09.06.2008

L’homme qui jouait au président

Philippe Ridet est le journaliste du Monde qui suit Nicolas Sarkozy depuis plus d’une dizaine d’années. Il a récemment publié « Le président et moi », une nouvelle contribution intéressante pour la compréhension de ce président si particulier.

L’auteur n’est pas le plus tendre vis à vis du président, mais pas le plus agressif non plus. Il a peu parlé de sa vie privée dans Le Monde, préférant cantonner son analyse aux aspects publics du personnage et éviter de relayer les rumeurs qui ont tant circulé sur ce président exhibitionniste. Ce livre, bien mieux écrit que la moyenne du genre, se lit comme un roman. Il a une double fonction : d’une part, permettre au journaliste de donner sa part de vérité sur le personnage, mais aussi également de se justifier d’avoir été embringué comme il l’a été dans cette campagne, où les frontières habituelles entre journalistes et politiques ont explosé, entre tutoiement, confidences voire divertissement avec l’équipe de campagne. Philippe Ridet explique qu’il a toujours cherché à garder la bonne distance, ce dont son travail témoigne assez bien il est vrai. Il soutient qu’une certaine proximité lui permettait finalement de mieux faire son travail.

Ce qui est toujours aussi impressionnant quand on lit un livre sur Nicolas Sarkozy, c’est l’égocentrisme enfantin du personnage. Nicolas Sarkozy parle de lui, dit qu’il est le meilleur, vend sa soupe, critique tout le monde, mais jamais il ne semble intéressé par le débat d’idées. Tout tourne uniquement autour de lui, de cette quête qui lui est venue quand il avait une vingtaine d’années et dont il est arrivée au bout le 6 mai 2007. De fond, il n’est jamais question. Sa personne semble être le seul et unique sujet qu’il aborde avec tous ses interlocuteurs. On pourrait tout de même attendre d’un président de la République qu’il évoque de temps en temps des sujets sérieux comme la mondialisation, l’économie ou les relations internationales. Mais jamais les livres qui parlent de lui n’en font mention, comme si cela n’intéressait pas celui qui préside pourtant à notre destinée.

Si le ton reste relativement neutre, c’est sans doute parce que Philippe Ridet est tout de même un peu fasciné par ce personnage sans nul autre pareil, dont l’existence se résume à cette prise de l’Elysée. D’ailleurs, il dit que « de trop près, il séduit ». Mais ce qui séduit, c’est son humanité, son enthousiasme enfantin et effronté qui tranche tellement avec l’image qu’il veut donner de lui. Cependant, cette part de séduction n’empêche pas l’auteur d’avoir la dent dure quand il souligne les incohérences d’un homme qui ment avec un aplomb assez incroyable. En fait, cette campagne ressemble à un jeu, certes très professionnel et dur, mais le jeu d’un gamin qui cherche à devenir le chef de la cour de récréation. Mieux, il ne se contente pas de vouloir être le chef, il veut aussi être aimé et admiré pour ce qu’il fait. Cette quête inextinguible de reconnaissance transparaît dans tout le livre, comme dans son besoin d’avoir l’assentiment des journalistes après ses discours.

Ce livre n’apporte pas beaucoup de nouveauté dans l’analyse plus qu’abondante de Nicolas Sarkozy. Il a le mérite néanmoins d’avoir été (bien) écrit par un spécialiste qui a plus de recul que la moyenne et qui sait également éviter les outrances qui peuvent parfois déconsidérer certains de ses critiques.

Source : « Le président et moi », Philippe Ridet, Albin Michel

Écrire un commentaire