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22.05.2008

Paradoxes et fractures économiques

Les nouvelles du front économique sont extrêmement contradictoires depuis quelques semaines. D’un côté, les chiffres de croissance sont meilleurs que prévus des deux côtés de l’Atlantique. De l’autre, la consommation baisse partout, et jamais la confiance des ménages n’a été aussi basse.

Il est vrai que les derniers indicateurs économiques des deux côtés de l’Atlantique peuvent pousser à l’optimisme. Certes, la croissance n’a été que de 0,6% sur les deux derniers trimestres aux Etats-Unis, mais cela semble signifier que le pays n’est pas entré en récession et les chiffres de l’emploi suggèrent que le pire serait derrière nous, ce qui justifie une probable pause dans la baisse des taux d’intérêt de la Fed, et une nette reprise de la bourse. De ce côté-ci de l’Atlantique, la croissance 2007 a été revue à la hausse de 1,9 à 2,1% et le chiffre de 0,6% au premier trimestre est un bon score. Mieux, l’INSEE affirme (sans doute un peu imprudemment), que le pouvoir d’achat aurait bondi de 3,3% en 2007. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

Cette vision des choses est bien évidemment partielle. Aux Etats-Unis, des centaines de milliers de ménages ont perdu leur maison à cause de la crise des subprimes et la crise immobilière est loin d’être finie puisque les prix de l’immobilier baissaient de plus de 12% en rythme annuel dans les grandes villes. De même, en France, la consommation a reculé en mars, l’inflation a atteint plus de 5% sur les produits de grandes marques et la baisse du chômage marque une pause après plus de deux années de bons chiffres. Les chiffres globaux sur le pouvoir d’achat sont particulièrement délicats à utiliser dans la mesure où ils sont une moyenne qui camoufle des différences colossales selon les types de foyers en fonction de leur revenu ou de leur possession de leur logement par exemple.

En effet, l’inflation du prix des loyers, de l’énergie et de l’alimentation pèse d’autant plus fortement sur les ménages modestes qu’ils sont rarement propriétaires et que ces dépenses représentent une part nettement plus importante de leurs dépenses. Résultat, leur pouvoir d’achat est bien en baisse depuis quelques mois. La moyenne est peut-être à la hausse, mais elle cache des disparités toujours plus importantes, le plus souvent au détriment de ces ménages modestes. Il semble que la fracture sociale s’accroisse fortement entre les classes populaires, qui souffrent du retournement de la conjoncture (avec l’envolée des prix de l’alimentaire et de l’énergie) et les classes aisées, qui traversent ce ralentissement économique sans conséquence, notamment grâce à un paquet fiscal dont ils ont profité de manière disproportionnée.

La politique fiscale du gouvernement a aggravé les conséquences des soubresauts économiques actuels (crise financières et hausse du prix des matières premières). Résultat, la fracture économique ne cesse de se creuser.

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