21.06.2008

Sarkozy et l’OTAN : le contre-sens gaulliste du Monde

Nous ne sommes pas le 1er avril, mais pourtant Patrick Jarreau a écrit un article qui aurait pu passer pour une blague du Monde. La thèse du journaliste est pour le moins originale : le retour dans l’organisation militaire de l’OTAN décidé par Nicolas Sarkozy serait un geste éminemment gaullien !

Tout d’abord, il est pour le moins paradoxal de voir un journal opposé à tout ce que représente le Général de Gaulle créditer l’actuel président d’un brevet de gaullisme. C’est un peu comme si Etienne Mougeotte décernait la médaille Jaurès à Ségolène Royal ! Je lis Le Monde depuis près de 20 ans car cela reste le quotidien national que je préfère lire mais le quotidien du soir ne s’est jamais distingué par son attachement au gaullisme… La Constitution de la Cinquième République y est le plus souvent brocardée, que ce soit pour l’utilisation du référendum, vu comme un parent proche du plébiscite, l’élection du président de la République au suffrage universel ou le primat de l’exécutif. De même, la tonalité volontiers libérale, libertaire et atlantiste du journal est bien éloignée des principes gaullistes…

La tribune de Patrick Jarreau apparaît donc comme un OVNI journalistique. La thèse du journaliste est la suivante : Nicolas Sarkozy a de grandes ambitions pour sa présidence, ce qui le rend éminemment gaulliste, voire même gaullien. Il y a une petite différence entre les deux : le Général avait de l’ambition pour son pays, le locataire actuel de l’Elysée a surtout de l’ambition pour sa propre personne. Il compare l’audace du président actuel avec celle que le premier président de la Cinquième République eut pour faire rentrer notre pays dans son siècle en 1958. Dans un raisonnement alambiqué, il soutient que cette décision permettra de rassurer nos partenaires européens sur notre volonté de créer un pôle européen de défense mais aussi que cela réhabiliterait la vision du monde des Etats-Unis, mise à mal par la guerre d’Irak que nous avions dénoncée. La radicalité de cette option la rendrait gaullienne…

Ce raisonnement original, pour ne pas être méchant, est assez incompréhensible. Tout d’abord, il part du présupposé que les Etats-Unis souhaitent la création d’un pôle de défense européenne vraiment indépendant alors qu’ils refusent de partager le pouvoir au sein de l’OTAN. Ensuite, le retour au sein du commandement armé d’une organisation dirigée par une puissance étrangère est en totale contradiction avec le souci d’indépendance nationale qui est un principe fondateur du gaullisme. Ensuite, il est proprement incroyable d’accorder un visa gaulliste au fait de valider a posteriori l’agression de l’Irak par les Etats-Unis alors que cette guerre impérialiste a été déclenchée sur de faux prétextes et mal conduite, pour le plus grand malheur du pays détruit et occupé, dont les ressources pétrolières étaient sans doute le véritable objectif.

Patrick Jarreau souhaitait sans doute faire un effet de style en accordant un bien bizarre visa gaulliste à Nicolas Sarkozy à propos de sa décision sur l’OTAN. Dans la réalité, cette décision est une pièce de plus qui montre que Nicolas Sarkozy n’est vraiment pas gaulliste, tout comme le Monde.

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/06/20/nicolas-sarkozy-et-l-otan-gaulliste-ou-gaullien-par-patrick-jarreau_1060803_3232.html

Commentaires

Villepin avait bien raison en disant que cette presse est "de la pâtée pour chats"...

Ecrit par : Diana | 21.06.2008

Au nom de la France, unissons-nous !
Pour commémorer le 60ème anniversaire de la création de l'Otan, le Président Sarkozy a décidé la réintégration de la France dans les organes militaires intégrés.
Ainsi, il confirme, une nouvelle fois et de manière définitive, une rupture irréversible avec l'héritage que nous a laissé le général de Gaulle.
Cette décision met un terme à 60 ans d'indépendance de la France ; "notre cher et vieux pays" ne sera plus en mesure de mener sa propre politique et, en conséquence, de défendre ses intérêts majeurs.

