24.05.2008

Le pari bobo de Bertrand Delanoë

Cette semaine, Bertrand Delanoë a poursuivi son offensive pour prendre le Parti Socialiste en publiant un livre d’entretien avec Laurent Joffrin, « De l’audace ». Retour sur une prise de risque non négligeable et très révélatrice de la matrice idéologique du Parti Socialiste d’aujourd’hui.

« Libéral » : le mot est lâché. Il est osé pour quelqu’un qui souhaite prendre la tête du Parti Socialiste dans un pays où cet adjectif est quasiment un gros mot, qui avait en partie emporté le projet de Constitution Européenne en 2005. Il faut reconnaître à Bertrand Delanoë un certain panache pour se définir de la sorte. Certes, il a toujours dit faire partie de l’aile dite « moderniste » du PS, mais cela comporte une certaine prise de risque. Quand on creuse son argumentation, on découvre que l’adjectif porte plus sur les questions de société que sur l’économie : le maire de Paris serait plus libertaire que libéral car il plaide également pour une certaine régulation de l’économie. Mais, pourtant, il affirme également qu’il croît en l’autorité (et dans les centres éducatifs fermés). Bref, Bertrand Delanoë polit les angles pour achever sa transformation en un candidat crédible pour la présidentielle de 2012. Y penser toujours. En parler jamais.

Au final, l’emploi du mot « libéral » a fait son petit effet. Il a l’avantage de l’ancrer fermement dans l’aile droite du parti socialiste, qui domine aujourd’hui. Philosophiquement, ce discours est également assez juste. Malheureusement pour le maire de Paris, ce discours a deux limites. Tout d’abord, je ne suis pas sûr que se faire le champion des libertés individuelles soit vraiment la préoccupation des Français aujourd’hui (en dehors des bobos parisiens, et encore). Ensuite, son discours global est compliqué par son souci de ne pas devenir trop clivant. Car l’audace du terme est proportionnelle aux précautions qu’il prend en modérant son libéralisme par la régulation et l’autorité. En fait, il adopte un discours finalement pas si éloigné de François Bayrou, avec lequel il rejette pourtant toute alliance pour se différencier de Ségolène Royal. Bref, son message risque d’être un peu trop compliqué et précautionneux pour faire la différence.

Cependant, ce type de discours est sans doute révélateur de la véritable direction idéologique que prend le Parti Socialiste. Le Général de Gaulle disait qu’il n’aimait pas les socialistes parce qu’ils n’étaient pas socialistes. Au final, l’emploi du terme « libéral » en dit sans doute beaucoup plus sur un parti qui vire de plus en plus libéral et libertaire. Le penchant libertaire du Parti Socialiste n’est pas nouveau et seuls Jean-Pierre Chevènement et Ségolène Royal sont à contre-courant de cette tendance. Mais surtout, le PS est bien incapable aujourd’hui de formuler la moindre idée de régulation du système économique libéral actuel. En a-t-il seulement l’envie ? Bien sûr, son positionnement de gauche le pousse à quelques belles déclarations, mais dans les faits, les « réformateurs », qui sont surtout des liquidateurs du rôle de l’Etat dans l’économie, acceptent grosso modo le système tel qu’il est.

L’audace de l’emploi du terme « libéral » est un coup intéressant. Néanmoins, je ne suis pas sûr de sa pertinence à une époque où le pouvoir d’achat est la première préoccupation des Français. Il a cependant le mérite de révéler le fond de la pensée de la majorité des chefs socialistes.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/05/22/bertrand-delanoe-humaniste-liberal_1048159_823448.html

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