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01.05.2008
Rigueur, réformes et du mauvais usage de ces mots
Comme nous avons pu le voir il y a quelques semaines, le terme de « rigueur » est aujourd’hui complètement tabou dans la vie politique. Demain, il pourrait bien advenir le même sort au mot « réforme » s’il continue d’être utilisé de la sorte.
Après tout, une gestion rigoureuse des finances publiques est quelque chose que tout le monde devrait souhaiter. Les centaines de milliards d’euros dépensés par la puissance publique sont l’argent de tous les Français et le moins que l’on puisse attendre de nos dirigeants est un respect constant de cet argent et le souci de le dépenser à bon escient. D’ailleurs, l’argent public fut géré avec rigueur pendant les vingt premières années de la Cinquième République. Si le Général de Gaulle n’acceptait pas que le budget de la nation fût déficitaire, ses deux premiers successeurs poursuivirent une gestion rigoureuse des finances publiques puisque les déficits publics demeurèrent très limités jusqu’en 1981.
C’est en partie parce que le terme rigueur a été associé à des coupes budgétaires et des hausses d’impôts qu’il est devenu tabou aujourd’hui. Mais ce terme est aussi associé au tournant de la rigueur du gouvernement Mauroy et au virage d’octobre 1995 de Jacques Chirac par rapport à la « fracture sociale ». Résultat, le terme « rigueur » est associé à des formes de reniements politiques auxquels le pouvoir actuel ne souhaite pas être associé. L’Elysée ne souhaitait pas donner l’impression d’un changement de politique. D’un côté, il est vrai qu’il n’y a pas eu un tournant comparable aux deux épisodes évoqués, mais on peut penser qu’il serait plus pédagogique de dire que de toutes les façons, la gestion des finances publiques se doit d’être « rigoureuse ».
En revanche, s’il est un terme que le gouvernement et l’ensemble de l’élite politico médiatique ne cessent d’utiliser, c’est bien le mot « réformes ». En général, c’est pour dire que notre pays a besoin de réformes souvent pour rattraper un retard qui aurait été accumulé depuis les années par rapport aux autres pays. Mais en réalité, quand on parle de ces réformes qui s’imposent aux Français, il s’agit presque toujours de décisions douloureuses, de flexibilité accrue, de suppression de postes, de travailler plus pour ne pas forcément gagner plus (comme les employés de Peugeot). Le terme « réformes », quand il est employé par les élites comme une injonction à un peuple qui serait forcément conservateur et attaché à ses petits avantages, est constamment associé à des notions négatives.
J’en viens à me demander si ce n’est pas le meilleur moyen de rendre les Français plus conservateurs qu’ils ne le sont, sachant que je ne les crois pas plus fermés aux changements que les élites, au contraire. En camouflant du terme « réforme » des décisions difficiles pour leur donner une connotation plus positive, nos dirigeants sont en train d’en faire un terme qui pourrait bien devenir repoussoir d’ici quelques années, ou quelques mois. La pédagogie du changement, c’est aussi dire clairement et nettement ce que l’on fait, notamment quand c’est difficile et l’expliquer. La tactique du rideau de fumée a ses limites que la popularité en chute libre de l’exécutif illustre bien aujourd’hui.
Oui, il est normal d’avoir une gestion rigoureuse des finances publiques car c’est ce qui donne in fine une capacité d’action à l’Etat. Oui, les réformes sont nécessaires pour s’adapter, mais elles sont aussi nécessaires pour rendre notre société meilleure, protéger les plus faibles, encourager les talents…
17:18 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : réforme, rigueur



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