La leçon de Charles de Gaulle
"… tandis que se dissipent les perspectives d'une guerre mondiale éclatant à cause de l'Europe, voici que des conflits où l'Amérique s'engage dans d'autres parties du monde … risquent de prendre, en vertu de la fameuse escalade, une extension telle qu'il pourrait en sortir une conflagration générale. Dans ce cas, l'Europe, dont la stratégie est, dans l'O.T.A.N., celle de l'Amérique, serait automatiquement impliquée dans la lutte lors même qu'elle ne l'aurait pas voulu." précisait le général de Gaulle lors de sa conférence de presse du 21 février 1966 au cours de laquelle il a annoncé le retrait de la France de la structure militaire intégrée de l'OTAN. Cette déclaration historique garde aujourd'hui toute sa valeur avec la volonté exprimée par nos dirigeants de créer une armée européenne compatible et fongible avec celle de l'Otan.

Il faut réagir…
Il est des moments dans notre histoire de France où chacun de nous, ministre ou simple citoyen, détenteur d'un mandat électif ou libre de tout engagement contraignant, doit, en conscience, agir, réagir, refuser… résister.
Déjà, de multiples réactions surgissent. En premier lieu les gaullistes de conviction. Puis ceux qui, aujourd'hui, voient dans le gaullisme une voie d'avenir et non plus une nostalgie ringarde.
"François Bayrou passe de l'atlantisme à l'indépendance gaullienne" ose Sylvain Lapoix sur marianne2. Le président du Modem, en clôture de la conférence Nationale de son mouvement, propose même un référendum. Bravo !
Le toujours ardent député "gaulliste et républicain" Nicolas Dupont-Aignan lui signifie son appuie tout en regrettant que l'ex-candidat à la présidence de la République soit toujours aussi favorable au traité de Lisbonne.
Le PS et ses alliés, reprenant la formule usitée "allié mais pas aligné", ne vont pas aussi loin. Ils se contenteront d'un débat à l'Assemblée nationale. Il est vrai que le parti de Martine Aubry n'a pas la culture de la démocratie directe. Jean-Pierre Chevènement ira-t-il plus loin ?

Un leurre et une faute diplomatique, car on remet en cause cinquante ans d'indépendance de la France
Du côté de la majorité, Jacques Myard, toujours aussi "Français", ne se laissera pas engluer dans la nasse majoritaire : "ce serait une régression forte". Et de conclure : "L'Otan est une machine politico-militaire américaine, point barre". Daniel Garrigue dans un tonitruant "bonjour messieurs les traites" affirme haut et fort que "rien ne justifie le retour de la France dans l'OTAN et la remise en cause de l'un des rares consensus forts de notre pays". Jean-Pierre Grand et Georges Tron sont également sur le pont. "Dans le monde entier des pays qui attendent de la France qu'elle demeure une transition, une passerelle, et quelle ne s'aligne pas sur les États-Unis" affirme ce dernier. Seront-ils rejoints par Lionel Lucas, François Goulard, Hervé Gaymard, Guy Tessier… Michèle Alliot-Marie, Jean-louis Debré et même Jacques Chirac vont-ils se taire indéfiniment ?
La majorité UMP peut, conséquence de ce renoncement national orchestré par Nicolas Sarkozy et son gouvernement, se briser sur le récif de l'indépendance nationale. A moins de se soumettre une nouvelle fois !

Prendre de la hauteur…
Dominique de Villepin, ancien premier Ministre et ministre des Affaires étrangère, dont le discours du 14 février 2003 à l'ONU a redonné à la France son audience notamment auprès des pays les plus démunis, refuse fermement cette soumission.
Dominique de Villepin doit répondre à notre appel. Il lui appartient de prendre toutes les dispositions pour fédérer, dans un consensus national indispensable, les oppositions à la réintégration de la France dans les organes militaires intégrés de l'Otan. Il ne sera pas seul.

Alain KERHERVÉ
www.gaullisme.fr

Ecrit par : Alain Kerhervé | 16.02.2009

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