13.05.2008

Légiférer pour communiquer

Le dossier de la réglementation des prix dans la distribution est extrêmement symptomatique de la façon de traiter les dossiers de Nicolas Sarkozy, entre déclarations abusives et déluge législatif consécutif à un traitement superficiel des problèmes.

Petit retour en arrière : en 1996, le gouvernement Juppé passe la loi Galland. À l’époque, c’est plutôt la guerre des prix qui règne dans la distribution : les supermarchés vendent volontiers en dessous du prix de revient, au détriment du commerce de proximité qui ne peut naturellement pas suivre. Résultat : le gouvernement interdit la vente sous le prix d’achat du produit. Cette loi provoquera un gonflement des « marges arrières », les sommes rétrocédées par les industriels à la distribution en contrepartie des prospectus et têtes de gondole. De 1996 à 2004, ces « marges arrières » vont croître fortement pour représenter plus de 30% du prix de vente en dessous duquel les distributeurs ne peuvent pas vendre. Résultat, conjugué au passage à l’euro qui brouille les repères prix des consommateurs, les prix des grandes marques ont tendance à progresser plus vite que l’inflation.

Les premières polémiques sur le pouvoir d’achat en 2004 poussent alors le ministre de l’économie à agir. Il réunit la distribution et les industriels pour obtenir une baisse de 2% du prix des grandes marques, partagée à parts égales. Il annonce alors sa volonté de réformer la loi Galland. Ce processus législatif aboutira en 2005 avec la loi Dutreil. La grande distribution demandait la possibilité de réintégrer la totalité des marges arrières dans les prix pour « faire bénéficier aux consommateurs de leurs négociations ». Mais l’adoption d’un tel dispositif aux Pays Bas avait abouti à une guerre des prix telle que les distributeurs avaient licencié à tour de bras. Résultat, le texte adopté ne permet que la réintégration partielle des « marges arrières » dans les prix, en deux étapes (Dutreil 1 et Dutreil 2). Mais, finalement, l’an dernier, sous la pression du lobby de la grande distribution, est passée la loi Chatel qui permet depuis avril d’intégrer la totalité des marges arrières dans les prix.

Mais sentant que les polémiques actuelles sur le pouvoir d’achat leur sont favorables, les distributeurs cherchent à pousser leur avantage plus avant en demandant la négociabilité des prix d’achat, qui ne seraient plus fixé par les industriels. C’est la loi qui est aujourd’hui en discussion, alors que la précédente est appliquée depuis à peine un mois et demi et qu’aucun bilan n’a pu être fait par la force des choses. Nicolas Sarkozy confond encore action et agitation en voulant réformer pour la troisième fois en trois ans la loi Galland. Pourtant, la loi Chatel constitue déjà en elle même une révolution pour la distribution en permettant la réintégration totale des marges arrières dans les prix, soit un potentiel de baisse non négligeable. En revanche, les annonces de l’Elysée sont complètement irréalistes dans la mesure où la baisse des prix de 3% représente la totalité des marges de la distribution…

La grande distribution a bien compris le fonctionnement de Nicolas Sarkozy. Elle profite du débat sur le pouvoir d’achat pour pousser ses idées via une énième loi sur les prix à laquelle le président se raccroche pour sa communication, alors que la loi précédente n’est appliquée que depuis quelques semaines…

Source : http://www.lefigaro.fr/conso/2008/05/12/05007-20080512ARTFIG00204-grande-distribution-une-reforme-sous-tension-.php

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