08.06.2008

Dérives néo-libérales

Crise financière, hausse du prix des matières premières et de l’alimentaire qui replonge des millions de personnes dans l’extrême pauvreté : pendant ce temps, les patrons du CAC 40 gagnent 58% de plus et les écarts de richesse sont au plus haut depuis 1929. Notre économie va mal…

L’objectif n’est pas de stigmatiser les plus hauts revenus, qui doivent la plupart du temps leur situation à leurs études et leur travail. En cela, le sermon très moralisateur du Monde est exagéré et pour le moins paradoxal de la part d’un journal qui est souvent le premier soutien de l’organisation actuelle de l’économie. C’est la libéralisation et le manque d’encadrement de l’économie qui provoquent ces excès, et donc les dirigeants politiques qui sont responsables. La véritable question qui se pose est comment corriger les excès d’une économie néo-libérale qui échappe de plus en plus à tout contrôle, et dont les excès provoquent de plus en plus de drames (expropriation aux Etats-Unis, famine dans les pays émergents).

L’article du Monde a néanmoins le mérite de souligner la forte augmentation des inégalités puisqu’aux Etats-Unis, les 0,1% des ménages les plus riches concentrent 8,1% des revenus du pays, contre 1,9% en 1973, et surtout plus que le précédent pic, atteint en 1929, de 7,6%. L’organisation actuelle de l’économie provoque depuis 20 ans un partage très inégal des fruits de la croissance puisque l’essentiel de la richesse crée depuis le début des années 90 est allée dans les profits des entreprises et les revenus des 10% les plus riches, laissant le pouvoir d’achat des classes moyennes et des classes populaires au mieux stable dans les pays occidentaux. Et avec la hausse des matières premières et des produits alimentaires, les pays émergents sont également touchés.

À ce sujet, The Economist a publié un article sur l’analyse du seuil absolu de pauvreté. En 1990, il avait été établi à 1 dollar par jour. En 2004, 970 millions de personnes vivaient encore sous ce seuil, une baisse de 270 millions, réalisée à 90% en Chine. Mais l’inflation étant ce qu’elle est, la Banque Mondiale a lancé une vaste étude pour réévaluer la pertinence de ce seuil et les niveaux de pouvoir d’achat. Résultat, le pouvoir d’achat a été revu à la baisse en Chine et le nombre de pauvres a été réévalué de 70 à 200 millions. En revanche, la baisse de la pauvreté a été encore plus forte depuis 1990 puisque 400 millions de Chinois seraient passés au-dessus de ce seuil. La banque a également conclu que le seuil de 1 dollar par jour est trop bas et qu’il faut prendre un nouveau seuil de 1,25 dollar, ce à quoi The Economist, décidemment bien peu humaniste, réplique que le niveau de 1 dollar est plus porteur pour la communication…

L’addition de toutes ces dérives fait penser que cela ne peut pas continuer ainsi. Malheureusement, même la crise financière n’a pas provoqué de vraie réponse des gouvernements, qui auraient pourtant dû revoir les mécanismes d’encadrement des banques.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/06/03/pour-les-super-riches-la-fete-semble-bel-et-bien-finie_1053084_3234.html#ens_id=863164

Ecrire un commentaire