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12.05.2008

Sarkozy un an après : les postures comme substituts au sens

Je finis aujourd’hui cette série d’articles sur le bilan de la première année de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. En synthèse se pose la question du sens de cette présidence trophée d’un président qui communique plus qu’il ne dirige notre pays.

Tel est sans doute le destin des ambitieux davantage intéressés par leur épanouissement personnel que le service de la collectivité selon des principes et convictions auxquels ils tiennent. Bien sûr, on pourra dire qu’il y a quelques principes forts dans l’action de Nicolas Sarkozy, comme la valorisation du travail (et la dénonciation des 35 heures). Mais, cela est un peu court comme projet de société et surtout, comment ne pas comprendre que ses déclarations sur le sujet sont surtout des postures commodes destinées à flatter l’opinion. Au final, Nicolas Sarkozy enchaîne les postures communicantes sans parvenir à donner le moindre sens à son action. À chaque jour sa posture, parfois outrancière, et il n’hésite pas à se contredire à quelques jours d’intervalle.

C’est ainsi que le 8 mai, il dénonçait la repentance de la France par rapport à Vichy, s’éloignant des positions de Jacques Chirac. Quelques jours après, il parle de « crime contre l’humanité » à propos de l’esclavage et propose d’intégrer l’esclavage à l’enseignement des élèves du primaire. Le fait qu’ils reçoivent déjà un enseignement sur le sujet, comme l’a souligné le journal Sud-Ouest, montre bien que cette déclaration n’est qu’un coup de communication. De même, le 24 avril, le président a fait un numéro de feinte modestie en admettant des « erreurs de communication ». Puis, deux semaines après, il a rejeté la responsabilité de ses difficultés sur les journalistes, qui joueraient le « rôle de l’opposition » et attaqué Jacques Chirac comme s’il était le chef de l’opposition et ce dernier était encore président. Il faut dire qu’au bout d’un an, il ne semble toujours pas rentrer dans le costume présidentiel.

La présidence de Nicolas Sarkozy se résume à une succession tourbillonnante de postures souvent abusives et bien peu présidentielles. Bien sûr, quelques réformes vont dans le bon sens, mais il manque toujours cruellement de sens global. On ne sait pas vraiment quelle direction il souhaite faire prendre à notre pays, trop soucieux qu’il est de coups (déclarations sur la Shoah, l’esclavage, Guy Moquet…). Le temps qu’il accorde aux faits divers (enterrements de victimes, Ingrid Bettancourt) donne l’impression qu’il cherche plus à être un « super héros » qu’un président. En fait, ces postures communicantes révèlent au mieux un problème de gestion des priorités, mais plus probablement sa priorité pour la forme au détriment du fond.

Quelle est sa vision de la globalisation ? A-t-elle des limites ? Comment les corriger ? Que faire pour limiter les effets négatifs de la spéculation financière qu’il critique fréquemment ? Comment inscrire la diplomatie française dans un monde où les équilibres évoluent très rapidement ? Quelle peut être notre participation à la résolution du conflit israélo-palestinien ? Quelle direction doit-on donner à la construction européenne ? Que faire pour résoudre le problème de l’euro cher, qu’il dénonce pourtant depuis un an ? Comment faire en sorte que les structures sociales de nos sociétés occidentales cessent de se rigidifier et soutenir l’ascenseur social ? C’est le rôle du Président de la République de guider le pays à travers les réponses données à ces questions. Malheureusement, Nicolas Sarkozy n’est que le résidant d’un Elysée trophée.

L’effondrement de Nicolas Sarkozy dans les sondages, malgré la faiblesse abyssale de l’opposition me rassure sur le jugement des Français. Mais la nouvelle génération du PS et de l’UMP (Copé, Bertrand, Valls, Montebourg) n’est guère plus réjouissante… J’espère que Villepin ou NDA sera au rendez-vous de 2012.

Source : Sud-Ouest 11 mai

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