« Le pari bobo de Bertrand Delanoë | Page d'accueil | L’inutile et mauvaise réforme de la Constitution »

25.05.2008

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le gaullisme sans jamais avoir osé le demander

Souvent, les livres sur le Général de Gaulle se ressemblent, à quelques anecdotes près. L’approche originale du « Dictionnaire du gaullisme », lui donne un intérêt tout particulier qui le rend volontiers indispensable pour approfondir sa connaissance de la pensée gaulliste.

Guy Sabatier, ancien député, et Philippe Ragueneau, Secrétaire général du « Carrefour du gaullisme » et compagnon de la Libération, ont entrepris de réaliser ce « Dictionnaire du gaullisme » il y a une quinzaine d’années. Mais bien qu’il soit daté, cet ouvrage unique est particulièrement intéressant pour saisir l’essence de la pensée de celui qui fut le guide de notre pays et qui inspire toujours tant de Français. Cet ouvrage se découpe en plusieurs parties. Il commence par une chronologie très détaillée de l’épopée gaulliste, agrémentée de documents et illustrations. Puis, on retrouve l’ensemble des gouvernements du Général et ceux dont le Premier ministre fut gaulliste depuis 1969, ainsi que l’intégralité des organismes, mouvements politiques, associations et groupes parlementaires gaullistes depuis 1946.

Mais la partie centrale de ce livre est constituée par le chapitre « Le gaullisme, une doctrine politique ». Après une brève introduction, les auteurs ont rassemblé par thème 219 citations du Général de Gaulle, avec références de dates, de lieux et de documents, sans commentaire. Ils ont également pris soin de prendre de larges extraits pour éviter toute mauvaise interprétation. Le terme « doctrine » a souvent provoqué des débats animés au sein des gaullistes, entre ceux qui y voit une pensée politique structurée et ceux qui y voient tout au plus de grands principes (voir ma note sur le livre de Roland Hureaux, dans les catégories « Gaullisme » ou « Livres »). Les auteurs prennent ici le parti de présenter le gaullisme comme une véritable doctrine politique, s’appuyant sur un échange avec le Général. Et, à dire vrai, il est difficile de ne pas adhérer à cette opinion quand on considère la définition du petit Robert : « ensemble de notions qu’on affirme être vraies et par lesquelles on prétend fournir une interprétation des faits, orienter ou diriger l’action ».

Bien sûr, le Général de Gaulle était un pragmatique qui a su s’adapter aux circonstances, ce qui fait dire à certains que son action était détachée de toute approche idéologique ou doctrinaire. Cependant, il est difficile de ne pas percevoir que de grands principes ont guidé son action toute sa vie durant. En fait, ces grands principes n’étaient pas des recettes détaillées de gouvernement, ils étaient plutôt des principes philosophiques qui reposaient à la fois sur une analyse rationnelle des faits et de l’histoire et sur des convictions profondes. C’est ainsi que les auteurs ont choisi d’analyser la doctrine gaulliste sur les trois thèmes qui ont dominé l’action du Général : « l’indépendance nationale », « une véritable transformation sociale » et « le changement du régime ».

Si les questions institutionnelles et l’indépendance nationale sont des thèmes attendus, cet ouvrage est l’occasion de rappeler que la question sociale était centrale pour le Général de Gaulle. C’est bien lui qui inventa cette troisième voie entre marxisme et capitalisme et qui insista pour une meilleure association de tous au produit de la collectivité. Il avait bien perçu les limites du système capitaliste et proposait des solutions pour l’améliorer. Car s’il dénonçait le système communiste qui « écrase tous et chacun, corps et âmes, dans une odieuse machinerie totalitaire et bureaucratique », il était également sévère à l’égard d’un capitalisme pour lequel « les travailleurs seraient de simples instruments ». C’est pourquoi il s’est battu pendant presque trente ans pour faire avancer l’idée de participation et d’intéressement. Aujourd’hui que ces limites apparaissent encore plus criantes, son message prend une actualité formidable.

