’autonomie des universités, qui faisait l’objet d’un large consensus. Celle des régimes spéciaux de retraites elle ne concerne que cinq cent mille personnes quand le gouvernement Raffarin avait fait passer une réforme pour les cinq millions de fonctionnaires, et a été obtenue au prix de très nombreuses concessions.
On peut également questionner la gestion des priorités du président. Car c’est sans doute en mettant en œuvre tant de réformes qu’il en limite la portée, ne pouvant pas consacrer suffisamment de temps à la mise au point de réformes en profondeur. En outre, Nicolas Sarkozy consacre une part incroyable de son temps pour réconforter la veuve et l’orphelin. Il honore un nombre incroyable d’enterrements de sa présence et s’implique personnellement dans un grand nombre de faits divers. On peut aussi se demander s’il est réellement souhaitable qu’il s’implique à ce point dans une affaire comme celle d’Ingrid Bettancourt, quel que soit le drame qu’elle traverse.
Il est difficile de ne pas voir dans cet éparpillement des interventions un souci de communication qui prend le pas sur la réelle volonté de changer les choses. Depuis deux ans et le virage plus social de sa campagne, Nicolas Sarkozy ne manque pas une occasion pour dénoncer les excès de la spéculation financière (à nouveau attaquée jeudi), mais il n’a toujours pas pris la moindre initiative. De même sur l’euro cher, si souvent dénoncé mais que le président ne semble pas si désireux de corriger. Il y a chez Nicolas Sarkozy beaucoup de postures à vocation uniquement communicante et qui ne se traduise par rien de concret. Les dons d’orateur du président permettent de donner de la sincérité à ses dénonciations, mais les Français découvrent de plus en plus que ce ne sont que des postures…
Car si le président applique une partie de son programme (défiscalisation des heures supplémentaires, bouclier fiscal, réduction de l’impôt sur les successions), le président Sarkozy ne fait pas toujours ce que le candidat Nicolas promettait, loin de là. L’unification du contrat de travail a abouti à son contraire : la création d’un nouveau contrat qui complexifie à nouveau le droit français. La réduction du nombre de ministres et la parité ont été vite oubliés. L’Union Méditerranéenne a été ravalée au rang de gadget lors du dernier conseil européen. Le candidat Nicolas s’était éloigné du ministre atlantiste avec les discours d’Henri Guaino et dénonçait la guerre en Irak et en Afghanistan et n’avait pas de mots trop durs pour dénoncer le « réalisme » de la diplomatie chiraquienne. Résultat, le président Sarkozy s’aligne sur Georges Bush et devient plus réaliste que son prédécesseur en accueillant Kadhafi.
Cette première année de présidence Sarkozy est un vaste gloubiboulga politique où les contraires se mélangent sans grande cohérence. Le sens est sans doute ce qui manque le plus à l’action du président.
14:48 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, rupture, sondages



Commentaires
Petite réflexion
J'ai voté Chaban au premier tour puis Giscard en 74, Chirac au premier tour puis Giscard en 81, Chirac aux deux tours en 88, 95 et 2002, enfin Sarkozy aux deux tours en 2007. J'ai été adhérent et militant de nombreuses années.
Comme beaucoup de militants ou de sympathisants j'ai toujours voté pour le candidat désigné par le parti à la fois par discipline mais aussi et surtout par conviction. Si Sarkozy ne se représente pas en 2012 et que le choix se porte sur de Villepin pour porter les couleurs de l'UMP, pour la première fois depuis 40 ans je me demanderais si je peux voter pour le candidat désigné tant les attaques incessantes du clan villepiniste commencent à me lasser et comme j'ai encore quelques relations je pense ne pas être le seul à me poser cette question. Si la situation devait perdurer jusqu'en 2012, il faudra bien des éléments pour me convaincre de voter de Villepin plutôt que de m'abstenir ou de voter blanc. En mars nous avons perdu les élections municipales parce que nos électeurs ont boudé les urnes, le même effet pourrait se reproduire en 2012 avec pour moi une différence notable c'est que je pourrais pour la première fois faire partie de ces gens là.
Ecrit par : flamant rose | 28.04.2008
@ Flamant rose
Je tiens à préciser que les propos que je tiens dans ce blog n'engage que moi et ne représente pas forcément la pensée des villepinistes. Mon positionnement politique est un peu particulier dans la mesure où je suis à DLR et j'ai voté "non" au TCE (même si je suis pour la construction européenne). Je ne suis donc pas représentatif du courant.
Si je suis si sévère à l'égard de Nicolas Sarkozy, c'est par rapport à ma boussole politique, le Général, ou plus précisément la lecture que je fais du gaullisme et des mes idéaux politiques. Ce jugement est dur, mais je crois qu'il est argumenté. Je n'hésite pas à dire quand je suis d'accord, même si cela n'est pas très fréquent.
A dire vrai, la notion de "camp" politique m'est étrangère. Je crois que les notions de gauche et de droite ne caractérisent qu'imparfaitement nos partis politiques. A titre personnel, j'ai beaucoup d'estime pour Jean-Pierre Chevènement, bien plus que pour l'UMP, même si je n'ai pas toujours été d'accord avec lui. Je n'obéis qu'à mes convictions. Ce sont elles qui me poussent à une telle sévérité à l'égard du président de la République.
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 28.04.2008
Excusez moi flament rose je ne vous trouve pas très cohérent.Le premier à avoir briser les règles du jeu en ne soutenant pas le président de l'époque c'est bien notre président actuel,c'est grace à cela qu'il a été elu LA RUPTURE.
