13.06.2008

Contre la libéralisation des jeux et paris

Dans l’avalanche de nouveaux textes gouvernementaux se loge un sujet qui passe presque inaperçu : la libéralisation des jeux d’argent sur Internet. Cette réforme montre une nouvelle fois les limites du dogmatisme libéral de Bruxelles par rapport à l’intérêt général.

L’Europe nous demande donc de libéraliser sur Internet les paris sportifs et hippiques, ainsi que certains jeux de casino dont le poker. Du coup, le gouvernement réfléchit à une évolution du statut de la Française des Jeux, qui pourrait être privatisée, partiellement ou totalement. La volonté de libéralisation de tous les marchés touche maintenant les jeux, qui restaient pour l’instant une enclave sous contrôle de l’Etat. Les technocrates bruxellois, sans doute sous l’influence d’entreprises qui commercialisent ces jeux dans d’autres pays, reprochaient à la France cette exception au grand mouvement de libéralisation de tous les secteurs de l’économie.

Bizarrement, personne ne semble se poser la question du fondement de cette décision, comme si la libéralisation était de facto bonne en elle-même, quel que soit le secteur d’activité. Pourtant, les jeux d’argent ne sont pas un secteur économique comme les autres. S’ils représentent une part de rêve bon marché pour un joueur occasionnel qui parie un jour comme aujourd’hui, cette activité a des travers importants. Les jeux d’argent peuvent devenir addictifs. En outre, il est évident que la grande majorité des joueurs perd au final de l’argent puisqu’il faut bien payer tous les frais et la marge de la Française des Jeux ou des buralistes ainsi que les dividendes de l’Etat.

Dès lors, le fait de placer l’intégralité des jeux d’argent sous la coupe d’une entreprise d’Etat paraissait un bon compromis. Après tout, cela garantit un comportement plus responsable puisque c’est l’Etat qui est in fine le décisionnaire. Ensuite, les dividendes sont versés à la collectivité. Pourquoi faut-il donc libéraliser un secteur d’activité aussi sulfureux et confier aux forces du marché la régulation d’une industrie addictive et qui peut causer la ruine de ses adeptes ? Il serait vain de croire que les entreprises privées se comporteront de manière aussi responsable qu’une entreprise d’Etat, surtout avec la couverture commode d’Internet…

Est-il vraiment souhaitable que des intérêts privés soient autorisés dans le domaine des jeux ? N’est-il pas dangereux de rendre la mise virtuelle en autorisant les mises sur Internet, où l’on se rend moins compte de ce que l’on fait ? Les défenseurs de cette évolution diront qu’il revient à la responsabilité de chacun de faire attention à ses actes. Malheureusement, l’addiction que provoquent ces jeux remet en cause cet argument. Et puis, le progrès de l’humanité et de notre société passe-t-il vraiment par cette libéralisation des jeux d’argent sur Internet ?

« Donnez-leur du pain et des jeux » : faute de fournir du pain bon marché, l’Europe va fournir des jeux. L’intérêt général semble bien loin des préoccupations de la technocratie bruxelloise. Elle semble beaucoup plus intéressée par les arguments des lobbys en tout genre.

Source : http://www.lefigaro.fr/societes-francaises/2008/06/13/04010-20080613ARTFIG00262-trois-scenarios-pour-la-francaise-des-jeux-.php

Commentaires

Et puis, n'oublions pas que l'initiative privée est sensée créer des richesses. C'est là qu'elle est supérieure à l'action publique. Or, en l'espèce, ce genre d'activité ne créé rien. Elle n'organise qu'une redistribution de richesse aléatoire avec un prélèvement au passage. Il n'y a pas vraiment de légitimité à privatiser ce secteur. Aucune croissance à en attendre.

Ecrit par : malakine | 13.06.2008

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