Après une synthèse de la pensée du Général de Gaulle sur ces trois thèmes, l’ouvrage se poursuit par une section sur « l’homme Charles de Gaulle » qui présente ses traits de caractère, toujours à partir de ses écrits. Ensuite, un chapitre est consacré à ses bons mots, dont beaucoup sont connus. Enfin, le dictionnaire se termine par des contributions de personnalités : tout d’abord, des chefs d’Etat ou de gouvernements étrangers (notamment Anthony Eden et Richard Nixon), puis par des leaders politiques français, qui définissent ce que le gaullisme signifie pour eux. La plupart de ces textes sont de magnifiques synthèses. Je laisse la parole à Jacques Chaban-Delmas pour conclure : « les grands hommes ne meurent pas, ils fécondent l’avenir. »

Ce livre est un outil indispensable pour réfléchir sur ce que représente le gaullisme. De nombreux propos du Général semblent prophétiques tant ils conviennent à la situation actuelle. Plus que jamais, comme il l’écrivait dans ses Mémoires de Guerre, « puisque tout recommence toujours, ce que j’ai fait sera, tôt ou tard, une source d’ardeurs nouvelles après que j’aurai disparu. »

Source : Dictionnaire du gaullisme, Guy Sabatier et Philippe Ragueneau, Albin Michel, 1994

Commentaires

A la création de "Carrefour du gaullisme" son président Roland Nungesser disait que ce carrefour avait pour but de rassembler, en dehors de toutes considérations partisanes, des hommes et des femmes d'origines souvent différentes, mais inspirés par une "certaine idée" de la France et par les principes essentiels que légua le général de Gaulle.

Le gaullisme est-il une doctrine ? Nungesser a abordé la question : Un certain nombre de gaullistes contestent l'emploi du mot doctrine. Pourtant dit-il quand on rapproche la définition du Larousse de celle que le général donnait lui même du gaullisme, il semble que l'on puisse vraiment parler de doctrine "Ensemble de notions qui constituent un système politique" dit le dictionnaire. "Système de pensée, de volonté et d'action" disait le général de Gaulle qui, lui même, n'avait pas hésité à parler de sa "propre doctrine". Quoiqu'il en soit Nungesser pense que ceux qui ne sont pas d'accord avec le mot doctrine peuvent toujours utiliser l'expression de grands desseins. Mais ajoute t-il "doctrine" ne veut pas dire catéchisme figé. Au rythme où va le monde, il convient comme de Gaulle l'aurait fait lui même d'adapter, d'actualiser, d'extrapoler.

Pour ce qui est de la troisième voie entre le marxisme et le capitalisme le général n'a pas pu réaliser ce qu'il voulait. Les sondages ne datent pas d'aujourd'hui, aussi en février 1968 un sondage de l'IFOP indiquait que la cote de de Gaulle était au plus bas. Le général dira alors " Plus qu'aucun autre homme d'état, j'ai été en maintes circonstances, soutenu par le peuple français. Mais voilà ce n'est plus le cas aujourd'hui". Pourtant le général est effectivement convaincu que l'heure est venue de réaliser une grande révolution sociale. Il l'avait dit lors de ses vœux de bonne année.

David Rousset est un écrivain trotskiste et fondateur du POI ( parti ouvrier international). C'est aussi un grand résistant. Le 25 avril 1968 de Gaulle le reçoit à l'Elysée et parle de sa révolution en ces termes "Il faut condamner le capitalisme, la société capitaliste. Il faut la condamner expressément. Il faut condamner le communisme totalitaire. Il faut trouver une voie nouvelle : La participation". Il conclu la conversation par " je n'ai que quatre ans devant moi".

La politique ne lui laissera pas ce temps, la vie non plus.

Ecrit par : flamant rose | 25.05.2008

Ecrire un commentaire