Vous savez si vous voulez que quelqu'un de votre parti soit réelu en 2012 avec les catastrophes que fait notre président actuel(politique interieure et etrangere) ,il ne faudra certainement pas etre assimilé de près ou de loin au pouvoir en place(tout n'est pas perdu pour notre président Sarkozy il lui reste 4 ans mais au train ou vont les choses j'ai de sérieux doutes sur ses capacités car la COM ne fonctionne plus, à part Fillon et un autre que j'apprécie??? son gouvernement est à son image ARRIVISTE/OPPORTUNISTE/EGO DEMESURE qui ne travail pas pour l'interet general )
Je terminerais en disant que pour ma part je n'ai pas envi d'avoir Segolene en 2012 LES EXPERIENCES UNE FOIS avec sarkozy mais PAS DEUX.Il nous faut en 2012 "une equipe qui a fait ses gammes",une equipe avec de l'experience car la situation est très délicate pour la France.
Comment expliquez vous qu'on ait voulu "mettre à genoux" et hors jeu des gens aussi brillants que Juppé et Villepin(alors que la France est dans une phase critique).
Cordialement FH
Ecrit par : FH | 28.04.2008
Je l'ai dit sur ce blog, je ne suis pas spécialement sarkozyste, je suis d'abord et avant tout UMPiste. Sur ce que dit FH "Le premier à avoir briser les règles du jeu en ne soutenant pas le président de l'époque c'est bien notre président actuel". Je suis navré mais c'est faux, en effet c'est E Balladur qui a trahi. Je n'adhère pas à l'idée que ce soit Sarkozy, en effet il est allé voir Chirac et lui a dit très clairement et en face qu'il se rallierait à Balladur. La plupart des chiraquiens ont admis que Sarkozy ne s'est pas conduit comme un "faux cul" contrairement à d'autres. Et puis J Chirac n'avait-il pas pris position en son temps pour Giscard contre Chaban. Je ne l'avais d'ailleurs pas suivi. Et puis le duel de Gaulle / Pompidou n'est pas un secret d'état. La politique est faite de genres d'événements.
Quand FH dit"il ne faudra certainement pas être assimilé de près ou de loin au pouvoir en place". je ne suis pas d'accord Juppé ou de Villepin auront leur chance et je n'aurai aucun état d'âme à voter Jupé au contraire.
Alors bien sûr que Sarkozy a commis des erreurs, surtout de comportement mais dans les réformes structurelles qui s'imposent, un minimum de soutien me paraît nécessaire. On devrait le soutenir lorsqu'il reprend l'idée de la participation. Je prends le pari que quelque soit son successeur il ne reviendra pas en arrière sur les réformes. Et puis moi qui suis très chiraquien je n'ignore pas qu'en en tant que président il a voulu réintégrer la France dans l'organisation militaire de l'OTAN et s'il ne l'a pas fait c'est uniquement parce que les américains ne lui donnaient pas le poste de commandement qu'il sollicitait. A l'époque NDA n'a rien dit. Quand a Juppé si c'est Sarkozy qui a voulu le mettre à genoux et hors jeu alors là FH j'ai du louper un épisode
Ecrit par : flamant rose | 28.04.2008
Je ne savais pas que les flamant rose entrait en HIBERNATION grace à vous je viens de faire une découverte SCIENTIFIQUE .Ou étiez vous donc durant la présidence Chirac???
1/Notre président actuel était POUR LA GUERRE EN IRAK premier point mais évidemment(selon vous) il ne s'opposait pas à l'époque
2/Pour le CPE meme si c'était une présentation maladroite nous savons TOUS DEUX QU'UNE REFORME DU MARCHE DU TRAVAIL ETAIT et EST NECESSAIRE en France la encore il n'a pas soutenu le gouvernement villepin (c'est lui qui a dit a Bruno Juliard de tenir lui certifiant que Villepin allait ceder)DROLE DE SOLIDARITE.Je vous l'accorde sans doute la methode du gouvernement Villepin n'était PAS BONNE...(peut etre???)
3/C'est quand meme lui qui c'est présenté comme candidat sans savoir ce qu'allait faire Chirac à l'époque(c'est de bonne guerre) et Il n'a pas arreté de s'OPPOSER à LUI d'ou le "JE DECIDE IL EXECUTE" de Chirac afin de le remettre au pas.
Mais qu'avez vous fait pendant ces trois dernières années ???
Concernant maintenant Juppé (rires) c'est un coup politique qu'il a fait pour l'évincer de son gouvernement ETES VOUS DONC AUSSI NAIF un GRAND MILITANT COMME VOUS... j'en doute voyez vous.Allons allons Vous devez certainement "avoir de la bouteille" et connaitre les petits stratagemes et calculs des hommes politiques.
Sachez Flamand rose que Villepin a soutenu la dynamique de réforme mais il a demandé MOINS D'EPARPILLEMENT et PLUS de PEDAGOGIE et de SENS ce que devrait savoir faire un veritable meneur.
Cordialement FH
Ecrit par : FH | 28.04.2008
J'ai du mal à percevoir complètement ce que couvre le terme UMPiste. Après tout, c'est un assemblage de centristes, libéraux et post-gaullistes bien hétéroclite.
Je trouve également que Villepin ne doit aucune solidarité à un Sarkozy qui n'en a pas fait preuve pendant cinq ans au gouvernement où il a siégé au conseil des ministres tout en critiquant la voie suivie, manquant au plus élémentaire devoir de solidarité gouvernementale. Chirac n'aurait pas dû accepter cela il est vrai. Il faut noter que DDV n'est pas au gouvernement, ni membre de l'Assemblée. Sa position lui donne donc une totale liberté de parole.
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 29.04.2008
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