13.06.2008
Thank you Ireland !
Au sortir de la guerre, quelques pays européens décidèrent d’oublier leurs conflits pour construire un beau projet. Mais, il se transforma vite en une chimère bureaucratique, à laquelle les peuples résistent pourtant, souvent en vain. Heureusement, une petite île résiste encore et toujours aux injonctions moralisatrices.
L’Irlande, où le Général s’était retiré à son départ du pouvoir en 1969, a bien honoré la mémoire de notre grand homme. En disant « non » au traité de Lisbonne, le peuple irlandais a logiquement sanctionné un traité qui n’aurait jamais dû être signé. Car ce qui était proposé au peuple irlandais n’était qu’une version à peine modifiée du Traité Constitutionnel Européen refusé par les peuples Français et Hollandais en 2005, et que d’autres pays auraient sans doute rejeté s’ils avaient été amenés à s’exprimer. L’Irlande est le seul pays à avoir suivi la voie référendaire car sa Constitution lui impose. Assez logiquement, le peuple irlandais a refusé le blanc-seing demandé par les élites à un projet qui se soucie tellement du peuple qu’il ne souhaite pas lui donner la parole.
Car si la campagne a été l’occasion d’abus du côté des partisans du « non », comme l’ont montré avec délice la majorité des médias Français, ces abus n’étaient pas moins grands du côté du « oui ». Les interventions d’Alain Duhamel sont à ce regard particulièrement instructives. Grosso modo, puisque l’Irlande a touché de l’argent de l’Europe pendant longtemps et qu’elle est le seul pays à pouvoir bloquer le processus de ratification du traité, les Irlandais se devaient de dire « oui ». Bref, le gouvernement irlandais a la bonté de demander son avis au peuple, mais il ne faudrait quand même pas qu’il s’exprime comme il le souhaite. Tant qu’à faire, il n’y avait qu’à imprimer que des bulletins « oui » ! Ce totalitarisme des élites et de bien des journalistes, qui présentent le vote de manière complètement biaisée, est symptomatique de la façon dont l’Europe se construit.
Cela fait depuis belle lurette que la démocratie n’est pas vraiment au cœur du projet européen. Les élites bruxelloises se méfient du peuple et lors de la négociation du traité de Lisbonne, il était entendu qu’il ne fallait pas demander son avis aux citoyens. D’ailleurs, la seule instance un tant soit peu démocratique de l’Union Européenne, le Parlement, affiche une démocratie de façade. L’accord entre les sociaux-démocrates et les démocrates-chrétiens fait qu’il n’y a jamais eu d’alternance en 29 ans et que le résultat des élections européennes n’influence que très marginalement ce qui s’y passe. Dans les années 50 et 60, l’Europe se construisait pour les peuples : assurer le développement de la sidérurgie, de l’agriculture… Aujourd’hui, les dirigeants européens poursuivent des objectifs plus abstraits et rêvent d’une organisation que les peuples ne pourraient plus entraver.
Comment cette post-démocratie européenne va gérer le cas irlandais ? Il est malheureusement peu probable que le traité de Lisbonne déraille… Les ayatollahs de Bruxelles, sourds à la moindre expression démocratique, demanderont à l’Irlande soit de re-voter, soit lui accorderont des clauses de sauvegarde, comme il avait été fait avec le Danemark en 1992 pour Maastricht. Car l’avis du peuple n’a que peu de valeur dans ces cénacles. Il y aurait pourtant tant de choses à construire avec nos amis européens : une politique industrielle, une véritable politique monétaire, une meilleure régulation de la finance… Mais comme d’habitude, entre les chantiers concrets et les architectures institutionnelles qui leur donnent toujours plus de pouvoir, les eurocrates préfèrent toujours les secondes.
Je voudrais croire que le « non » Irlandais permettra de faire prendre à l’Europe une meilleure direction, mais je ne me fais pas trop d’illusion. L’exemple de Maastricht, du traité de Nice ou du TCE montrent que l’avis du peuple ne compte pas trop à Bruxelles. Alors rendez-vous en 2009 pour changer l’Europe.
Source : http://www.liberation.fr/rebonds/chroniques/chronique_politique/331586.FR.php
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/06/13/referendum-irlandais-le-non-en-tete-dans-les-premiers-decomptes_1057657_3214.html#ens_id=1032345
18:36 Publié dans Actualités, Europe | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : référendum, traité de lisbonne, irlande, non




Commentaires
ERIN GO BRAGH !!!
Merci à mes amis irlandais de me redonner un espoir de vivre en Europe, pas en supermarché...
Ecrit par : le photon | 13.06.2008
Peu d'espoir que ça change en 2009. Comme vous le dites, le Parlement européen affiche une démocratie "de façade". C'est la Commission qui mène la danse. Alors qu'on vote, en France, à gauche ou à droite, le résultat sera le même. Rien ne changera.
Sarkozy nous a volé le référendum sur le traité de Lisbonne, sans négocier quoi que ce soit, avec la complicité de l'opposition et le silence assourdissant des médias
Tous pourris ?
Ecrit par : chloé | 13.06.2008
à chloé : le "tous pourris", à défaut de conduire à l'anarchisme (une forme d'organisation que trop peu de gens pourraient assumer, elle exige une grande perfection comportementale...), mène droit au totalitarisme... gardons-nous en et cherchons la bonne voie !
Ecrit par : le photon | 14.06.2008
Et le gnome aux talonnettes veut les faire revoter!
C'est lui qu'ils ont rejeté!
Ecrit par : Marco | 15.06.2008
Çà devait être la fête du coté de DLR ...
Ecrit par : Vincent | 17.06.2008
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